xirier - Avoir les doigts de pied qui se retournent... etc - texte intégral

In Libro Veritas

Avoir les doigts de pied qui se retournent... etc

Par xirier

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Table des matières
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"Avoir les doigts de pied qui se retournent"
     "Le malheur des autres ne guérit pas le sien"
          "Si on te le demande , tu diras que t'en sais rien"
               "C'est de la semence de curieux"
                   "Rien de plus vif qu'un fainéant qui se brûle!"

  
Voilà tout ce qu'il me reste "en magasin", le stock s'épuise...J'en suis à la fois déçu et satisfait.Déçu comme lorsqu'on voit venir les derniers jours des vacances, ou lorsqu'on a presque complètement vidée la malle oubliée dans un coin du grenier, mais satisfait aussi: mon premier cahier est daté du 19 novembre 1989, nous sommes en août 94 (et c'est quinze ans plus tard que je "rentre"  ce texte dans l'ordinateur...),cinq ans, c'est long, mais c'est ce qu'il m'aura fallu pour parvenir à exhumer ces souvenirs et  tenter de leur de leur donner une forme , la forme de cet ouvrage, à la fois traditionnelle (trop , j'en suis conscient) dans son écriture et polymorphe dans sa facture:
absence de chronologie, embryons de thématique vite avortés, divagation d'un sujet à un autre au gré des pensées, au fil de l'écriture, ambiguïté du ton employé:léger parfois, mais souvent moralisateur au point de paraître prétentieux...
    Bref, bourrée d'imperfections et de malentendus par rapport à mon intention initiale, cette "chose"("ouvrage" relève encore de la prétention juste évoquée) me donnera au moins une joie:celle d'être allé jusqu'au bout; le point final sera le symbole de cet achèvement...
 

 

    Et tout cela pour qui?Qui sera mon lecteur?Qui es-tu, toi que je remercie de m'avoir suivi jusqu'à cette ligne, jusqu'à ce mot...et même jusqu'à celui-ci...L'avenir ne me le dira peut-être pas...Bien sûr ,je vais certainement me lancer dans le jeu de l'édition, envoyer mon "manuscrit" (encore un mot qui ne convient certainement pas pour ce que va contenir la grande enveloppe de papier kraft) et attendre une hypothétique réponse (et ,tant d'années après avoir écrit ces mots, je ne le sais que trop!).
 

    Mais l'important n'est pas là; même si ces pages ne passent jamais entre les mains de l'imprimeur, ne les détruis pas, mon fils, qui les parcours peut-être alors que je ne suis plus là pour t'en parler de vive voix, elles ne demandent qu'à jaunir au fond d'un tiroir, et seraient les plus heureuses des pages si elles pouvaient éveiller la curiosité si , un jour, elles pouvaient éveiller la curiosité ,voire l'intérêt, d'un de tes descendants, et , mieux encore, l'éclairer un peu sur ceux qui l'ont précédé...

    Alors que la fin (de l'écriture) est proche, je suis justement satisfait d'avoir su écrire...On a beau avoir appris à l'école primaire, prendre son stylo et se lancer à la conquête des mots pour qu'ils deviennent nôtres , c'est une tout autre chose...Ainsi, quand je relis la première phrase de cet inclassable ouvrage:

"C'est ce poutch qui m'a décidé à commencer à écrire", je me dis qu'il faudrait la modifier, je pourrais dire:
"C'est de drôle de mot qui m'a lancé dans cette aventure" ou bien "Poutch, sans ce mot, jamais je n'aurais ouvert ce cahier d'écolier"...mais tant pis, cet exercice m'aura au moins appris qu'avec l'écriture on ne peut pas tricher, on écrit comme on peut , pas forcément comme on voudrait...Bien sûr, certains parviennent, tels des imitateurs, à contrefaire le style d'autres personnes, mais cette gymnastique mise à  part, nous dépendons plus de nos mots et de nos phrases qu'ils ne dépendent de nous.Ils sont une partie de nous-mêmes et montrent bien ce que nous sommes.En ce sens, même si l'on écrit l'article le plus anodin, le roman le plus convenu, la dissertation la plus "scolaire"(encore qu'elles le sont toutes, par définition),on se découvre d'une certaine façon aux autres, au mépris de toute pudeur...Le détail qui nous sauve,en quelque sort,c'est que l'écriture et la lecture ne sont pas simultanées, le lecteur n'est pas derrière nous lorsque nous nous laissons aller à l'écriture, de même que nous ne sommes pas là lorsqu'il s'adonne à la lecture.C'est probablement ce demi anonymat qui me donne l'audace de poursuivre et me pousse à aller jusqu'au dernier mot...

    Voilà donc ma conclusion écrite alors même que la tâche que je me suis assignée n'est même pas entièrement accomplie...Quand je parlais de divagation, je ne me trompais donc pas de beaucoup...
   


 

    Il me reste en effet les quelques phrases que j'ai énumérées au début de ce chapitre...Certaines d'entre elles pourraient aisément s'appliquer à la lecture de ces pages.en effet, le lecteur aura peut-être les doigts de pied qui se retournent en les parcourant?S'il me demande pourquoi j'ai osé coucher tout cela sur le papier, je pourrais toujours lui répondre :"Si on te le demande, tu diras que t'en sais rien...".Et quand, pour me consoler, une âme charitable me dira que d'autres ont échoué aussi dans leur tentative d'être édités, je penserai sûrement que le malheur des autres ne guérit pas le sien...

    Mais reprenons tout cela de manière plus ordonnée...

"Avoir les doigts de pied qui se retournent"

    C'est l'impression que l'on ressent devant un spectacle horrible ou lorsqu'on entend un son particulièrement désagréable...Je comprendrais que d'aucuns puissent dire cela à la lecture de ma prose...
    Décidément, mes paragraphes sont de plus en plus courts!
Quelle raison donner à cette sécheresse progressive?Je ne saurais le dire...Ces cahiers, commencés comme des répertoires de souvenirs ont recueilli aussi les réflexions diverses qui, un peu à la fois, sont venues...Au fur et à mesure de la rédaction, l'envie de dire absolument ce qui me semble important, ou simplement tout ce que j'ai envie de dire, s'est substituée au seul plaisir d'écrire...


 

    Si, dans un avenir proche, il "m'arrive quelque chose de regrettable et de définitif", comme on dit pudiquement, on pensera peut-être que j'avais eu une espèce de pressentiment, d'où peut-être cette notion d'urgence qui s'empare de moi...
    Désolé, il n'en est rien, aucune prémonition n'occupe mon esprit;en revanche, septembre approchant, et avec lui la rentrée, je suis conscient que d'autres activités vont bientôt m'accaparer, et que mes cahiers risquent fort d'être relégués au fond de mon bureau.De plus,  c'est avec un petit sentiment de culpabilité que je m'installe devant ma machine à écrire (et aujourd'hui de mon clavier d'ordinateur):ne serais pas en train de perdre mon temps? Ah , que n'ai-je le talent de Daniel Gélin qui, dans un même ouvrage (Mon jardin et moi) associe les confidences sur sa vie et les conseils pour le jardin...