Lecture interdite à ceux qui ne savent pas lire
D’un érotisme consommé.
D’une horreur justifiée.D’une sensualité éprouvée.
D’un dégoût légitimé.D’une volupté inégalée.
D’une écoeurement incœrcible.D’un réveil sensoriel brutal.
D’une froideur autopsiante.
Bien qu’inerte puisqu’elle ne peut plus bouger, bien que terne puisqu’elle n’a plus d’éclat, bien que sèche puisqu’elle n’est plus humidifiée, elle conserve l’aspect imposant et majestueux d’une ignominie magistrale aux volumes décuplés.
Une impertinence enfantine anodine qui prend l’ampleur d’un orage fougueux face à une bise légère.
Un appendice abominable puissance cubique.
Admirons la.
Repoussons notre réticence.Laissons nous tenter par l’attractivité morbide de cette abjection séduisante, de cette appétence écoeurante.
Envie de la pétrir, de la modeler, de la malaxer ? Pourquoi se gêner, pourquoi se restreindre ?
Ajoutons lui des ingrédients classiques, inattendus, poétiques, incongrus, évidents, indécents.
Retrouvons les saveurs oubliées élaborées à grands renforts d’ingéniosité, de créativité, d’innovation, puis délaissées, cachées, enfouies sous la poussière d’amnésie du temps qui déroule son flot éternel de nouveautés éphémères.
La langue est là, et elle attend.
Elle nous regarde, qui nous invite, qui nous provoque, qui nous séduit, qui nous étonne, qui nous écoeure, qui nous stabilise, qui nous prendàcontrepied, qui nous titille, qui nous révulse, qui nous console, qui nous effraye.
Elle est là et elle attend.
D’être bousculée.D’être cajolée.
D’être écorchée.D’être apprêtée.
Elle est là et elle attend.Patiente par impulsion.
Ardente d’inertie.Passive mais provocante.
Troublante de banalité.Elle est là et elle attend.
Elle est seule souvent, suffisante, mais s’accompagne parfois des meilleurs voyous, des pires amis, compagnons qui la mettent dangereusement en valeur ou merveilleusement en péril.
Chacun la cuisinera comme il le veut, la voudra comme il cuisine.
Chacun aura sa façon inimitable d’imiter les autres.Chacun pourra faire d’elle ce qu’il ne voudrait pas qu’elle fasse de lui.
Chacun se méfiera d’elle comme on se méfie de la confiance.Elle est là et elle attend.
On lui lance des tomates, on l’acoquine de cornichons. Elle s’adapte.
On la poireautte, on la carotte, elle s’ajuste.Elle s’attendrit, presque à fondre.
Elle s’assouplit, presque à se désagréger.Puis elle arrive en bouche, bouchée de baiser pis qu’incestueux et béat : ignominieux, sublime, infâme, exquis, abject, succulent.
Faudra quand même que je me décide à aller consulter un psychiatre. Ça me fait à chaque fois ça, quand je me retrouve en tête à tête avec une langue de bœuf.