Nicolas Dupont-Aignan - Le petit livre mauve - texte intégral

In Libro Veritas

Le petit livre mauve

Par Nicolas Dupont-Aignan

Cette oeuvre est mise à disposition du public sous un Contrat Creatives Commons (by-sa)

Vous êtes en mode de lecture plein écran. Cliquez sur le lien suivant si vous souhaitez afficher la version classique de cette oeuvre

Table des matières
Que pensez vous de cette oeuvre ?

N comme Nation

Nation : communauté humaine ayant conscience d’être unie par un destin et un projet communs, tirant ses racines d’une identité historique, culturelle, linguistique… aujourd’hui menacée de disparition par l’activisme bruxellois.

L’Union européenne a beau clamer son innocence, il est difficile de ne pas s’apercevoir qu’elle ne cherche qu’à défaire les États-nations pour les remplacer par une Europe des régions, des minorités et des tribus, qui serait synonyme, en France, de démantèlement de la République ainsi que de l’unité nationale.

En effet, cette vision de l’organisation politique de l’Europe, si elle convient aux micro-États et à la mentalité fédéraliste germanique (historiquement hostile à l’État-nation moderne inventé par la France révolutionnaire), constitue une véritable menace pour notre pays, dont la cohésion est assurée par la volonté de ses citoyens de vivre ensemble, l’existence d’un État fort et la primauté de la langue française, langue de la République selon la Constitution. L’introduction de l’Europe des Régions en France mettrait ainsi un terme à l’unité linguistique, administrative, politique et ruinerait les efforts de redistribution des ressources entre régions riches et moins riches, que seul l’État central peut garantir et a su mettre en oeuvre depuis plusieurs siècles, pour cimenter la Nation.

L’Europe des régions est également une menace pour de nombreux pays d’Europe orientale, par exemple la Pologne et la République tchèque, particulièrement inquiets des revendications des descendants des populations allemandes expulsées de leurs régions périphériques (Sudètes, Poméranie, Silésie…) en 1945.
Remettre en cause les frontières politiques en Europe en les contournant, menacerait donc la paix comme le découpage territorial issu des traités de Versailles (1919) et Paris (1947), conforme aux valeurs de la France et à sa vision de l’ordre international.

Enfin, l’UE abrite, au plus haut niveau, plusieurs groupes de pensée qui militent ouvertement pour une union transatlantique réunissant les États-Unis et l’Europe, selon un modèle économique, social, politique et stratégique qui nierait encore plus l’idée de la République française. Angela Merkel, elle-même, ne cache pas son rêve de faire aboutir ce projet.

Concrètement, depuis plusieurs années l’UE développe une politique de coopération transfrontalière qui n’est pas dénuée d’ambiguïté et inquiète souvent les populations des territoires visés : l’Alsace, les Sudètes tchèques ou la Silésie polonaise, sont ainsi concernés. Les revendications des associations allemandes d’expulsés passent notamment par les institutions et groupes de réflexions créés par l’UE pour faire pression sur les pays concernés et faire abolir des lois foncières qui garantissent leur souveraineté sur les régions contestées (obligation de parler le tchèque ou le polonais pour posséder une propriété foncière). Ces frictions provoquent des réactions de rejet xénophobe ou nationaliste à l’encontre de pays, comme l’Allemagne et la Hongrie, qui ont la réputation de vouloir réviser leurs frontières amputées par l’Histoire. On risque ainsi de rallumer des sentiments belliqueux en cherchant à abolir en douce les États-nations.

De plus, l’UE tolère ou encourage plusieurs organisations non-gouvernementales qui militent ouvertement pour une plus grande reconnaissance à l’égard des minorités nationales ou ethniques, ce qui nous mène pratiquement jusqu’à la remise en cause, sur les territoires contestés, de la souveraineté politique de ces États dénoncés comme « oppressifs ». C’est par exemple le cas de l’Union Fédéralistes des Communautés Ethniques Européennes, subventionnée par le Land du Schleswig-Holstein et l’État fédéral allemand, dont les thèses racialistes et souvent délirantes trouvent aussi un écho bienveillant au sein des institutions européennes et au Parlement européen, où certains députés lui sont acquis (par exemple Bernd Posselt, eurodéputé CSU siégeant au PPE-DE, dont sont aussi membres les élus de l’UMP). Pour cette organisation, qui accueille à bras ouverts les mouvements séparatistes bretons, catalans, occitans, basques, corses… il n’existe pas de « peuple français » mais des « minorités ethniques et culturelles opprimées par un État colonial », notamment une minorité alsacienne coupée de ses racines et de sa famille germanique.

