Nicolas Dupont-Aignan - Le petit livre mauve - texte intégral

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Le petit livre mauve

Par Nicolas Dupont-Aignan

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F comme France

France : ensemble de régions européennes à forte attractivité touristique qui accomplissent d’année en année, grâce aux attentions de la capitale de l’Europe, de sérieux progrès en matière de normalisation euromondiale, mais qui pourra toujours mieux faire… jusqu’à disparition complète.

Qui nous parle encore de la France, ce cher vieux pays censé être notre bien commun le plus précieux ? A peine nos dirigeants en période d’élection présidentielle, et encore… Pour eux, la France n’est plus notre « horizon », qu’il nous faudrait désormais aller chercher quelque part entre le siège de la Commission européenne, avenue de la Loi à Bruxelles, et l’imposant bâtiment de la Banque centrale européenne à Francfort. Mais n’oublions pas celles et ceux qui en parlent encore beaucoup, bien qu’en des termes pas très avenants : la cohorte des responsables, dignitaires, fonctionnaires, juges, diplomates, chefs de bureaux, eurodéputés, etc. qui ne manque jamais une occasion de vilipender notre pays ou son peuple, ce qui revient au même.

Vous souvenez-vous du flot de propos mi-méprisants, mi-haineux, qui précéda et suivit le « non » libérateur du 29 mai 200514 ? Les Français ? Allons donc, une collection de petits bourgeois arrogants, xénophobes et nationalistes qui prétendent dicter leur conduite à leurs voisins. La France ? Une grande puissance fanée qui n’a qu’à faire comme tout le monde : lécher les doigts de Washington, « speak white », se soumettre aux multinationales rapaces et la boucler.

Notre pays présente le rapport le plus paradoxal, pour ne pas dire schizophrène, à l’Union européenne : d’un côté des dirigeants qui jouent en permanence le grand écart entre Paris et Bruxelles (au bénéfice systématique de ce dernier évidemment), et un peuple français maintenu dans l’illusion que « l’Europe » agit pour rendre plus forte la France grâce à une intégration étroite avec ses voisins. Le seul petit problème - et c’est ce que vivent concrètement nos concitoyens, d’où leur incompréhension de plus en plus indignée -c’est que l’Union européenne réelle n’a pas pour objet de rendre plus forte la France, mais de la normaliser dans un moule euro-mondialisé contraire à son âme, son tempérament et ses aspirations. Evidemment, dire les choses de la sorte expose toujours à l’anathème des bien-pensants, qui dénoncent aussitôt une vision « souverainiste », qu’ils décrivent comme passéiste, xénophobe, bref nationaliste.

Laissons donc la parole à l’un de nos plus grands intellectuels et philosophes, plutôt catalogué à gauche : « L’Europe telle qu’elle s’est développée n’est pas française, on peut même dire qu’elle est anti-française, tout simplement parce qu’elle reflète la réalité d’un monde qui va à rebours de notre héritage historique. »15 Nos censeurs oseront-ils taxer aussi Marcel Gauchet de « souverainiste », ou encore Pierre Manent, considéré comme le fils spirituel du libéral Raymond Aron, qui dénonce de son côté le « despotisme » de l’intégration supranationale ?

Car, oui, ne n’oublions pas : la France, avant d’être un territoire (qui s’est fixé à travers les âges) et une langue (qui s’est imposée à l’époque de Jules Ferry), est une idée. Une idée portée et incarnée par un Etat central et centralisé avec le consentement du peuple, contre les féodalités internes et les puissances extérieures. Quelle est cette idée ? Celle qui, partant d’une vision universelle de l’Humanité, entend fabriquer, par delà les différences, un espace politique, une cité fondée sur le contrat social, l’adhésion volontaire de citoyens qui forment la Nation et dont le critère identitaire fondamental n’est pas l’ethnie ni la religion, mais un vouloir-vivre ensemble tourné vers le Progrès et le Bonheur.

Fruit de la géographie et de l’histoire, la France est un pays hétérogène, construit par la volonté des hommes et l’oeuvre du temps, la France est un projet, une idée, autant qu’une réalité politique et territoriale. De ce seul fait, la France est fragile, car si on lui retire cette idée d’elle-même, ce projet, cette tension vers un avenir façonné par une volonté générale procédant de l’adhésion de ses citoyens, la France menace de s’évanouir, de disparaître. Un peu comme disparaît un poète privé de sa muse. Quelle meilleure définition de la France que celle donnée par Romain Gary, écrivain et grand résistant : « Mon pays, ce n’est pas la France, c’est la France libre », tant il est vrai que la France n’est plus rien sans sa liberté. Une liberté qu’elle ne se réserve d’ailleurs pas qu’à elle-même, mais dont elle se croit la gardienne y compris au service des autres. C’est bien sûr cette conception de la liberté qui fut à l’origine de l’extraordinaire bouleversement, de portée européenne et mondiale, que fut la Révolution française.
Les puissances voisines de la France ont d’ailleurs toujours, à travers l’histoire, été intriguées par la force extraordinaire de cet ensemble qu’elles jugeaient improbable et mortel. Cela était vrai à l’époque du Moyen-âge, au temps de François Ier face à Charles Quint, jusqu’à ce que la force de notre pays et de sa vision de la modernité lui garantissent la sécurité et la reconnaissance des autres nations. A certains moments tragiques de son histoire, ce fut cette idée même qui faillit périr et que la force d’âme d’un Clemenceau ou d’un Charles de Gaulle sauva presque miraculeusement. Mais, avec l’Union européenne d’aujourd’hui, comme nous le rappelle Marcel Gauchet, nous sommes en train de voir sous nos yeux ébahis ce qui ressemble à la défaite finale de cette idée et de cette réalité, avec la complicité incompréhensible de nos propres dirigeants. Des dirigeants qui se sont laissés entraîner par le cours des choses et la recherche du pouvoir, pour qui cette idée, cette « certaine idée » de notre pays, n’a tout simplement plus cours dans le monde globalisé.

Mais ils se trompent. Ne serait-ce que parce qu’une écrasante majorité de nos concitoyens y croient toujours et qu’il leur sera impossible de tuer cette idée en eux. Le 29 mai 2005 l’a bien montré. Ces dirigeants le savent, alors ils passent en force sans en avoir l’air, ils font semblant, ils poussent jusqu’au paroxysme leur double langage éculé, ils cherchent à étouffer le débat, notamment celui des élections européennes où ils n’ont rien, mais rien de rien, à gagner. Ils cherchent à faire croire que l’Europe supranationale est le remède alors qu’elle est le poison.

Il est pourtant possible, et même souhaitable, d’articuler une France qui resterait elle-même et s’épanouirait à nouveau dans son exception - dont elle n’a pas à rougir et que beaucoup, par ailleurs, lui envient - avec une Europe raisonnable, réaliste et démocratique, celle des coopérations entre nations volontaires. Une Europe, cette fois-ci, au service des peuples, qui favorise leur coopération, les protège contre les vents mauvais de la mondialisation, les respecte et préserve leur principale richesse qui est aussi leur force, en même temps que la sienne propre : leur diversité.

C’est cette Europe que Debout la République veut pouvoir vous proposer lors des élections européennes du 7 juin prochain. Pour une France libre, dans une Europe renouvelée.

14. Pour en savoir plus, se reporter au Coup d’Etat simplifié, Nicolas DUPONT-AIGNAN, disponible en consultation libre sur wikisource : http://fr.wikisource.org/wiki/Le_coup_d'État_simplifié
15. Marcel Gauchet, Libération, mardi 28 avril 2009.

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