Chapitre 8
- Gaïa…
- …
- Eho, Gé… Tu m’entends ? !
- …
Youpi, je viens de monter dans le TGV, elle n’est pas là ! Je squatte en première, Carabine sur mes genoux. En route pour la Vallée du Rhône. Pas d’écolo en vue. Pas de dialogue surréaliste à prévoir. Le civet et le Médoc pas médiocre du tout qui l’accompagnait me pèsent un peu sur le cimetière à poulets. Je garde un gentil petit souvenir du Reblochon. Je vais me faire une sieste digne du sous-préfet aux champs…
Le long de la voie ferrée, les éoliennes du Poitou nous saluent mollement de leurs triplettes de bras fuselés. Elles nous indiquent la météo sans avoir besoin de payer la redevance. Vent soutenu de Nord-Ouest, brume de chaleur. Je serais dans la vallée du Rhône je pourrais dire le temps de demain. Ici, je ne connais pas assez… Tant pis.
L’été tarde à s’installer. M’en fous, je crains la chaleur. La température est agréable, c’est l’essentiel.
- Hummmff, aide-moi, bonté divine !
- Non… ! Ma sieste ? Mais qu’est-ce que tu fabriques ?
- J’étais coincée entre le bogie et l’attelage, je t’appelle depuis Poitiers. Tu ne m’entendais pas ou tu ne voulais pas m’entendre ?
- Je ne sais pas moi. Peut-être bien un peu des deux. Bon, voilà. Tu es installée ? Tu veux boire une goutte de café ?
- Non, merci. Tu vas bien ?
- Oui, oui, pleine forme. J’évite de prendre les TGV en marche moi. Je prends le temps de vivre.
- J’ai vu ça, oui. Tu n’as rien écrit de tout le week-end. Tu as passé ton temps à glander !
- Pas comme toi, par contre. Qu’est-ce que tu as encore fait comme bêtises en Grèce ? Tu veux nous démolir le Parthénon, maintenant ?
- Tais-toi Ancelly. Tu m’as fait pleurer l’autre jour et avec ce nouveau tremblement de terre, j’ai pleuré tout le week-end.
- Faudrait te calmer un peu d’ailleurs. Le barrage de Serre-Ponçon est plein comme il ne l’a plus jamais été depuis 25 ans !
- Ne sois pas méchant, poète. Tu sais bien que ce n’est pas de ma faute. Justement à propos de barrage…
- Parlons-en justement. Vraiment vous les accumoncelez les bêtises, tes plaques et toi ! Le barrage artificiel qui s’est créé en Chine il y a 15 jours est plein lui aussi et il menace de s’effondrer. Tu sais qu’il menace plus de 100 000 personnes ?
- Je sais, je sais, je sais… Et je n’y peux rien !
- Bon, n’en parlons plus alors. Je peux faire ma méridienne ?
Le silence devient pesant. Merde ! Je l’ai fâchée ?
Je n’ai pas vraiment envie de faire la sieste, je suis capable de me réveiller à Marne la Vallée alors que je dois descendre à Massy…
On traverse des champs de céréales à perte de vue. Combien de semences OGM dedans ? Combien de mètres cube de produits chimiques ?
Et les tracteurs ? Ils ne sont jamais « loin de leurs bases », eux. Ce serait si pertinent de leur coller des moteurs électriques…
- Ancelly ?
- Humm ?
- Désolée d’interrompre ta réflexion…
- Désolée, toi ? Je n’en crois pas un mot.
- Je voudrais te poser une question.
- …
- C’était important ces trois nombres que tu avais écrits dans ta main vendredi ?
- Bof…
- Tu mens. Si tu les as notés c’est qu’ils sont importants. Tu voulais les garder ?
- Oui.
- Et ils se sont effacés et tu ne les as pas recopiés. Avec ta mémoire passoire, ils sont où maintenant ?
- Entre les trous…
- Tu te les rappelles, vraiment ?
- 127, 158 et 258… Facile !
- C’est quoi ces trois chiffres ? Qu’est-ce qu’ils signifient ?
- Tu veux leur signification brute, triste et sans appel ?
- Tu me fais un peu peur là. Tu vas me faire le même coup qu’avec les biocarburants l’autre jour ? Tu vas encore me faire pleurer ?
- Je ne sais pas trop. Ça risque de te faire pleurer de rire.
- J’appréhende… Allez, Ancelly. Ce sont des chiffres précis ?
- Tout ce qu’il peut y avoir de précis. Garantie UE.
- Et ils signifient ?...
- Que les écolos sont des ânes !
- Warf, ça je le savais déjà mais résumer la formule en trois chiffres, c’est un peu court. Il va te falloir développer, poète. Etayer…
- Fastoche. Je vais te dire ce que représentent ces trois nombres de 3 chiffres. Je ne sais plus exactement l’unité, ni la quantité à laquelle elle est rapportée, mais ça n’enlève absolument rien à leur valeur.
- C’est pour faire une comparaison. Ça concerne quoi exactement ?
- Tout bêtement le prix de l’électricité.
- Ah, ah, je ne vois pas bien où tu veux en venir, mais je sens effectivement que je vais me marrer.
- Allez, tu ne mourras pas idiote. La voilà la réponse : Peu importe si c’est le kW ou le MW, peu importe si c’est le jour ou la nuit. L’important est que, quand nous, Français, on paie 127, la moyenne des Européens paie 158 et au Danemark, ils paient 258. C’est pas un scoop, ça ?
- …
- ça te la coupe, hein ? Vive l’Europe !
- Et c’est la faute des écolos ? Là tu divagues Ancelly….
Ancelly 09 JUIN 2008.