Ce sont ces organisations, aux côtés de leurs bailleurs nationaux, très introduites dans les arcanes bruxelloises, qui ont milité avec succès pour la charte des langues minoritaires. Ce sont elles qui ont obtenu les articles relatifs aux minorités nationales dans la Charte des droits fondamentaux inscrite dans le traité de Lisbonne, véritables bombes à retardement pour la stabilité de l’Europe26.

Enfin, la Charte des langues minoritaires, partiellement ratifiée par la France sous le gouvernement de Lionel Jospin, contient des articles ostensiblement contraires à l’indivisibilité de la République et à l’unité du peuple français selon l’arrêt du Conseil constitutionnel, qui les a donc logiquement censurés. Pourtant, le traité de Lisbonne érigeant le droit européen et la Charte des droits fondamentaux comme un droit supérieur au droit national, y compris constitutionnel, il paraît probable que la France va devoir ratifier bientôt dans son intégralité la Charte des langues minoritaires. De nombreux élus du PS y sont favorables, mais aussi de l’UMP.

Au nom du parti majoritaire, M. Martin-Chauffier a pu ainsi assurer en 2006 un militant fédéraliste breton, que son parti et son président Nicolas Sarkozy, étaient favorables à une telle évolution. Il va sans dire que les députés PS, UMP et MoDem du Parlement européen sont sur la même ligne et votent les résolutions régulièrement adoptées à ce sujet par le Parlement Européen. Hélas, tous ces élus ont oublié ce qu’il en coûte de jouer avec le feu des séparatismes ethnoculturels : l’Espagne, qui se disait fière jusqu’à une période récente de sa constitution fédéraliste a opéré un revirement historique l’année dernière, dénonçant le risque d’éclatement que fait courir ce genre de politique, et refusant en conséquence de reconnaître l’indépendance unilatérale du Kosovo, craignant un précédent dangereux pour sa propre unité. L’exemple britannique, où la dévolution a réveillé encore plus le sentiment national écossais, va dans le même sens. Inutile, enfin, de s’attarder sur la faillite du fédéralisme belge, pays d’accueil des institutions communautaires…

C’est donc sur le chemin de la fin des Nations que s’est engagée Bruxelles, balayant d’un revers de directive ou de Traité les différents modèles d’États qui se sont bâtis en Europe au cours des siècles. Ainsi, la prétendue Nation Européenne cherche à se substituer à l’Europe des Nations, pourtant seule capable de se projeter vers l’avenir en respectant les racines historiques de chaque État membre.

Or, le modèle Français, hérité des luttes de 1789 ainsi que de celles qui ont suivies, ne saurait s’accorder avec une vision supranationale de l’Europe, reniant son unité et son indivisibilité tirées de sa nature profondément républicaine au profit d’une régionalisation de son territoire.

Seuls les technocrates apatrides peuvent croire que l’on peut ainsi s’assoir sur l’Histoire et recourir à un tel reniement culturel. Les peuples, eux, ne sont pas dupes et savent très bien que l’UE ne tirera sa puissance, non de l’uniformisation, mais bien au contraire du respect des différences de ses États membres, seul à même de nous porter vers un avenir commun.

La seule issue pour l’Europe se trouve dans le respect des Nations, sur la richesse et la diversité desquelles elle doit s’appuyer pour retrouver la faveur des peuples et donner le meilleur d’elle-même. Il faut cesser une fois pour toutes cet amalgame tendancieux entre le nationalisme d’hier et le sentiment national qui est une réalité indéracinable et une vertu pour l’humanité. « Le patriotisme, c’est aimer son pays. Le nationalisme, c’est détester celui des autres. »

(Charles de Gaulle)
26. C’est le cas de l’article 23 de la Charte qui reconnait des droits collectifs aux minorités culturelles, linguistiques, religieuses et nationales.

Chapitre suivant : O comme OTAN