L comme langue française
Langue française (aussi connue sous le nom « français ») : future langue morte de l’Union européenne, laquelle, dans un souci d’uniformiser les peuples, devient de plus en plus anglophone.
Si l’on peut traduire en anglais les mots « profits », « bénéfices », « mondialisation » etc. en revanche, le terme « laïcité » n’a pas d’équivalent dans la langue de Shakespeare et le mot « republican », qui désigne aux Etats-Unis l’appartenance au camp républicain n’a pas du tout le même sens que le terme français « républicain », lequel désigne l’attachement à un système politique tout à fait spécifique.
L’on comprend alors que si les langues sont interchangeables lorsqu’il s’agit de désigner les choses, elles ne le sont plus du tout lorsqu’elles manient les concepts. Loin de se réduire à un simple moyen de communication, les langues sont aussi une façon de penser, de voir le monde. Elles sont le fruit de l’histoire, de cultures et du cheminement politique des peuples. Plus encore en France où la langue est l’un des fondements, si ce n’est le fondement principal, de l’identité nationale.
Or, aujourd’hui, le français recule partout, que ce soit dans les entreprises, où l’anglais est de plus en plus la langue de travail, chez nos ministres qui s’expriment à l’étranger en anglais, ou également dans notre vie quotidienne où tout ce qui est nouveau se voit affublé d’un nom anglais. Le français semble ainsi emporté par ce grand vent qu’on appelle mondialisation. Loin de protéger notre langue, l’Union européenne s’est révélée être l’une de ses plus féroces ennemies.
En effet, dans sa décision du 15 Juin 1999, le Conseil Constitutionnel a estimé que la Charte Européenne des langues régionales ou minoritaires était « contraire à la Constitution ». Le Conseil a ainsi rappelé que cette charte reconnaissait à chaque individu « un droit imprescriptible de pratiquer une langue régionale ou minoritaire dans la vie privée et publique », qui heurte de plein fouet les principes de la loi fondamentale française. En d’autres termes, cela signifie que cette charte permettra, si elle est adoptée, à un basque d’exiger que les cours dans les écoles soient dispensés en basque ou à un breton que la justice lui soit rendue en breton. Les Sages ont donc fait valoir que ce « droit imprescriptible » était contraire à l’article 2 de la Constitution selon lequel « la langue unique de la République est le français ». Dans son avis du 15 Juin 1999, le Conseil Constitutionnel a aussi souligné que cette charte conférait « des droits spécifiques à des groupes de locuteurs de langues régionales ou minoritaires », droits qui comme l’a rappelé le Conseil Constitutionnel, sont contraires aux principes « d’indivisibilité, d’égalité devant la loi et d’unicité du peuple français ».
Ainsi, sous couvert de lutte contre la disparition des langues régionales, cette charte fait porter sur la France un risque sérieux d’émiettement de la nation et de balkanisation de la République. Elle risque également de conduire à des discriminations basées sur la langue. En effet, est-il utile de rappeler qu’en Flandres, c’est-à-dire sous les fenêtres du pouvoir bruxellois, des enfants sont interdits de centre aéré et des familles se voient refuser l’attribution de logements sociaux au motif qu’ils ne parlent pas le flamand ? Est-il utile aussi de rappeler que l’un des organismes à l’origine de cette charte n’est autre que le PUEV (dont les initiales signifient en français Union Fédéraliste des Communautés ethniques Européennes) qui revendique dans ses statuts une « Europe des régions à caractère ethnique » ?
Afin de lever le verrou de l’inconstitutionnalité, les députés PS, Modem et UMP ont voté, lors de la révision constitutionnelle de 2008, un amendement ajoutant à l’article 1 de la Constitution que « les langues régionales appartiennent au patrimoine national ». Si l’amendement avait été adopté en l’état, ces curieux républicains auraient réussi l’exploit de faire apparaître dans la Constitution Française les langues régionales avant le français (lequel n’est mentionné qu’à l’article 2).
