L' attaque des Picouilleurs par Flodjo Gueye
Françoise vit dans une étrange maison où il y a plein de choses bizarres…
Le coq ne cocoricotte pas tous les matins ; il a une extinction de voix !
Le robinet de la baignoire tantôt chantonne « plic–ploc–plic–ploc » ; tantôt sanglote…
La fenêtre soufflète : « ouv ouv ouv » ; ça fait vraiment très peur en pleine nuit…
Et la porte du placard à gâteaux, dans toutes les maisons des copines de Françoise, elles peuvent l’ouvrir en cachette et tremper leurs doigts dans le pot de chocolat ! Dans l’étrange maison de Françoise elle grince comme une alarme dès qu’on la touche : « grrrr grrrr grrrr ».
Et pourtant, la nuit, lorsque l’hoRRible–chose–bizarre entre dans la chambre de Françoise, la porte ne grince pas, l’air ne circule plus, personne ne parle et quelques gouttelettes font « plic–ploc » sur les joues rondes de Françoise…
Elle ferme les yeux et récite toutes les formules magiques qu’elle connaît. La dernière fois, l’une d’entre elle avait fait fuir l’hoRRible chose :
«– Abracadabra hoRRible monstre transforme toi en ours en peluche ! »
Et elle serra très fort entre ses bras son vrai Doudou qui sent bon la vanille…
Mais brusquement sa tête se vide ; les mots s’en vont ; la nuit noire envahit tout.
Personne n’accourre pour allumer une douce veilleuse et pour l’aider à chasser cette hoRRible chose.
Ce qui est le plus bizarre, dans cette étrange maison, ceux sont les grandes personnes qui ne parlent pas de l’hoRRible monstre, du robinet qui pleure ou de tout ce qui est anormal.
Le lendemain Françoise va à l’école.
De huit heures et demi à seize heures trente, pendant huit bonnes heures, elle oubliera cette drôle de maison et toutes ses bizarreries. Dès fois elle parvient à ajouter une ou deux heures lorsqu’elle s’échappe le temps d’un bon goûter chez une de ses camarades.
Françoise a d’autres astuces pour oublier cette étrange maison. Elle adore lire des histoires rigolotes. Un jour à la bibliothèque de l’école elle choisit un livre presque au hasard. Ce Livre explique de drôles de choses :
« Dès fois il y a des grandes personnes, des tontons, des grands frères, des amis de la famille qui veulent faire des câlins bizarres avec les enfants. Ils n’ont pas le droit de faire ça, c’est interdit. » (1)
En rentrant de l’école, alors qu’elle réfléchissait à ce qu’elle comprenait de sa lecture, une Maman hérisson l’interpelle :
– « Hé ! mistinguette, tu me sembles bien tristounette ! à quoi penses–tu ?
– Euh, j’sais pas.
– Comment ça, tu ne sais pas, bien sûr que tu sais ! On ne peut pas présenter un minois dépourvu de sourire sans savoir pourquoi. Allez, dis–moi tes malheurs ?
– Euh, j’sais pas.
– Tu t’es fâchée avec ta meilleure amie ? Ton quatre heure n’était pas bon ?
– Euh…
– Tu as eu une mauvaise note à l’école ? Tu as peur de te faire gronder ? »
Françoise s’assit à côté de cette Maman hérisson qui lui semble vraiment attentive et lui parle du Livre. Elle l’avait lu qu’une seule fois mais des phrases entières restaient gravées dans sa mémoire :
« Notre corps, c’est nous–même, il faut bien y faire attention. Parfois des adultes ne le respectent pas, il ne faut pas les laisser faire et en parler aussitôt à une personne en qui on a confiance.» (1)
– « Ôh – Ôôô ! fit Maman hérisson, sais–tu qu’il y a des livres qui parlent ?
– Vraiment ! répondit Françoise stupéfaite.
– Ce Livre–là semble te chuchoter plein de mots… Peut–être t’aidera–t–il ? Car c’est bien là le rôle de beaucoup de Livres… Tiens, en souvenir de notre rencontre, voici deux de mes plus durs piquants ! En langage hérisson on les appelle des « Picouilleurs » !
– Oh merci ! ils sont très beaux ! »
Pour que personne ne la questionne sur son retard Françoise se hâta de rentrer à sa drôle de maison. Elle s’installa pour faire ses devoirs. Activité qu’elle n’appréciait guère mais qui lui offrait quelques instants de tranquillité. La plupart du temps, elle rêvassait et faisait semblant d’apprendre ses leçons. Mais ce soir, son cahier d’exercices l’inspirait : «décrivez votre animal préféré». Evidemment Françoise raconta avec enthousiasme sa rencontre avec la Maman hérisson !
Monsieur Massa, le maître d’école de Françoise, trouva son histoire vraiment très originale. A la récréation il voulut discuter avec elle du Livre qu’elle cite dans son récit…
D’abord inquiète, Françoise compris rapidement que ce Livre là n’était pas comme les autres. Il était là, bien en vue sur l’étagère, exprès pour qu’on puisse parler avec le maître de ce qui se passe en cachette dans l’étrange maison.
Et elle parla longtemps ; le plus longuement qu’elle n’avait jamais parlé !
Les mots se tortillent, se dandinent, se câlinent dans sa petite tête de fillette !
Ils dansent la farandole entre ses couettes !
Comme un bonbon qui fond sur la langue ils font des galipettes !
Le soir venu Françoise s’endormit très fière de sa journée !
Elle prit dans chacune de ses mains un des piquants que Maman hérisson lui a offert et leur chuchota :
« Oh, petits « Picouilleurs », piquants magiques de Mam’ hérisson, faîtes que l’hoRRible monstre ne vienne plus jamais. »
Lorsque l’hoRRible chose s’approcha…
Les piquants magiques grandirent grandirent GRANDIRENT pour mieux picouiller l’hoRRible monstre !
Il fut tétanisé et prit ses jambes à son cou pour détaler comme un loup pourchassé.
Elle a déposé précieusement ses deux Picouilleurs dans une jolie boîte à musique.
« Surtout n’oublie jamais, ça n'est pas ta faute, si certains adultes ne se comportent pas bien. »
Flodjo