Nicolas Dupont-Aignan - Le petit livre mauve - texte intégral

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Le petit livre mauve

Par Nicolas Dupont-Aignan

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Table des matières
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W comme Washington

Washington : ville pressentie pour devenir la capitale de la future Euramérique.

Au lieu de bâtir un espace de solidarité permettant à chaque pays d’être plus fort dans la mondialisation, l’UE mène une politique d’alignement sur les Etats-Unis qui contraint un pays comme la France à renoncer à sa politique d’indépendance nationale.

La réincorporation de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN, sans nécessité ni contrepartie, n’est à cet égard pas seulement l’oeuvre personnelle d’un président de la République bien connu pour ses penchants proaméricains. Elle est autant le fruit de l’engrenage des traités européens, qui visent insensiblement à intégrer l’Europe dans une vaste zone euro-atlantique, politique et économique, où les Etats-Unis exerceraient une hégémonie sans partage.

Toutes proportions gardées, il s’agirait en quelque sorte de la mise sur pied d’un glacis occidental sous tutelle américaine… à l’instar de ce que l’URSS de Staline avait constitué en Europe centrale et orientale au lendemain de la seconde Guerre mondiale !

Affabulations ? Il existe ainsi au Parlement européen une commission spécialement chargée de réfléchir à cette intégration euroatlantique (pudiquement nommée « partenariat transatlantique ») et de suivre les réalisations concrètes déjà opérées en ce sens. Ainsi, il est prévu d’ici à 2015 la constitution d’un marché transatlantique unifié.

Par ailleurs, ce n’est un mystère pour personne, Angela Merkel est ouvertement favorable à un tel rapprochement, dans la droite ligne de ce qu’une bonne partie des sphères dirigeantes outre-Rhin préconise avec constance depuis 1949.

Quant à l’atlantisme des dirigeants de l’UE elle-même, il n’est plus à démontrer : Javier Solana, le « Monsieur PESC » (faisant office de ministre des Affaires étrangères au sein de la Commission), n’est autre qu’un ancien secrétaire général de l’OTAN. José Manuel Barroso est également un atlantiste enragé : c’est aux Açores (îles portugaises) et lorsque M. Barroso était premier ministre du Portugal, que s’est tenu le sommet entre Georges Bush Jr et ses alliés européens pour décider du déclenchement de la guerre d’agression contre l’Irak.

A cet égard, un ancien ministre de l’Agriculture français, Hervé Gaymard, n’avait pas hésité à dénoncer « la Commission américaine de Bruxelles. »

Cette politique délibérée de l’UE est multiforme, mais tous ses éléments, mis bout à bout concourent à un affaiblissement stratégique de l’Europe face au « Grand Frère » américain.

Turquie : les Etats-Unis sont très favorables à cette adhésion.

En effet, faire entrer la Turquie en Europe, c’est affaiblir sa cohésion et donc anéantir l’hypothèse qu’elle devienne un jour une vraie puissance mondiale, c’est aussi renforcer son alignement sur l’OTAN en rendant encore plus difficile toute velléité de mise sur pied d’une défense européenne autonome (voir les déclarations de Georges Bush le 10 juin 2008 en Slovénie, rapportées par Reuters, selon lesquelles : « les Etats-Unis sont absolument convaincus que la Turquie doit adhérer à l’UE », comme celles d’Obama, le 7 avril 2009).
OTAN : après avoir laissé mourir l’UEO (seule structure institutionnelle à même de porter l’émergence d’une défense européenne autonome) de sa belle mort en 1999, les traités européens ont renforcé la nécessité d’une compatibilité de la défense européenne avec l’OTAN. C’est notamment ce qu’a prévu la Constitution européenne (article 41) puis le traité de Lisbonne (article 27-7), qui disposent : « Les engagements et la coopération dans ce domaine demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, qui reste pour les Etats qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en oeuvre. » Le traité de Lisbonne, comme la Constitution européenne, abandonne toute mention à « l’indépendance de l’Europe », présente dans les traités précédents. Enfin, l’Europe ne conditionne pas le versement de fonds structurels aux nouveaux membres à la préférence communautaire : la Pologne touche des milliards d’€ de subvention mais achète des avions de combat F-15 plutôt que des Rafales, des Eurofighters ou des Saab. Avec la réintégration complète de la France dans l’OTAN, nonobstant la diversion de Nicolas Sarkozy sur la relance par ce biais de « l’Europe de la Défense », la petite phrase prononcée fin des années 1990 par Madeleine Albright (alors secrétaire d’Etat américaine aux Affaires étrangères) est en passe de se réaliser : « L’Europe, c’est l’OTAN ! »