De plus, sous l’effet d’un intense travail de lobbying du MEDEF, les mêmes députés ont adopté le 26 septembre 2007 le Protocole de Londres24 qui prévoit la fin de l’obligation de traduction des brevets européens25 dans les 27 langues de l’Union européenne. Dorénavant, un brevet rédigé seulement en anglais sera valable dans toute l’Union européenne.
Le principal argument avancé en faveur de ce protocole est qu’il permet de supprimer les coûts de traduction, coûts qui de part leur niveau élevé seraient un frein à l’innovation. Or, toutes les études ont montré que le coût de traduction des brevets ne représentait que 15% du coût de leur dépôt, bien loin derrière les taxes prélevées par l’Office Européen des Brevets qui en représentent plus de 70%. L’adoption du protocole de Londres aura donc été un moyen pour cet organisme de faire diversion sur le niveau exorbitant des taxes qu’il prélève.
L’adoption du protocole de Londres aura également été un moyen pour les grandes multinationales défendues par le MEDEF, de pénaliser encore un peu plus les PME. En effet, avant l’adoption de ce texte, l’ensemble des brevets étaient traduits en français. Dorénavant, seuls seront en français les brevets déposés en français (qui représentent actuellement 7% du nombre total des brevets). Afin d’éviter tout risque juridique, les PME françaises devront donc supporter elles-mêmes le coût de traduction des brevets déposés par leurs concurrents.
Outre le risque de voir le français éliminé de la langue scientifique de demain, l’adoption du protocole de Londres signifie que les tribunaux français devront dorénavant accepter des éléments juridiques qui ne soient pas en français…
Enfin, bien que langue officielle de l’Union Européenne, le français n’a eu de cesse de reculer au sein des institutions européennes depuis 1995, date d’entrée de la Finlande et de la Suède. L’arrivée des pays scandinaves, très anglophones, a marqué le début du déclin de la langue de Molière en Europe. L’élargissement aux pays de l’Est, dont les dirigeants ont généralement fait leurs études aux Etats-Unis, a parachevé cette mise à mort. Ainsi, selon le directeur général de la traduction à la Commission, en 1992, 47% des documents traduits par ses services étaient originellement écris en français contre 35% en anglais et 6% en allemand. En 2007, la proportion de documents initialement écris en anglais était passée à 72% contre seulement 12% en français. De plus en plus, l’anglais devient la langue unique de travail au sein des institutions européennes, contribuant ainsi à marginaliser un peu plus la France au profit de l’Angleterre, et donc à faire une Europe toujours plus libérale et atlantiste.
Mais, loin de s’inquiéter de cette dérive, notre élite politique semble au contraire s’en accommoder parfaitement. Ainsi, peu de temps avant la présidence française de l’UE, Valérie Pécresse, Ministre de l’Enseignement supérieur, a déclaré qu’elle ne militerait pas « pour imposer l’usage déclinant du français dans les institutions européennes à l’occasion de la prochaine présidence française de l’Union ». L’uniformisation est en marche avec l’aval de nos gouvernants. Quelques années plus tôt, déjà, Catherine Colonna, ministre déléguée aux Affaires européennes de Dominique de Villepin, arguait l’efficacité pour justifier l’acceptation des administrations françaises à communiquer en anglais avec les institutions européennes !
L’UE est ainsi en passe de tuer l’une de ses langues maternelles, et avec elle les concepts républicains qu’elle défendait, au risque de perdre un peu plus de son sens.
Debout la République refuse cette dérive mortelle pour notre langue. Le français doit reprendre toute la place qui lui revient dans les institutions européennes, selon d’ailleurs la lettre même des traités.
24. Le protocole de Londres n’émane pas de l’UE, mais son contenu ressemble fort à celui d’une directive européenne sur la création d’un « brevet communautaire », qui n’a pas pu voir le jour jusqu’à présent.
25. Brevets déposés au niveau européen auprès de l’Office Européen des Brevets - OEB - et valables dans tous les pays de l’Union.
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