Jean-Baptiste Messier - Contes sous la voûte étoilée - texte intégral

In Libro Veritas

Contes sous la voûte étoilée

Par Jean-Baptiste Messier

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Table des matières
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Le vieil homme

Le vieil homme… cet homme qui nous conte tant d’histoires fascinantes sur le monde, cet homme aux rides marquées et au regard profond, quelles histoires personnelles, quelles expériences vécues, abritent son âme et en son cœur ?
Vous parler de son intime, de son être profond, tel est l’objet de l’histoire qui suit.
 
Cet homme très sage, buriné par l'expérience et la méditation, je ne vous révélerai pas son vrai nom, nous l'appellerons Léonardo. Je suis sûr qu'il apprécierait.
 
Il existe depuis un temps immémorial. Son savoir, il l'a puisé en Égypte, en Grèce dans les anciennes écoles de Mystères. Et la connaissance a crû en son âme. L'inspiration, telle l'Atalante fugitive, lui semait des pommes d'or dans l'espoir vain de le rassasier. Au contraire sa soif de découverte ne faisait qu'augmenter au fur et à mesure qu'il dévorait les délicieuses pommes. "Dors" lui disait l'Atalante mais il voulait ne pas dormir, guetteur anxieux de l'éternel.
 
Pour développer sa connaissance, il aimait tout à la fois partir du connu (faits observés) pour aller vers l'inconnu et partir de l'abstrait pour comprendre le connu, il raisonnait par syllogisme. Ainsi tous les hommes sont mortels (principe abstrait), Socrate est un homme (observation) donc Socrate est mortel.
 
Son esprit curieux ne divisait pas, ne dévalorisait pas les sentiers de la connaissance, la science, la philosophie, la religion, le sport et l'art constituaient seulement des supports de développements différents au service de la transformation de l'être.
 Même s'il ne s'agit pas de s'étaler en mille et une fioritures, nous allons parler de sa vie et de ses pensées. Le bonheur ne consistait pas pour lui dans des utopies hors d'atteinte mais dans la possession d'une bonne santé, jouir d'une existence matériellement confortable sans excès et surtout dans la sensation de ne pas stagner, d'être en apprentissage, de travailler par tous les moyens à la découverte du monde. "Connais toi toi-même et tu connaîtras l'univers et les dieux", cette phrase il l'avait inscrite au fronton de son académie.
 
 Pour lui l'Univers était l'Oeuvre d'une Intelligence qui n'avait ni début, ni fin, et  tous les hommes possédaient une étincelle de divinité qui s'appelle l'âme.
 
Il pensait que l'eau était source de toute vie, ne l'appelle-t-on pas la mer ?
 
Il aimait beaucoup la géométrie et l'astronomie à tel point qu'il inventa un calendrier encore valable de nos jours.
Les enfants avaient pour devoir d'aider leurs parents et il pensait que l'amitié était un bien précieux dont il fallait prendre soin.

Une pensée un jour lui était venue : "la chose du monde la plus grande est l'espace, car il renferme tous les êtres ; la plus forte est la nécessité, car elle vient à bout de tout ; la plus rapide est la pensée, car elle parcourt l'univers en un instant ;
la plus sage est le temps, car il découvre les choses les plus cachées ; mais la chose la plus douce et la plus aimable est de faire la volonté de Dieu."
 
Seul on n'atteint pas grand chose, c'est pourquoi il s'intéressa aussi à la politique. Les lois pour lui doivent se faire respecter par le simple fait que chaque homme peut comprendre qu'il est plus utile de la respecter que de la violer. Chaque loi doit donc contenir cette vertu intrinsèque de sorte que la répression en devienne accessoire.
 
Il était sage, il n'aimait pas les excès que ce soit dans la luxure ou la vertu, en toute chose, il faut trouver un "juste milieu". La découverte de la vérité en toute chose aussi bien envers lui même qu'envers le monde qui l'environne était une source de plaisirs renouvelés, il avait horreur du mensonge et des conventions et ne voyait pas l'intérêt d'entretenir des relations avec des personnes méchantes.
 
 
Léonardo ne prisait ni l'honneur, ni la gloire, il considérait ces oripeaux comme trop fragiles et éphémères.
 
Il aimait bien parler du mythe de l'Atlantide, de sa puissance et des raisons de sa chute qui au fond était que l'Atlantide s'était écarté du chemin de la sagesse pour batifoler sur les sentiers de l'orgueil, de l'ambition démesurée, et de la soif de conquêtes.
 
 
Loin d'être un pitre sur l'agora, il fonda plusieurs écoles (en italique). Il ramena aussi des connaissances de Crête et de Chaldée. Ses élèves devaient au départ garder le silence pendant 5 ans et ainsi apprendre à écouter avant de juger. Il disait qu'une vie était bien trop courte pour se parfaire et comme telle était le but de la création, nous devons nous réincarner pour nous polir tant et plus de manière à devenir un miroir de l'univers. L'homme n'est il pas créé à l'image de Dieu ?
 
Pour lui, l'existence de l'homme pouvait se décomposer en 4 saisons de 20 ans chacune : enfant jusqu'à 20 ans, jeune jusqu'à 40 ans, adulte jusqu'à 60 ans et vieux jusqu'à 80 ans.
 
Il aimait à employer paraboles et images pour expliquer des principes à ses disciples.
L'Unité est le premier grand principe, d'elle provient les nombres, des nombres, les points, des points, les lignes, des lignes les superficies, des superficies, les solides et des solides, les 4 éléments et fonctions (feu, air, eau, et terre) qui fondent le monde. Vision harmonique et géométrique.
 
