Fred H - La traque - texte intégral

In Libro Veritas

La traque

Par Fred H

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Table des matières
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Je m’appelle Rander Sodlan. Je suis membre de la garde royale de Saurière, fier protecteur de sa majesté le Roi Biyas III. J’occupe le rang de sergent, et la compagnie que je dirige est spécialisée dans la chasse aux Mystiques Naturels. C’est l’une de ces traques que je couche ici sur le papier en marge de mon rapport officiel afin de laisser un témoignage des horreurs que ces êtres sont capables d’accomplir.
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Ce jour-là, j’ai été convoqué par le capitaine de la garde dans son bureau. Ce genre d’entrevue formelle laissait présager d’une mission, et je redoutais déjà l’affrontement qui allait venir. En effet, il m’annonça qu’un nouveau Naturel s’était révélé en ville. Comme toujours, une personne parfaitement normale s’était soudainement vue dotée de terrifiants pouvoirs magiques qu’elle ne pouvait contrôler et qui l’avaient rendue folle. Cette fois, il s’agissait d’une jeune femme ; les Naturels ont plutôt tendance à être des hommes, mais ce n’est pas toujours le cas.
Elle s’appelait Tersa Imanor et vivait en tant que serveuse dans une auberge du Quartier du Port. Soudainement, au matin, des témoins ont vu l’auberge en question partir en feu, tout le bâtiment d’un seul coup. Elle a alors surgit de l’incendie, flottant à quelques centimètres du sol, ses habits finissant de consumer, ses cheveux transformés en une grande flamme qui ne s’est pas éteinte. Elle a regardé autour d’elle en hurlant comme une démente et de sa bouche sont sorties des langues de feu qui ont fait des ravages dans l’attroupement de curieux. Son visage a alors pris une expression de crainte et de désespoir et elle s’est enfuie à travers les rues, enflammant tout ce qui passait trop près d’elle, hurlant toujours, avant de se terrer dans un entrepôt sur les quais. Personne n’y est entré et aucun témoin ne l’a vue ressortir. Cela remontait à deux heures.
J’avais pour mission de me rendre sur place avec ma compagnie et un mage de la Faculté Mystique en soutien, et d’en finir avec ce monstre.
Je suis donc allé réunir mes troupes, dix soldats d’élite prêts à en découdre. Notre mage habituel était déjà arrivé de la Faculté, sans doute prévenu par un mystérieux moyen incompréhensible pour moi. Bien sûr, ses pouvoirs ne seraient sûrement d’aucune efficacité contre le monstre ; je n’ai jamais rencontré de Naturel qui soit sensible à la Magie. Mais ses pouvoirs de protection et de soins nous ont toujours été d’une aide non négligeable. En une demi-heure, nous étions équipés et nous nous tenions devant l’entrepôt en question. Quelques miliciens y montaient la garde et furent soulagés de nous voir arriver. Le chemin suivi par cette Naturelle était facile à suivre jusqu’ici : corps et bâtiments brûlés, calcinés, gens tremblants de peur. Tersa n’y avait pas été de main morte. Mais l’entrepôt ne portait aucun signe de sa présence. La porte était entrebâillée et rien n’indiquait un quelconque départ de feu.
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Notre mage a incanté un sort général de protection contre le feu sur notre troupe ; c’était un bon début au vu des pouvoirs de cette Naturelle. Il est toujours très difficile de prévoir quel type de combat va se livrer ; les pouvoirs dont ils héritent sont de tous genres. J’en ai déjà vu qui pouvaient contrôler le comportement des gens autour d’eux et qui ont lancé des dizaines d’innocents nous affronter ; ou des autres qui pouvaient dessécher un être vivant rien qu’en le fixant des yeux ; ou encore d’autres dont les yeux projetaient des rayons d’énergie magique capables de réduire à néant les guerriers les mieux équipés.
Nous sommes prudemment entrés dans l’entrepôt. La moitié de mes hommes avait leur arbalète chargée à la main, les autres tenaient fermement leurs hallebardes. L’intérieur était sombre, des piles de caisses obscurcissant les rares fenêtres. Les caisses du centre étaient pour beaucoup renversées et leur contenu éparpillé. Plusieurs montraient des signes de brûlures mais il n’y avait aucune flamme. Un silence oppressant régnait dans le bâtiment, comme si rien de vivant ne traînait ici à l’exception de notre groupe. Aucun mouvement ne trahissait une autre présence. Pour des pouvoirs aussi manifestes que ceux auxquels nous étions confrontés, cela semblait plus qu’étrange. Je ne voulais pas séparer le groupe pour explorer les divers recoins de l’entrepôt, et nous avons formé un cercle autour du mage pour avancer. Inspectant chaque recoin, nous avons avancé entre les piles de débris et de caisses, prêts à réagir à toute attaque. Nous avancions lentement, prudemment.
Mais rien. Pas une présence. Personne. Pas un bruit ni un mouvement.
Nous avions exploré une bonne partie de l’entrepôt lorsque nous avons découvert une trappe au sol… ouverte, et dont le bord était calciné. Il n’y avait pas d’échelle qui descendait, et l’obscurité s’étendait là-dessous. Nous nous sommes regardés. Aucun n’avait envie de descendre le premier. Et pourtant la Naturelle semblait bien être passée par là. Quelques mots du mage et une boule de lueur jaune apparut dans ses mains ; il la fit planer dans l’ouverture, vers le bas. Rien ne bougeait là en dessous. Visiblement, il s’agissait d’anciens égouts maintenant asséchés. Le sol et les parois par endroits noircis indiquaient le passage de notre cible.
