O comme OTAN
OTAN : alliance militaire occidentale, actuellement en charge de la défense du continent européen, visant à sauvegarder les intérêts américains de part le monde.
Enlisement de l’avion militaire de transport européen A400M, renonciation unilatérale de toute application militaire du futur GPS européen sous la pression de Washington, acquisition ostentatoire de matériels américains au détriment de leurs équivalents européens par certains membres de l’UE (Pays-Bas, Pologne…), installation d’un bouclier antimissile hostile à la Russie… l’UE n’est pas l’instrument d’une affirmation géopolitique de l’Europe mais tend au contraire à devenir le cheval de Troie des intérêts américain sur le continent !
Ainsi, la mise sous tutelle américaine de l’évanescente « Europe de la Défense » voulue par Bruxelles ne cesse de s’aggraver, au point d’avoir été inscrite dans les traités constitutionnels et de Lisbonne.
Or, il apparaît nécessaire d’inverser les priorités : si l’Europe n’est pas un démultiplicateur de puissance, il faut au moins qu’elle ne soit pas la cause d’une normalisation atlantiste ! Au-delà, le vrai enjeu serait qu’elle offre enfin, tout en garantissant la paix sur le continent et sa sécurité vis-à-vis de l’extérieur, le cadre de coopérations souples, à la carte, entre pays volontaires, permettant qu’émerge petit à petit des politiques, des projets et des programmes auxquels l’ensemble des pays membres pourrait se rallier.
Malheureusement, au lieu de bâtir un espace de solidarité permettant à chaque pays d’être plus fort dans la mondialisation, l’UE mène une politique d’alignement sur les Etats-Unis qui contraint un pays comme la France à renoncer à sa politique d’indépendance nationale. Cette vassalisation rampante de nos armées aboutit logiquement à une fausse défense européenne aux ordres de Washington.
En effet, après avoir laissé mourir en 1999 l’Union de l’Europe Occidentale (UEO), pourtant seule structure institutionnelle à même de porter l’émergence d’une défense européenne autonome, les traités européens ont renforcé la nécessité d’une compatibilité de la défense européenne avec l’OTAN. C’est notamment ce qu’a prévu la Constitution européenne (article 41), puis le traité de Lisbonne (article 27-7), qui prévoient : « Les engagements et la coopération dans ce domaine demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, qui reste pour les Etats qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en oeuvre. » Bien évidemment, le traité de Lisbonne, comme la Constitution européenne avant lui, abandonne toute mention de « l’indépendance de l’Europe », présente pourtant dans les traités précédents.
Cet alignement est d’autant plus préoccupant que le Haut représentant de l’UE pour la PESC (Javier Solana, ancien secrétaire général de l’OTAN), destiné à devenir le ministre des Affaires étrangères (mais sans le titre) selon le traité de Lisbonne, a soutenu sans réserve la position des Etats-Unis à l’ONU, lorsque ceux-ci affirmaient mensongèrement que l’Irak détenait des armes de destruction massive.
Enfin, autre lacune du système, l’Europe ne conditionne pas à la préférence communautaire le versement de fonds structurels aux nouveaux membres, ce qui aboutit à des situations invraisemblables. Pour exemple, la Pologne touche des milliards d’euros de subvention mais achète des avions de combat F-15 plutôt que des Rafales, des Eurofighters ou des Saab.
De la sorte, au moment où la vision d’un monde multipolaire se fait jour devant nous, la France et l’Europe mettent un peu plus le doigt dans l’engrenage de guerres qui ne sont pas les leurs.
Il suffit de constater que bien avant la décision française de réintégrer le commandement militaire de l’OTAN, le gouvernement a annoncé que les renforts français envoyés en août prochain en Afghanistan, seront directement placés sous commandement américain. Où est donc l’indépendance renforcée de la France qu’a invoquée Nicolas Sarkozy ? Ce dernier a décidé d’envoyer des renforts français en Afghanistan27 en faisant croire que cela permettrait d’infléchir la stratégie américaine dans ce pays. Le constat est sans appel possible : il n’en est rien et nous nous enfonçons chaque jour davantage dans un bourbier.
Alors, le Président a beau promettre que même après sa réintégration dans l’OTAN, notre pays continuera à prendre des décisions indépendamment des Etats-Unis, personne n’est dupe. A partir du moment où l’on rejoint le Commandement militaire intégré, on met le doigt dans un engrenage diplomatique et militaire qui rend bien évidemment de plus en plus difficile une politique de Défense autonome.
De surcroît, tous les actes du Président, depuis son élection, prouvent bien qu’il a abandonné les principes qui ont guidé la politique étrangère française depuis plusieurs décennies : engagement, sans changement de stratégie sur place, de troupes supplémentaires en Afghanistan ; mise entre parenthèse de la francophonie ; jusqu’auboutisme face à l’Iran etc…
De plus, il est totalement aberrant d’imaginer bâtir une Europe de la Défense subordonnée aux Etats-Unis. C’est d’ailleurs cette contradiction majeure qui est inscrite dans le Traité de Lisbonne, copie conforme de la Constitution européenne, rejetée par le peuple français en 2005. D’ailleurs, voir aujourd’hui François Bayrou rejoindre les thèses gaulliennes d’indépendance nationale lors du débat sur le retour français dans l’OTAN alors qu’il a soutenu le Traité de Lisbonne où il est écrit noir sur blanc que la Défense européenne s’inscrit dans le cadre de l’OTAN, est assez symptomatique de l’état d’esprit de nos députés, qui semblent découvrir après coup la teneur exacte des textes qu’ils ont voté.
