M comme malbouffe
Malbouffe : nouvelle dénomination de la gastronomie française dans un avenir à la fois très proche et souhaité par Bruxelles.
Une alimentation saine, de qualité, le plus possible respectueuse de l’environnement, équitable, issue de nos terroirs ou d’ailleurs, voilà ce à quoi nous aspirons tous. Dans la France et l’Europe du XXIème siècle, ce devrait même être une évidence, un dû qui ne se discute pas.
Et pourtant, la situation est loin d’être aussi évidente.
L’Union européenne, qui est pour une large part responsable de ce qui atterrit dans nos assiettes (définition des normes de production et de sécurité alimentaires, étiquetage, reconnaissance des appellations contrôlées…), ne fait pas son travail. Ou plutôt en a une bien curieuse conception !
Au lieu de protéger les Européens de la malbouffe par une politique douanière et des normes internes inspirées du principe de précaution, l’UE les y expose, au contraire, de manière répétée, accordant systématiquement le bénéfice du doute aux multinationales, défendant peu l’intérêt des consommateurs dans sa politique
réglementaire et traquant toutes les pratiques de mieux-disant ou de spécificité alimentaires dès lors qu’elles s’écartent de l’intérêt des oligopoles, d’une vision dogmatique de la « concurrence libre et non faussée », ou qu’elles incarnent -ultime sacrilège ! -des spécificités nationales, non pardon « nationalistes » bien sûr.
Aujourd’hui, par exemple, l’autorisation ou l’interdiction des OGM dans l’UE dépend en dernier ressort de la Commission de Bruxelles laquelle, en l’absence de majorité pour ou contre des Etats membres, peut prendre la décision qui lui plaît (procédure dite de « comitologie »). C’est déjà en vertu de cette procédure que la Commission a levé l’embargo européen sur le maïs BT11 en 2004, autorisant ainsi la culture et la consommation de cet OGM. Depuis, Bruxelles a autorisé d’autres OGM, notamment le maïs MON 810 de Monsanto.
De plus, la Commission de Bruxelles, manifestement aux ordres des multinationales américaines qui commercialisent les OGM, agit pour empêcher l’existence d’une filière biologique qui pourrait faire concurrence à la consommation de produits OGM. Une nouvelle réglementation européenne vient, en effet, d’entrer en vigueur au 1er janvier 2009, autorisant la présence d’OGM à hauteur de 0,9% dans les produits bio, sans que cela ne soit indiqué sur l’étiquetage.
En parallèle, la Commission a veillé à abaisser le seuil d’exigence pour le label bio, ne retenant pas les cahiers des charges nationaux parmi plus exigeants, comme celui existant jusqu’alors en France. Ainsi, l’obligation d’une provenance locale du fourrage pour les animaux de boucherie, l’interdiction d’utiliser certains médicaments et antiparasitaires dans l’élevage, l’existence de normes plus contraignantes dans l’étiquetage, l’obligation d’utiliser des ingrédients conventionnels dans une liste limitative lorsqu’ils sont nécessaires à la fabrication du produit bio etc. ont été supprimées. De même, l’extension des « intrants » autorisés (pesticides, médicaments, engrais…) sera décidée par des comités d’experts bruxellois dont on peut craindre le laxisme délibéré, à l’instar de celui de l’Agence sanitaire européenne.
Rappelons, enfin, le triste rôle de la Commission européenne en 1999, lors de l’affaire de la « vache folle », quand elle a cherché à imposer la fin de l’embargo sur la viande bovine anglaise aux autres pays membres. Bruxelles, n’ayant alors aucune solution à proposer aux producteurs de viande européens qui devaient affronter un effondrement historique des cours pour cause de défiance des consommateurs, a dénoncé l’entente en France entre les acteurs de la filière qui permettait, avec l’accord explicite du gouvernement français, le maintien de prix plancher. En décembre 2008, la Commission a ainsi obtenu la condamnation définitive des organisations professionnelles concernées, dont la FNSEA, qui a écopé d’une amende de 10 millions d’euros.
Très souvent, nous pouvons voir les dirigeants nationaux et européens rivaliser de volontarisme pour sauvegarder la santé des Européens, en garantissant la qualité de leurs aliments. Mais au-delà des grandes déclarations symboliques, le principe de cohérence sera le juge ultime de la politique européenne.
Nicolas Sarkozy a décrété avec grandiloquence un moratoire sur le MON 810 en février 2008, entendant démontrer que la France avait une marge suffisante face à l’UE sur ce dossier pour lequel près de 80% des Français souhaitent un référendum. Mais Bruxelles, malgré les demandes de plus en plus nombreuses des gouvernements européens de renforcer les exigences d’évaluation et d’autorisation des OGM, a tenté le 23 janvier 2009 d’imposer la fin du moratoire sur la culture de cet OGM dans les quelques pays qui l’avaient décidé, au motif que leurs craintes étaient insuffisamment étayées au plan scientifique.
Il suffisait en effet à la Commission qu’aucune majorité qualifiée, pour ou contre sa proposition de levée des clauses de sauvegarde, ne se dessine au sein du Conseil des ministres - ce champ de décision obéit aux règles dite de la « comitologie », qui permet à la Commission de décider seule si les 27 ne sont pas suffisamment d’accord entre eux. Mais le nombre requis de pays pour former une majorité qualifiée contre sa proposition a finalement été réuni, au vote près. Compte tenu de la proximité des élections européennes, il y a gros à parier que plusieurs pays membres n’ont pas voulu courir le risque d’imposer une décision impopulaire aux pays réfractaires, mais qu’ils changeront d’avis après le 7 juin. Il suffira alors que Chypre, Malte ou la Lituanie change d’avis pour que Barroso obtienne gain de cause. De toute façon, en dernier recours, la Commission de Bruxelles pourra porter plainte auprès de la Cour européenne de Justice qui, s’appuyant sur l’avis scientifique laxiste de l’Agence européenne de sécurité sanitaire des aliments, condamnera en toute probabilité les pays hostiles aux OGM à en autoriser chez eux la mise en culture et la consommation.