Normes comptables : l’UE a capitulé ces dernières années lors de la négociation avec les Etats-Unis sur l’harmonisation des normes comptables entre les deux rives de l’Atlantique. Les normes américaines, qui calculent la valeur d’une entreprise au cours de sa valeur boursière, ont aggravé la crise financière : l’effondrement des cours de la bourse a provoqué une sous-évaluation massive de la valeur des entreprises cotées, alimentant encore plus la défiance.
NYSE / Euronext : La Commission européenne n’a pas empêché (et Berlin non plus) l’acquisition d’Euronext, qui regroupe plusieurs places financières européennes (dont celles de Paris et Amsterdam), par Wall Street, ne faisant aucun effort pour favoriser le succès d’une solution alternative européenne par excellence : le rapprochement d’Euronext et de la place allemande de Francfort. Cette inertie incompréhensible s’explique probablement par le rêve caressé par de nombreux eurocrates de voir se développer un partenariat transatlantique accru, qui fusionnerait en quelque sorte les Etats-Unis et l’Union européenne en une zone commerciale, juridique et militaire unique.

Irak : le Haut représentant de l’UE pour la PESC (Javier Solana, ancien secrétaire général de l’OTAN), destiné à devenir le ministre des Affaires étrangères sans le titre selon le traité de Lisbonne, a soutenu sans réserve la position des Etats-Unis à l’ONU, lorsque ceux-ci affirmaient mensongèrement que l’Irak détenait des armes de destruction massive et a tancé la France, qui refusait les faux brandis par Washington pour prouver l’existence d’armes de destructions massives en Irak. A partir de 2003, on ne compte plus les résolutions proaméricaines votées par le Parlement européens, y compris par les eurodéputés du MoDem, de l’UMP et PS !

Rapport Laschet : cette résolution du Parlement européen (votée le 23 novembre 2003) encourage la communautarisation de la représentation des Etats membres à l’ONU, notamment ceux qui détiennent un droit de veto et un siège permanent au Conseil de Sécurité (France et Grande-Bretagne), et ce dans des termes laissant grande ouverte la perspective d’une disparition pure et simple du veto britannique et français.
Un amendement au texte demandant explicitement le maintien du veto français et anglais a été soumis mais rejeté par le PE, les eurodéputés anglais votant pour, leurs collègues français de l’UMP, du MoDem et du PS votant contre. En 2005, un texte de même nature a été soumis au PE avec les mêmes résultats en ce qui concerne le vote des eurodéputés français.

Droits de douane, rivalité commerciale : les droits de douane moyens de l’UE (environ 4%) sont deux fois moindres que ceux de l’ALENA (environ 8%). Par ailleurs, l’UE fait preuve d’un coupable formalisme juridique en cas de guerre commerciale déclenchée par les Etats-Unis (exemple de l’acier après 2001 : renchérissement des droits de douanes américains, plainte déposée à l’OMC par l’UE qui met 3 ans à aboutir, période pendant laquelle les sidérurgistes US ont reconstitués leurs marges et leurs parts de marché sur le marché domestique, tandis que les Européens ont tout perdu symétriquement). Actuellement, face à une administration américaine qui semble vouloir prendre les devants en matière de protectionnisme, l’UE reste très en retrait et se contente de protestations symboliques.

AGCS, AMI, exception culturelle : sur ces trois dossiers où les Etats-Unis font pression depuis toujours pour battre en brèche la protection européenne, l’Europe se défend peu et mal, lorsqu’elle se défend. AGCS (libéralisation des services non-marchand ou sociaux, comme la santé et l’éducation) : la Commission pousse à la conclusion d’un accord mais devant les blocages, attend son heure pour remettre cela sur le tapis. Idem AMI (accord multilatéral sur la libéralisation totale des investissements).
Sur l’exception culturelle (défense du français et des lois défendant le français, système d’aide au cinéma français, quotas de film français et européens…), le traité de Lisbonne a repris la disposition de la Constitution européenne faisant passer de l’unanimité à la majorité qualifiée le vote au Conseil des ministres européen sur les accords à l’OMC négociés par la Commission et ayant trait à la diversité culturelle et linguistique.

