Dans la ruelle
- Je te sais gré de ne pas m'avoir fait courir, Alessandro
Alessandro regarda le maigre individu qui lui avait adressé la parole dans la pénombre vespérale de la ruelle. L'homme était élégamment vêtu d'un costume sombre discrètement rayé. Le pantalon taillé sur mesure tombait impeccablement, les chaussures noires luisaient comme du goudron fraîchement posé. Un couvre-chef en feutre, dans l'ombre duquel perçait un regard acéré, complétait l'ensemble, laissant entrevoir une chevelure blonde gominée. Une cigarette pas encore allumée était fichée entre deux lèvres minces formant une large bouche. Le nez aquilin était cassé, souvenir d'une discussion un tantinet soit peu virile.
- J'ai failli attendre, Rosario.
Alessandro était assis sur un petit tabouret en bois, emprunté au bar dont la porte de derrière donnait sur la ruelle. Adossé contre le mur, il sirotait consciencieusement un corpse reviver, son péché-mignon. Lui aussi était vêtu du costume réglementaire, mais le sien était passablement défraîchi. Des lèvres un peu charnues accentuaient la moue désabusée qu'il faisait, et adoucissait une mine par ailleurs austère, encadrée d'une tignasse brune arrangée à la diable.
Rosario tira de la poche de sa veste un briquet. Dans le calme de la ruelle, à peine troublé par les aboiements d'un chien du voisinage, il savoura la saveur âcre des premières bouffées de sa cigarette. Les lourdes volutes de fumées s'attardaient un peu avant de s'effilocher.
- Franchement, Alessandro, je n'aurais pas cru ça de toi. On se connaît depuis si longtemps. Et tout ça pour quel résultat ? Tu vois ce que tu m'obliges à faire maintenant ?
- Si je le pensais, je te dirai que je suis désolé. Mais je ne le suis pas. Je ne pouvais pas buter ce gamin.
Alessandro vida ce qu'il restait de son cocktail, dont il sentit la vigoureuse brûlure descendre jusqu'à l'estomac. Il avait l'esprit tranquille. Le petit garçon en question était maintenant en sécurité. Malgré la présence tentaculaire de la mafia dans toutes les strates de la ville, il restait des hommes qui n'avaient pas succombé à la corruption, et qui n'avaient pas encore été assassinés.
- Tu vas devoir payer, Alessandro. Le prix fort. Et c'est moi qu'on a chargé de cette besogne.
- Je sais Rosario. Mais je ne fuirais pas comme ces pleutres qui espèrent un miracle, ou qui se croient plus malins que nous...
Rosario exhala la dernière bouffée de sa cigarette, et l'écrasa négligemment tandis que, de ses mains maintenant gantées, il vissait posément un silencieux sur le canon de son pistolet automatique. Son regard se durcit.
- Franchement, Alessandro, je n'aurais pas cru ça de toi. On se connaît depuis si longtemps. Et tout ça pour quel résultat ? Tu vois ce que tu m'obliges à faire maintenant ?
- Si je le pensais, je te dirai que je suis désolé. Mais je ne le suis pas. Je ne pouvais pas buter ce gamin.
Alessandro vida ce qu'il restait de son cocktail, dont il sentit la vigoureuse brûlure descendre jusqu'à l'estomac. Il avait l'esprit tranquille. Le petit garçon en question était maintenant en sécurité. Malgré la présence tentaculaire de la mafia dans toutes les strates de la ville, il restait des hommes qui n'avaient pas succombé à la corruption, et qui n'avaient pas encore été assassinés.
- Tu vas devoir payer, Alessandro. Le prix fort. Et c'est moi qu'on a chargé de cette besogne.
- Je sais Rosario. Mais je ne fuirais pas comme ces pleutres qui espèrent un miracle, ou qui se croient plus malins que nous...
Rosario exhala la dernière bouffée de sa cigarette, et l'écrasa négligemment tandis que, de ses mains maintenant gantées, il vissait posément un silencieux sur le canon de son pistolet automatique. Son regard se durcit.
- Alessandro, ma main n'a jamais tremblé, et ce ne sera pas ce soir que ça commencera.
- Comme si tu pouvais rater qui que ce soit à cinq pas !
Les deux hommes se faisaient maintenant face dans la ruelle. Une légère brise dissipait l'odeur de cigarettes qui persistait encore.
Si Alessandro avait ne serait-ce que cligné de l'oeil à ce moment là, il n'aurait même pas vu Rosario l'abattre en un geste fluide et précis. La balle, en perforant son thorax, lui fit l'effet d'un coup de poing asséné par un boxeur, et il se sentit projeté vers l'arrière. Détendant son bras droit, il déclencha un mécanisme projetant vers son assassin une lame cachée dans sa manche. Une surprise qu'il avait préparé pour cet instant.
Le visage de Rosario se figea en une expression poignante de l'étonnement quand il sentit la lame se ficher dans son cou. Le monde vacilla rapidement avant de sombrer. Dans le brouillard qui l'envahissait de plus en plus, il voyait Alessandro utiliser ses dernières forces pour le rejoindre avant de s'écrouler.
Les deux hommes échangèrent un dernier regard.
- P... Pour... Pourquoi ?
La voix de Rosario n'était plus qu'un croassement tout juste intelligible.
- Je... ne voulais pas... que tu meures... de chagrin... mon amour...
- Comme si tu pouvais rater qui que ce soit à cinq pas !
Les deux hommes se faisaient maintenant face dans la ruelle. Une légère brise dissipait l'odeur de cigarettes qui persistait encore.
Si Alessandro avait ne serait-ce que cligné de l'oeil à ce moment là, il n'aurait même pas vu Rosario l'abattre en un geste fluide et précis. La balle, en perforant son thorax, lui fit l'effet d'un coup de poing asséné par un boxeur, et il se sentit projeté vers l'arrière. Détendant son bras droit, il déclencha un mécanisme projetant vers son assassin une lame cachée dans sa manche. Une surprise qu'il avait préparé pour cet instant.
Le visage de Rosario se figea en une expression poignante de l'étonnement quand il sentit la lame se ficher dans son cou. Le monde vacilla rapidement avant de sombrer. Dans le brouillard qui l'envahissait de plus en plus, il voyait Alessandro utiliser ses dernières forces pour le rejoindre avant de s'écrouler.
Les deux hommes échangèrent un dernier regard.
- P... Pour... Pourquoi ?
La voix de Rosario n'était plus qu'un croassement tout juste intelligible.
- Je... ne voulais pas... que tu meures... de chagrin... mon amour...