De la même manière, afin d’harmoniser les seuils autorisés des résidus des 349 pesticides utilisés dans l’UE sur les aliments, cette même Commission a fait adopter début 2005 une nouvelle réglementation, entrée en vigueur le 1er septembre 2008. Hélas, c’est le moins-disant qui a prévalu, les normes nationales les plus laxistes (seuils les plus élevés) ayant été retenus et étendus aux autres pays membres.
A cela vient s’ajouter la multiplicité de produits agroalimentaires français traditionnels qui sont dans le collimateur de Bruxelles, toujours à l’affût d’entraves à la concurrence et de « discrimination nationale », sous couvert de labels et recettes de préparation traditionnels. Ainsi, l’échalote française cultivée traditionnellement a pris un coup sévère en 2006, lorsque la CEJ a autorisé la commercialisation d’échalotes néerlandaises de culture « de semence » qui pourront être vendues en France sous le nom d’échalotes. On se souvient aussi de la tentation de Bruxelles de remettre en cause les fromages au lait cru français (dont le camembert) pour la même raison. La Commission vient ainsi d’édicter des règles interdisant à ces fromages de se prévaloir de leurs vertus nutritionnelles, en calcium notamment, au prétexte qu’ils sont trop gras.
Toujours dans la même logique, Le 27 janvier 2009, à Bruxelles, Michel Barnier a donné l’accord de principe de la France à un ensemble de mesures communautaires, dont le coupage de vins blancs et rouges pour produire du vin rosé alors qu’une telle disposition menacera, à terme, l’avenir des producteurs français qui ont fait le choix de la qualité. Sous la pression de ces derniers, le ministre de l’Agriculture est revenu sur son accord initial, mais la France est minoritaire au Conseil des ministres de l’Agriculture, ce qui fait que Michel Barnier s’avoue vaincu. Pour sauver la face et tromper les Français, il a inventé le label « vin traditionnel » dont pourront se prévaloir les rosés français authentiques, ce qui aura surtout pour effet de permettre aux rosés coupés d’importation de s’intituler « vin rosé » sans plus de précision, au risque naturellement d’induire en erreur le consommateur.
Fort de cette fausse contrepartie, Michel Barnier s’apprête ainsi à accepter la nouvelle réglementation européenne lors d’un nouveau vote au Conseil des ministres, opportunément repoussé au… 19 juin !
Il n’est donc pas dit que la Commission renonce à empêcher la promotion de labels privés plus exigeants, ce qui serait la suite logique de son intention de contrecarrer l’existence de filières bio concurrentes des OGM. Et il semble que dans ce domaine, la France (représentée par C. Lagarde) se soit rangée une fois de plus du côté de Bruxelles.
En revanche, les bureaucrates bruxellois déroulent le tapis rouge à la boisson Red Bull, dont l’association avec de l’alcool (ainsi que l’apprécient les pré-adultes) peut présenter des risques particuliers de santé publique. Mais les préventions de l’Afssa ont été balayées et le Red Bull a été autorisé en France en juillet 2008. Pour Bruxelles, même la santé des Européens semble être une entrave à la concurrence, ce qui explique également son laxisme face aux produits chinois qu’elle laisse entrer en Europe et qui présentent des dangers pour la santé : bottes et meubles avec substances fortement irritantes, jouets pour enfants en bas âge contenant du plomb, dentifrice empoisonné, lait à la mélamine etc. Autant de choses que Bruxelles insiste pour laisser entrer et qu’il appartient aux autorités nationales de traquer une fois que le mal est fait.
Ainsi, les études sanitaires ne démontrant pas en l’état la nocivité de la consommation de viandes d’animaux clonés pour l’organisme humain, il y a tout à craindre que la Commission, sous la pression des Etats-Unis qui autorisent le clonage animal à des fins d’alimentation humaine, prenne des initiatives pour imposer cette pratique malgré l’hostilité très marquée de plus de 60% des Européens.
En matière de sécurité alimentaire, DLR se bat pour une inversion des priorités.
Nous souhaitons privilégier la qualité de nos aliments plutôt que le principe de libre concurrence, en laissant aux Etats la marge de manoeuvre nécessaire pour pouvoir, s’ils le souhaitent, mettre en oeuvre leur droit de veto. C’est évidemment le seul moyen pour la France, minoritaire en Europe dans la promotion des produits de haute qualité de ne pas se voir imposer la malbouffe acceptée chez les autres. Nous voulons également en finir avec la comitologie (dont les champs d’application seront désormais décidés à la majorité qualifiée du Conseil européen en vertu du traité de Lisbonne, alors que le traité de Nice s’en tenait à l’unanimité) qui vide de sa substance le débat démocratique en confiant, en dernier ressort, un pouvoir absolu et irrévocable de décision à des organismes non élus. Ainsi, ce qui doit clairement prévaloir en Europe, pour l’alimentation comme pour le reste, c’est l’harmonisation par le haut qui ne doit jamais être sacrifiée sur l’autel du moins-disant de la concurrence et de l’uniformisation à tout crin.
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