K comme Kafka
Kafka : modèle d’esprit torturé sur lequel se fonde actuellement l’activité ainsi que la construction communautaires.
« [L’Europe] s’occupe de ce qu’on lui donne à s’occuper et puis… Elle s’occupe de ce qu’on lui donne à s’occuper avec les personnes qui peuvent porter ses affaires à s’occuper… Donc nous, en l’occurrence. Je l’ai bien fait là ? » Rachida Dati, n°2 de la liste UMP en Ile-de-France pour les élections européennes et Garde des sceaux, mercredi 22 avril en réunion publique devant un parterre des Jeunes populaires.
L’Europe actuelle est kafkaïenne, elle collectionne les incohérences, les contradictions et les absurdités, toutes plus énormes les unes que la autres. C’est une preuve évidente de son dogmatisme, de ses vices de construction et de son refus de toute autocritique. Certains de ses fans les plus fervents, pris parfois d’un accès de sincérité, l’avouent eux-mêmes : « Contrairement au bon sens commun, il nous faut commencer à construire la maison [l’Europe] par le toit. »20 Vous est-il déjà arrivé de construire une maison en commençant par le toit ? Non ? Etrange… il semble alors que vous n’ayez pas été touché par la grâce de l’intégration supranationale, ce qui semble être réservé à une toute petite minorité. Une petite minorité qui prend bien soin de ne pas se trouver sous le toit suspendu au moment où - loi de la gravitation universelle oblige - celui-ci s’écrase en grand fracas au sol. Non, non, la toute petite minorité laisse ce privilège à la grande majorité qui est priée de se faire ensevelir avec le sourire…
Il serait impossible de recenser l’ensemble des faits et gestes qui démontrent l’absurdité de cette construction européenne, si tant est qu’il soit possible d’avoir accès à l’information nécessaire (voir « X comme X-Files »).
Quelques exemples parlants, néanmoins. Que penser tout d’abord de candidats aux élections européennes qui mélangent allégrement les casquettes au risque de l’incohérence ou de doutes sérieux sur leur capacité à concilier tous les devoirs de leurs diverses missions ? Michel Barnier, ministre de l’Agriculture, figure de proue de l’UMP au plan national pour les élections européennes et tête de liste en Ile-de-France, oppose un profond mutisme à la question de savoir si oui ou non il sera le prochain Commissaire européen nommé par la France. Pourtant, excusez du peu, comment pourrait-il défendre sincèrement les intérêts de la France, de son agriculture, de sa pêche, s’il cherche en même temps à se faire nommer Commissaire, poste où il a déjà démontré (avec son collègue Pascal Lamy issu, lui, du PS) que l’on défend en priorité « l’intérêt de l’Europe », c’est-à-dire la position de la Commission de Bruxelles y compris contre son propre pays ? D’ailleurs, comment expliquer que Michel Barnier soit à ce point indulgent avec le président de l’actuelle Commission, José Manuel Barroso, allant jusqu’à dire : « il faut faire confiance à M. Barroso ! »21 Et ce n’est pas sa colistière Rachida Dati, qui ne comprend manifestement pas grand-chose aux questions européennes et gagnerait à prendre quelques cours d’expression orale, qui palliera aux insuffisances de son premier de liste… Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il se dit avec insistance qu’elle serait en train de négocier l’obtention d’un très haut poste dans une prestigieuse entreprise privée.
Que penser ensuite d’une Europe qui ne cesse de tancer la France pour le poids de sa fonction publique, de ses déficits publics (alors que son endettement public est bien moins important que d’autres pays), mais qui ne trouve rien à redire à l’argent des contribuables français qu’elle continue, année après année, à recevoir de notre pays ? Et oui, le « solde net » de la France est négatif (de 6,6 à 7 milliards d’euros en moyenne annuelle jusqu’en 2013) et sa contribution est en hausse constante. En 25 ans, la cotisation budgétaire annuelle de notre pays a quadruplé, passant de 4 milliards à plus de 18 milliards d’euros depuis 1982. D’ici à 2013, la contribution brute moyenne française sera comprise entre 19 et 20 milliards d’euros. La France reste donc le deuxième contributeur net en volume au budget européen (soit 16,9%), derrière l’Allemagne, et elle est le premier contributeur au « chèque britannique », puisque sur plus de 18 milliards d’euros versés, 1,5 à 2 milliards sont destinés à financer la « ristourne » britannique22. Cette réduction de 33%, financée par les autres Etats membres se trouve en effet prise en charge par la France à hauteur de 26%23. Alors bien sûr, la France dépense trop mais ne paiera jamais assez à Bruxelles…
Que penser encore des idées géniales de la Commission de Bruxelles -et de ses fonctionnaires qui se gavent d’avantages exorbitants -de ranimer la croissance européenne par… des baisses massives de salaires ? Cette préconisation dogmatique et tout droit issue de la vision malthusienne, rétrograde, de l’économie, affleure régulièrement dans les déclarations de la Commission et de la Banque centrale européenne. Ainsi, le rapport trimestriel de la Commission du 6 octobre 2005 encourageait-il les pays membres à pratiquer des baisses généralisées de salaires de l’ordre de 4%.