Multinationales américaines : les amendes infligées par la Commission de Bruxelles aux multinationales pour excès de concentration (comme Microsoft) sont insuffisamment dissuasives, car d’un montant trop faible. Sur le terrain de l’informatique, la Commission de Bruxelles voit d’un mauvais oeil le logiciel libre (pas assez mercantile tout ça !) et empêche la France de subventionner Bull. La Commission fait aussi ouvertement le jeu d’entreprise comme Monsanto (OGM) en obligeant (ou en essayant d’obliger) les gouvernements européens à accepter la culture et la commercialisation de ses semences. Par ailleurs, la Commission soutient les réforme du brevet européen, dans un sens qui permettra aux multinationales américaines et japonaises de faire beaucoup plus facilement valoir en Europe la foule gigantesque de leurs brevets, jusqu’à présent sans effet juridique (stratégie anglosaxonne du brevet visant à étouffer la concurrence par submersion de brevet).

Accord sur le transit des passagers UE aux Etats-Unis : malgré les nombreux amendements votés par le PE, la négociation entre les deux rives de l’Atlantique reste déséquilibrée, les Américains imposant des contraintes de sécurité incompatibles avec le respect de la privée des citoyens européens.
Réforme de la réglementation européenne sur la protection de la vie privée sur internet : La Commission de Bruxelles a nommé une commission « d’experts » pour faire des propositions, mais celle-ci est composée à 80% de membres américains. Ce, alors même que les Etats-Unis n’ont pas de réglementation de ce type, refusant toute entrave au démarchage commercial agressif des entreprises vers les consommateurs. Les « experts » américains nommés sont tous des professionnels du droit ou des cadres importants de multinationales qui veillent précisément à empêcher une réglementation contre l’exploitation par les entreprises des données privées recueillies sur internet.

Galiléo : en juin 2004, la Commission européenne a négocié avec les Etats-Unis la répartition des fréquences utilisées par les dispositifs type Galiléo et GPS, mais Bruxelles a renoncé unilatéralement à toutes les fréquences les plus fiables (utilisées par l’armée), histoire de ne pas contrarier l’hégémonie US sur ce terrain et de bien montrer, au contraire, que ce projet n’aurait que des utilisations civiles (les Etats-Unis conservant le monopole des applications militaires, qu’ils mettent selon leur bon vouloir à la disposition de leurs alliés). L’Europe a ainsi renoncé à une coopération avec la Russie, qui développe son propre système. La communautarisation du projet Galiléo (sa gestion directe par la Commission, avec décisions prises par le Conseil européen sur proposition exclusive de Barroso & Cie) aboutit à des situations ubuesques : retards énormes dans le lancement des programmes, difficulté à satisfaire tous les pays dans le choix des entreprises opératrices, gabegie financière, blocage par la Grande-Bretagne et les pays neutres de toute application militaire de Galiléo, participation de la Chine, alors qu’il devrait s’agir d’un programme d’intérêt stratégique réservé aux seuls pays européens…
Il est bien évident que la France ne doit pas se laisser normaliser par cette Europe faux-nez de Washington. Il lui faut désormais résister à cette dérive mortelle pour son identité et son âme. Si nos partenaires veulent jouer les « caniches » - pour reprendre l’accusation portée par les Conservateurs britanniques contre Tony Blair et sa politique d’alignement systématique sur les Etats-Unis -, ce la ne doit regarder qu’eux-mêmes.

Les listes de Debout la République proposent au contraire d’agir pour une Europe indépendante, pour « l’Europe européenne » comme l’appelait le général de Gaulle.

Cela passe par le respect de la politique d’indépendance nationale de la France au sein de l’UE et à l’ONU.

Cela passe ensuite par le lancement de coopérations interétatiques à la carte sur des dossiers de défense, afin de rapprocher progressivement le point de vue des Européens autour d’une défense européenne autonome.

Cela passe enfin par la suppression de la Commission de Bruxelles, remplacée par un secrétariat général du Conseil européen et des agences de coopération au service des projets commun menés par les Etats membres.

Cette réorientation profonde de l’Europe doit être mise au service d’une vision du monde propre, fondée sur les principes d’aide au développement, de préservation de l’exception culturelle, de la lutte pour la sauvegarde de la planète, pour la résolution pacifique des conflits et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

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