Or, la question se pose : à quoi bon avoir une Europe de la Défense si celle-ci doit n’être qu’une simple succursale de l’OTAN en Europe, et non un instrument autonome de sécurité au service de sa propre vision du monde ? Et comment convaincre nos voisins, dont l’appartenance à l’OTAN est le prétexte à négliger leur propre effort de défense, de s’investir dans une ambitieuse coopération militaire dès lors que le principal pays moteur, la France, renoncerait au sien ?
Beaucoup disent que le retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN va permettre à la fois de débloquer la défense européenne et d’« européaniser l’Alliance ». La vérité est qu’à aucun moment les Européens n’ont manifesté de volonté politique véritable pour une défense européenne. Ils ne veulent, en effet, pas consacrer plus de crédits à leur défense vu que l’OTAN joue ce rôle.
Ainsi, sous le label de «défense européenne», l’UE se contente de mener des actions périphériques ou secondaires tel un sous-traitant de la politique étrangère des Etats-Unis.
Quant à la meilleure représentation des intérêts européens via les commandements obtenus en guise de contrepartie à l’adhésion française, il ne s’agit là que de poudre aux yeux. Hubert Védrine a très bien soulevé la question : est-ce que la nationalité des officiers qui reçoivent et transmettent les instructions du Pentagone a de l’importance, sans changement radical des modes de décision au sein de l’Alliance, ce que rien ne permet d’espérer, même aujourd’hui ? Rappelons que, lors de la guerre du Kosovo, le Pentagone avait détesté l’obligation de consultations entre alliés. Il est donc peu concevable qu’il se découvre une soudaine capacité au dialogue et à l’écoute au moment où il aura de plus en plus de soldats à ses ordres pour jouer au gendarme du monde.
Enfin, la question de l’existence même de l’OTAN se pose. La fin du pacte de Varsovie aurait dû, et depuis longtemps, permettre la redéfinition de l’Alliance atlantique dans le sens d’une émancipation de la défense européenne, certes partenaire des Etats-Unis, mais non plus sous tutelle. Devant la commission de la défense à l’Assemblée nationale, mardi 17 février, MM. Morin et Kouchner eux-mêmes ont d’ailleurs reconnu qu’il faut réfléchir à l’avenir de l’OTAN. N’est-il pas plus sage et plus logique de le faire avant le retour complet dans l’OTAN qu’après ? La question est simple : veut-on définitivement faire de l’OTAN le bras armé de l’Occident, la laisser, jusqu’en Europe même, devenir parfois un facteur de désordre et de perturbation28, ou, au contraire, imaginer une nouvelle organisation de défense en Europe, partenaire des Etats-Unis mais non plus placée sous leur hégémonie, qui puisse parler au monde avec une voix propre et aider ceux de ses membres qui ont la volonté de maintenir la leur.
En effet, la soumission à l’OTAN de la défense européenne fera prendre vingt ans de retard à l’évolution inéluctable du monde en grands pôles continentaux. Or, la France a encore envie d’être libre et, si elle s’en donne les moyens, peut devenir le levain d’une future coopération européenne de sécurité et de défense, qui pourrait progressivement voir le jour au XXIème siècle.
Debout la République est donc favorable à la mise en place de « coopérations militaires à la carte », notamment dans le domaine de l’armement, pour donner à l’Europe une voix originale dans le monde. Une Défense européenne spontanée apparaît peu cohérente car, en fin de compte, quand un président envoie ses soldats se battre et mourir, il n’est responsable que devant son propre peuple. En revanche, des coopérations militaires permettant, lorsque les Européens sont d’accord entre eux, de faire oeuvre commune, sont possibles. Mais cela va de soi, pour y réussir, il faut séparer cet embryon de coopération de sécurité européenne de l’alliance sous tutelle des Etats-Unis.
27. Avant de geler cette décision début avril, à cause semble-t-il du changement de cap de la politique américaine en Afghanistan décidé par Barack Obama.
28. Le rôle joué par l’OTAN et les Etats-Unis dans les guerres balkaniques des années 1990, de l’éclatement de l’ancienne Yougoslavie (1991) jusqu’à la proclamation unilatérale d’indépendance du Kosovo (février 2008), a consisté aussi, sous couvert d’action humanitaire, à attiser la dangereuse tentation de remise en cause des frontières dans cette région très instable, au risque de créer des situations de conflits durables (ouverts ou larvés) nécessitant une présence militaire permanente.
Celle des forces de l’OTAN par exemple, justifiant ainsi son existence. Mais l’onde de choc de cette perturbation de l’ordre politique européen a notamment pour effet d’inquiéter la Russie et d’aviver d’autres revendications territoriales en Europe, dont l’explosion aurait des conséquences incalculables : c’est bien pourquoi la très atlantiste Espagne, soucieuse du viol par l’UE et les Etats-Unis du droit international au Kosovo (proclamation d’indépendance unilatérale sans accord du Conseil de Sécurité des Nations Unies), n’a pas reconnu le nouvel Etat kosovar.
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