Pensez-vous, tous ces salaires pas assez bas constituent une menace pour la stabilité des prix et donc… pour le pouvoir d’achat ! Contrairement bien sûr à l’inflation boursière, assise sur une création de valeur fictive, la distribution de salaires défiant l’entendement à une toute petite minorité et des licenciements pour les autres salariés, qui n’a surtout pas mené l’économie mondiale dans une crise sans précédent depuis celle des années trente…
Que penser toujours des fonds structurels européens généreusement financés par des pays comme la France et non moins généreusement distribués à des pays qui, par ailleurs, pratiquent à l’intérieur de l’UE un dumping social et fiscal éhonté ? Le président Nicolas Sarkozy s’en est plusieurs fois, et à juste titre, ému. Mais il s’en tient à des mots sans rien faire, ou plutôt si, en veillant à ce que le traité de Lisbonne qui ne remédie en rien (au contraire) à ce dysfonctionnement soit imposé aux Français par un coup de force parlementaire. Pourtant, l’exemple des plus édifiants de l’Espagne devrait conduire à la révision de ces politiques d’aide structurelles sous perfusion, qui ressemblent fort à de l’assistanat. En effet, que vaut le développement économique de l’Espagne et du Portugal après 20 ans de subventions à poches percées ? Pas grand-chose à en croire la communauté des économistes qui dénoncent tous un développement déséquilibré, à courte-vue, fondé sur la banque et l’immobilier, château de carte qui s’est effondré avec la crise. Et dès lors, vous aurez sans doute remarqué que tous les beaux parleurs qui nous tannaient il y a encore quelques années sur la nécessité qu’aurait soi-disant eu la France de s’inspirer du « dynamisme » de l’économie espagnole, se sont tous évanouis dans la nature.
Mais rassurez-vous, ils réapparaîtront bientôt pour nous faire la morale en nous disant que nous devons faire preuve de solidarité européenne à l’égard de l’Espagne en mettant à nouveau la main à la poche pour payer les pots cassés de sa propre incurie.
Et la chasse, où l’on voit des fonctionnaires bruxellois imposer sans grandes références scientifiques des dates restreintes d’ouverture et de fermeture en fonction de ce que leur dictent des lobbies environnementalistes ayant pignon sur rue à Bruxelles ? Les partis et électeurs chasseurs qui ont voté Nicolas Sarkozy en 2007 ont eu depuis tout le loisir de se mordre les doigts de leur excès de confiance, au vu du peu d’empressement du gouvernement de réaliser ses promesses. Les récriminations répétées de Chasse Pêche Nature et Tradition depuis un an et demi laisse peu de doute à ce sujet. Mais pourquoi alors avoir formé un attelage avec le MPF, dont la proximité avec l’UMP et l’Elysée - malgré des divergences dont on ne peut que se demander si elles sont ou non de façade - s’étalent jusque dans les journaux ?
Un dernier petit exemple de cette somme d’incohérences et d’absurdités eurocratiques, l’un des plus inquiétants par sa portée et ses conséquences futures. Les traités européens, tous les traités européens, affirment sans ambiguïté possible, que l’Union européenne ne saurait préconiser des mesures de nature pénale qui demeurent, par nature, de la compétence exclusive des Etats membres. Pourtant, lorsque la Commission de Bruxelles a prétendu, en 2005, enfreindre cette loi suprême pour faire respecter sa réglementation, la Cour de Justice de Luxembourg lui a donné raison !
Juge et partie, l’UE s’apparente de plus en plus clairement à un « gouvernement des juges », c’est-à-dire à un régime politique où des autorités politiques et administratives échappant à tout contrôle des électeurs ou d’instances de contrôle extérieures à elles-mêmes, agissent au nom et dans le cadre de pouvoirs qu’elles peuvent étendre à loisir, selon leur bon vouloir. Cela porte un nom : le despotisme dont le peuple français, premier avant les autres, s’était pourtant débarrassé en 1789.
Il faut en finir avec cette Europe antidémocratique qui marche sur la tête et provoque en permanence les citoyens qu’elle est censée servir. Debout la République se bat pour l’instauration d’une autre Europe, où les organes indépendants et tout-puissants de l’actuelle UE seraient supprimés au profit de la coopération interétatique. Une coopération démocratique, volontariste et transparente, dans laquelle les dirigeants nationaux répondraient enfin de leurs responsabilités sans plus pouvoir se cacher derrière les « bureaucrates de Bruxelles » ainsi que l’avait déclaré à l’endroit de la Commission le premier ministre Jean-Pierre Raffarin, dans un coup de sang qu’il n’avait manifestement pas réussi à réfréner.
20. Alexandre Adler, chroniqueur au Figaro, 27 avril 2005.
21. Lemonde.fr, chat du 12 février 2009.
22. La mise en place de ce rabais remonte à un compromis conclu à Fontainebleau en 1984, où il a été décidé de compenser la contribution nette de l’Angleterre, jugée alors excessive par rapport à son niveau de revenu.
23. Cf Christophe Beaudouin, Ce que nous coûte l’Europe, Les monographies de Contribuables Associés, juillet 2008.
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