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J’ai fait descendre une corde et mes hommes sont allés en bas. Nous sommes partis dans la direction indiquée par les traces de brûlures laissées par Tersa. La boule lumineuse du mage éclairait notre périple. Il faisait froid et humide. Et toujours ce silence oppressant. Nous n’osions pas parler.
Au détour d’un coude du couloir, nous avons trouvé de nouvelles marques du passage de la Naturelle. Il y avait dans le mur sur la droite une porte, du moins ce qu’il en restait. Le cadre était noirci comme une pierre exposée aux flammes des siècles durant ; la porte elle-même ne se constituait plus que de petits bouts de bois brûlés. De la salle s’échappait une lumière changeante, comme celle d’un feu puissant. Dans le couloir gisait un cadavre, à moitié couché contre le mur opposé à la porte comme s’il avait été violemment projeté depuis l’intérieur de la pièce. Du corps carbonisé s’élevait encore une mince fumée indiquant une mort récente. De la salle provenaient des bruits de pleurs, légers…
Nous nous sommes positionnés près de la porte. Plusieurs hommes se sont jetés en avant à mon commandement, couverts par les arbalétriers. Le spectacle à l’intérieur était affreux. La Naturelle était visiblement arrivée dans une cave où diverses personnes étaient réunies. Au milieu d’un mobilier finissant de se consumer gisaient des cadavres noircis et déformés. Tersa était debout au milieu, une belle femme nue aux yeux enflammés et à la longue chevelure de feu rougeoyant, seule lumière éclairant cette salle de mort et de désolation. Les visages tordus sur lesquels on pouvait encore voir des expressions n’exprimaient que douleur et terreur. La Naturelle leva immédiatement les yeux sur nous.
- Fuyez, hurla-t-elle d’une voix grondante comme un volcan en éruption.
Au même moment, une langue de feu jaillit de sa bouche, comme si elle ne la contrôlait pas, et vînt frapper le premier de mes hommes ; il ne s’enflamma pas, protégé par le sort du mage, mais se retrouva projeté en hurlant de douleur contre un mur, ses os craquant lors du choc. Immédiatement, les trois arbalétriers qui avaient un champ de tir lâchèrent leurs carreaux ; ces projectiles se consumèrent avant même de toucher leur cible. Nous chargeâmes, épées au clair, nous lançant dans un combat au contact qui s’avérait particulièrement difficile. Nous étions immunisés au feu, mais pas à la chaleur intense qui se dégageait d’elle. Le feu s’échappait de sa bouche et nous frappait, sa chevelure de flammes nous cinglait de toutes parts. Les coups étaient terribles et puissants. Les nôtres étaient amortis, comme si la vague de chaleur l’entourant créait une espèce d’armure. Derrière nous, j’entendis notre mage incanter un sort.
Je fus le premier à porter un coup qui blessa la Naturelle ; un violent coup de taille dans le bras droit qui la fit saigner, le liquide pourpre s’évaporant à peine sorti de la blessure. Elle hurla de douleur. Et moi aussi j’en ai souffert, j’ai ressenti le choc jusque dans mon épaule.
Au même instant, je sentis une vague de froid sur ma droite : notre mage tentait un sort d’attaque sur la Naturelle, mais comme on pouvait s’en douter il n’eut aucun effet ; le courant glacé s’arrêta à quelques centimètres de son corps, et le sort n’eut comme effet que de rafraîchir l’atmosphère un instant, ce qui n’était déjà pas si mal étant données les circonstances. Entre temps, trois de mes hommes étaient déjà tombés, blessés ou morts, je ne pouvais le voir, et avaient été remplacés au combat par des soldats valides. Le mage commença à s’occuper des blessés. Le combat devenait flou, comme perdu derrière un voile, tellement la chaleur était intense. Je me sentais las et fatigué dans cet environnement. J’arrivais encore à esquiver les langues de feu mais je vis d’autres hommes tomber. Mes compagnons semblaient dans le même état que moi.
Je me suis senti revigoré après une incantation du mage ; j’avais l’habitude de ce sort qui remontait le moral et l’énergie. Je me suis lancé de plus belle dans la mêlée. Nous arrivions à la toucher parfois, la blessant et l’affaiblissant petit à petit. Lentement, au fur et à mesure, elle se repliait sur elle-même, semblant s’affaiblir, jusqu’à ce qu’elle tombe à genoux. Deux derniers coups et elle s’effondra. Le feu de ses cheveux embrasa tout son corps qui disparut en un tas de cendres…
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Encore une fois nous avions vaincu. Mais le bilan était lourd. Quatre de mes hommes étaient morts, et un autre allait en avoir pour des semaines à se remettre de ses fractures. Nous étions tous épuisés et blessés, mais une Naturelle de plus avait été arrêtée. Nous avions été confronté à une nouvelle forme d’horreur mais nous n’avions rien appris de neuf concernant le pourquoi et le comment de l’apparition de ces pouvoirs.
Je n’avais plus qu’à engager de nouvelles recrues dans ma compagnie…