G comme Galiléo
Galiléo : illustration de l’incapacité de la Commission Européenne à mener des projets d’envergure.
Bien pratique de s’orienter grâce au GPS, notamment dans sa voiture… Mais chacun sent bien le formidable potentiel d’applications diverses que recèle ce système de navigation par satellite, par exemple essentiel pour la conduite moderne d’opérations militaires.
Aujourd’hui l’Europe est entièrement dépendante de la couverture GPS créée et gérée par l’armée américaine, d’abord pour ses besoins propres, ensuite mise à la disposition du public pour des usages civils, aux Etats-Unis et dans le reste du monde.
Mais voilà, l’US Army conserve à tout moment la faculté de couper l’accès au GPS à qui bon lui semble. C’est pourquoi l’Europe a décidé de développer son propre système de navigation satellitaire, connu sous le nom du programme « Galiléo ». Et quel autre projet concret pourrait mieux donner corps à une ambition européenne, aussi bien dans l’effort commun qu’il réclame pour sa matérialisation que dans la création d’un outil de puissance où trouverait à s’incarner l’affirmation géostratégique de l’Union européenne ?
Hélas, passé à la moulinette de l’Europe supranationale, de ses méthodes bureaucratiques, de sa prétention absurde à se substituer aux Etats membres, de ses ambiguïtés profondes vis-à-vis du « Grand Frère américain », le pauvre projet Galiléo est devenu le symbole du suicide de toute ambition européenne.
Contrairement à Airbus, Ariane ou Eurocopter, fruits de coopérations intergouvernementales résolues et volontaires, dont le succès éclatant est d’ailleurs trop souvent porté -à des fins de propagande -au crédit de Bruxelles qui y est pourtant totalement étranger, Galiléo a dès sa naissance été confié à la Commission européenne. Il s’agissait tout simplement d’anticiper la mise en oeuvre de la Constitution européenne, rejetée en 2005 par référendum avant d’être recyclée dans le traité de Lisbonne, qui crée une politique spatiale européenne intégrée. C’est aussi à ce titre que la gestion de l’Agence spatiale européenne, exploitant la fusée Ariane (une grande réussite technique et industrielle essentiellement redevable à la France du général de Gaulle), a aussi été transférée à la Commission européenne, qui depuis la laisse péricliter (difficultés à développer la nouvelle génération d’Ariane, lourdes incertitudes sur l’avenir d’une ambition spatiale européenne sérieuse).
Concrètement, cela signifie que ce programme Galiléo obéit aux lourdes et kafkaïennes procédures de l’UE : pilotage du projet par la Commission, décisions prises par les 27 à la majorité qualifiée ou à l’unanimité et mise en place de procédures économiques et industrielles en vertu de règles de concurrence défiant l’entendement.
Le pitoyable résultat de ce véritable gâchis ne s’est pas fait attendre : à commencer par le retard considérable pris le programme, plus de cinq ans déjà sur les échéances initiales. Son coût également, ne cesse d’enfler (de 3,4 Mds € à 5,4 Mds € désormais), notamment à cause de ses retards, des hésitations industrielles de la Commission et de son manque d’ambition financière.
A ce jour, le montage industriel du programme est à peine assuré, ainsi que son financement dont Bruxelles compense les lacunes en injectant des fonds inutilisés de la PAC !
Mais le plus grave est ailleurs : non seulement Galiléo sera privé de toute application militaire, mais aussi il est ouvert à des participations extra-européennes qui remettent en cause sa vocation d’instrument de souveraineté européenne dans le monde. En effet, l’esprit de capitulation permanente qui tend à caractériser la politique de l’Union européenne vis-à-vis des Etats-Unis a trouvé un terrain de choix avec Galiléo, à la fois à cause de la Commission européenne elle-même et de l’action de pays neutres et atlantistes, qui ont décidé de tuer dans l’oeuf toute velléité d’application militaire.
Tout d’abord, Bruxelles n’a pas négocié correctement avec les Etats-Unis l’utilisation de certaines hautes fréquences, nécessaires aux applications militaires du système de navigation satellitaire : les Américains, au terme d’une négociation qui s’est achevée en juin 2004, y ont ainsi conservé, sans grande contrepartie, un accès privilégié. Techniquement entravé, le Galiléo militaire s’est parallèlement heurté à un obstacle politique infranchissable, lié à la nature de son mode de gestion supranational : l’hostilité résolue de certains pays membres de l’UE, neutres ou atlantistes, à commencer par la Grande-Bretagne qui veillait ainsi à ce que l’Europe ne fasse pas d’ombre aux Etats-Unis - dont le GPS sous leur contrôle exclusif demeurerait ainsi l’unique système de navigation satellitaire des armées européennes. En effet, s’agissant du domaine militaire, toute décision sur les usages non-civils de Galiléo doit se prendre à l’unanimité des 27 en vertu des traités, ce qui signifie que même Malte ou le Luxembourg pourraient suffire à empêcher, dans ce cadre communautaire, un pays comme la France à accéder à cette indispensable technologie de souveraineté.
Enfin, comme pour empêcher davantage tout développement d’applications militaires, la Commission a eu la bonne idée d’associer au programme Galiléo des pays non-européens, et pas n’importe lesquels : la Chine, Israël, le Canada, l’Argentine…
Pendant ce temps, malgré les lourdes erreurs de gestion survenues ces dernières années au sein d’EADS dont il dépend, le consortium Airbus continue vaille que vaille à démontrer le bien-fondé de sa nature intergouvernementale : la gamme d’appareils civils d’Airbus est parvenue peu à peu à détrôner le géant Boeing et, en dépit de difficultés, le constructeur aéronautique devrait aboutir dans la fabrication d’un avion militaire de transport indispensable à l’autonomie des armées européennes (Airbus A400M).
Le contre-exemple de Galiléo montre ce qu’il ne faut surtout pas faire en matière de construction européenne. L’intégration à outrance est une politique idéologique qui, loin de vérifier l’adage « l’union fait la force », conduit au contraire à la paralysie des politiques nationales sans avènement d’une politique européenne plus valable en substitution.
Il est urgent de renationaliser la politique spatiale européenne et de relancer Galiléo sur des bases entièrement renouvelées, fondées sur une coopération intergouvernementale, assistée par des agences communautaires thématiques.
C’est dans ce but que Debout la République préconise la suppression de la Commission de Bruxelles et la création, en remplacement mais sans pouvoir autonome, d’agences thématiques européennes chargées d’épauler les coopérations interétatiques qui s’imposent et qui, seules, pourront efficacement relever les défis de demain (espace, exploration et valorisation des fonds marins, moteur propre, lutte contre le cancer, alliances industrielles stratégiques, etc.).
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