Voyageur, il erra beaucoup sans éclat ni critiques. Un peu misanthrope, il aimait beaucoup la compagnie des enfants.
 
Il disait qu'il était aussi important pour un peuple de garder ses lois et sa liberté que de combattre les ennemis.
 
Tout change, seules les lois originelles sont immuables comme gravées dans le marbre.
Lorsque l'on meurt à quelque chose, l'on naît à autre chose, c'est aussi la loi du devenir.
 
La solitude était aussi un grand professeur pour lui.
 
Léonardo était volontiers paradoxal et n'hésitait pas à se moquer des faiblesses des autres, il ne cherchait pas à être sympathique ; il n'était pas hypocrite non plus. Examinant la matière et se demandant jusqu'où on pouvait la couper, il décida d'appeler la dernière partie insécable, atome. Etant donné qu'on ne pouvait la couper plus, il songea logiquement que les atomes étaient inaltérables et indestructibles. En fait l'essence de la matière se trouvait ainsi immortelle ; seuls ses différentes formes changeaient comme les vagues sur un océan...
 
 L'âme pour lui imbibait chaque atome. Il pensait que les vérités venant de l'intérieur de l'être pouvaient recevoir la qualité d'éternité tandis que celles provenant des sens si elles pouvaient apparaître vraies un temps deviendraient forcément fausses.
 
Loin d'être sur un socle, il n'était pas empesé dans son costume et ses analyses, il aimait chercher la synthèse. Si pour lui toute manifestation résultait de la combinaison des 4 éléments, il ajoutait que c'était l'amour ou la haine qui unissait ou divisait ses éléments et présidait donc à leur destruction ou leur existence.
Attraction ou répulsion... On peut se demander si le détachement contemplatif correspond à la position neutre.
 
C'était un excellent médecin, une fois pour lutter contre la peste qui sévissait à Sélinunte, comprenant que cette maladie se développait dans les miasme des eaux insalubres du fleuve, il fit détourner à ses frais des rivières dans le fleuve. La pollution cessa, et la peste recula immédiatement.
 
Il détestait les sacrifices d'animaux et les faisaient remplacer par des pâtisseries en forme de boeuf par exemple. Parfois il rêvassait et il se disait que l'âme humaine passait d'un corps à l'autre pour évoluer vers la perfection. Il aimait à imaginer les anges, il les pensait parfaits et leur mission était de guider les hommes. Il vénérait Dieu.

Vous l'aurez sans doute deviné, il n'était pas sot et son être était comme un cratère effusif. De lui surgissait les pensées les plus profondes comme un magma bouillonnant et fondant. S'agissant de sa famille, son père était sculpteur et sa mère accoucheuse. C'est ainsi qu'il aimait à faire accoucher les pensées profondes de ses disciples : c'est un art qu'il pratiquait sciemment et avec bonheur. Il prenait garde à ne pas tirer profit de sa philosophie ce qui aurait dénaturer la nature de son enseignement qui se concentrait sur la vertu. Deux buts étaient premiers pour lui : adorer Dieu et soustraire l'âme à l'emprise des sens.
Ce qui se rejoint. Chaque discussion avec qui le voulait bien pouvait être propice à la recherche de la parole juste. Il était rigoureux avec lui même mais au fond terriblement doux avec autrui. Faire évoluer les consciences était une belle mission. En discutant un jour avec un disciple, il en vint à dire " Dieu immortel ! Que ce jeune  homme me fait dire des choses auxquelles je n'ai jamais pensé !". Peut on rendre plus bel hommage à la fois au disciple et au pouvoir d'un discussion bien menée ?

Son discours n'était pas plat, son ton était vivant et persuasif mais cela sans astuces ni artifices. Au fil des années, il en vint à accumuler une connaissance, au sens de vision subjective, cohérente et épanouissante, vaste et complète qui touchait aux domaines principaux de l'existence. Il écrivait des dialogues pour transmettre de façon moins formelle ses idées. Quoi de plus rébarbatif qu'un long discours ?
Il y avait trois grands Principes : Dieu, la Matière et l'Idée. L'univers est l'oeuvre merveilleusement intelligente de Dieu qui l'a créé à partir d'une matière préexistante et éternelle qui a pour origine l'Ether. Il existait des dieux intermédiaires qui s'assuraient de la bonne harmonie de l'ensemble de l'oeuvre. En cela il s'inspirait sans doute de la tradition hébraïque. Pour lui l'âme emmagasinait les connaissances qu'elle avait acquises de vie, en vie, c'était la condition de la réalisation de sa perfection.

Un peu artiste, il n'avait pas de pensée totalitaire, il n'imposait rien.
Il aimait à discourir en marchant, par de longues promenades dans la nature, ses disciples en vinrent à porter le nom de péripatéticien. La racine des 4 éléments était la quintessence : l'Ether. Il aimait à distinguer deux sortes de philosophie l'une pratique qui traite de morale, de logique et de politique, l'autre théorique et spéculative : la métaphysique.
L'éducation était primordiale et la base d'une existence heureuse.

Ce vieil homme existe depuis tout temps, presqu'aussi vieux que Saturne, on peut le croiser, en n'importe quel endroit, en vous, en l'autre, dans une situation, sous n'importe quel masque. Mais peut être pour le voir, paradoxalement faut il avoir un regard d'enfant.