olmo cesar - Extraits choisis - texte intégral

In Libro Veritas

Extraits choisis

Par olmo cesar

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Table des matičres
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Engagement


Définition objective:

Etre engagé c'est quand on encule l'engagement.

Définition subjective:

Une attitude qui consiste à intervenir violemment dans les affaires de la cité.  Il s'agit d'un mode de vie, d'une manière de voir l'existence qui transcende la morale en une poudre formée de particules glaçantes. Nous pourrions donc remplacer l'engagement par n'importe quel action qui tendrait à perdre de sa valeur, un tremplin d'exigence. Je comprends mieux d'ailleurs qu'Antonin Artaud ait pu écrire sur le caca. Chaque pensée prend alors tout son sens. Elle est la prétention même d'une modulation impensable; jusque là.

 
Définition entre les deux:

Un homme a survécu après avoir tenté un record au concours Mac Donald's du plus gros mangeur de burger sauce pétrole. C'est tellement bon, au début, d'avoir un peu de piment dans la bouche. Un bon baril dans la gueule! Il a perdu seulement deux jambes et une thèse en critique de la domination du langage sur une nourriture potentiellement fébrile. Quel courage!
 

1.
Le Président de la République
On voit un semblant d'être, apparemment raté, souillé, qui essaye de boire quelque chose. Le liquide coule ailleurs. L'ambiance est new-yorkaise: en permanente ruine. Un sexe en plastique sortira de la braguette de son pantalon. Boite de conserve.

J'ai bu. Avant, je buvais des boissons bleues, des vertes, j'ai même essayé la pisse, pour le jaune, pour la chaleur. Mais qu'est-ce que j'y peux moi? Je ne suis qu'un président, après tout, je n'ai rien demandé. J'encule. C'est pas dramatique. Qu'est-ce qu'elle veut savoir cette bouteille? Elle veut voter? Je ne suis pas assez bien pour toi? Tu n'es pas convaincu? Alors je suis en haine avec un pauvre bout de plastique mais merde! J'ai pourtant appris à voler! Merde! Je vole! Il se renverse le liquide dessus. Je viens de manger une boite "william serein". Est-ce normal? Un petit salé aux lentilles que je donnerai volontier à mon chat. J'ai ouvert la boite et j'ai senti l'odeur de mes toilettes. Est-ce normal? J'ai mangé le plat comme un homme préhistorique, avec les mains. Et mes mains puent encore. Après les avoir rincé deux fois. Est-ce normal? Est-ce plus pratique de puer? Plus rapide? En me lavant ensuite, j'ai remarqué que le gel douche "axe" avait la même odeur. Peut-être s'agit-il de la même boîte? Un peu de gel dans le petit salé, un peu de petit salé dans le gel? Résultat: c'est tout mon corps qui pue maintenant. Je pue non? Personne n'ose le dire! Personne ne se révolte contre ma bite en silicone? Personne? Non plus? Mais putain il est là le problème! DI-TES-LE! Dites-le si je gène! AC-TION! Plus de morale, qu'est-ce qu'on s'en tape bordel de merde! Mon cul! Fils de pute! Arabe qui pue l'Afrique! Les juifs faut les brûler, finir le travail! Hitler est un géni! Je peux tout dire! Je vais le faire à votre place? C'est bien le but HEIN? Connard! Barrez-vous! Non restez!
Ma peau est une crème hydratante et j'ai toujours fait croire à la femme que je l'aimais pour pouvoir la baiser. Les femmes je les baise parce que c'est ce qui leur faut! Je peux pousser loin! Il est en rage. Vous voulez quoi? Il hurle comme Artaud. VOUS VOULEZ QUOI? Peut-être qu'on va réagir dans cette grotte! Ce trou à rats! Tout seul. Quoi? Quoi encore? Que faut-il révéler, encore, pour être enfin tranquille? Je me branle dans les cabines d'essayage des magasins de luxe! Et alors? Je me paye des putes avec l'argent de l'Etat! Tant mieux! Je pourrais lécher le cul de ma grand-mère et puis quoi? DE-COIN-CEZ-VOUS! Bordel! Soyez des hommes! Existez! EXISTEZ! EXISTEZ! EXISTEZ! EXISTEZ! EXISTEZ! Reprenons. Je me suis couché dans mon lit ikéa, et là, j'ai fais un rêve. J'étais dans une grande boîte "william Serein". Mon lit se transformait en lentille saucisse et les lentilles saucisses prenaient la forme d'êtres humains. Il y avait la radio qui passait une pub sur la nourriture biologique : "lentilles de producteurs, saucisses du marché paysan, cuisine française, mangez nos produits, mangez pour le teint noirâtre de vos dents." Le lendemain, je suis à Monoprix et je vois la caissière se transformer en vache. Elle bavait sur les billets, comme si c'était de l'herbe fraîche. Elle transpirait tellement que j'ai cru voir en elle un horrible festin.
        
            
2.
Le premier ministre à la retraite
Une femme, travestie, avec le drapeau d'un pays inconnu.

Je suis le premier ministre.
Avant d'être ministre, je suis premier, cela va de soi. Et aujourd'hui, c'est mon anniversaire, comme chaque jour, depuis que je suis à la retraite. J'ai fais passé toutes mes lois en suçant des bites à l'argent. La vulgarité était mon seul atout. Un matin, je me suis levé et j'avais la haine. J'ai d'abord pensé à voyager pour avoir une vraie raison de me révolter, puis, au moment de postuler pour la marine marchande, je me suis fait prendre par le recruteur. C'était un ancien agent immobilier.

Le président entre pour l'insulter.

Vas te faire mettre. Pédé. Sale race. Tu vas payer. T'es pire qu'une pauvre classe moyenne naïve. T'es un clochard. Un fils de pute de profiteur. Connard. Raclure. Traître. Pute. Pute. Pute. Cochon. Cafard. Flaque de boue. On va t'avoir. Trou du cul.

Le premier ministre montre son cul.

Mais je t'en prie. S'il ne te reste que cela pour t'exprimer alors vas-y. Et n'oublie pas ma fiche de paie. Il devrait rester un peu de place au fond à gauche.


3.
Franck Tableau

Le président et le premier ministre s'embrassent.

Un mois passa. Franck Tableau ne fut pas surprit de conserver encore son rendez-vous quotidien avec Jack. Il jouait le jeu, avec une réelle sympathie pour l’accueil qui les réunissait chaque jour. Il avait acheté un coussin qu'il avait prit soin de coudre sur la chaise haute, préparé une soupe pour soulager les dents définitives qui poussaient, placé un tapis rouge de l’entrée jusqu’aux premiers livres de la librairie qu'il attendait. Et plus il attendait, plus sa colère colorée grandissait, ce qui se traduisait par une satisfaction diplomate. Le seul fait d’imaginer que sa cervelle allait exploser comme un jus d’orange suffisait au respect et au calme qui régnait dans la pièce. A présent, sa vie s’organiserait de la manière suivante. Chaque jour, il lirait la première page d’un livre à Jack avant de le refermer pour dire: Le reste est sans importance; ami. Puis, du café habituel, Franck lui servirait du whisky, du Jack Daniel’s, son deuxième prénom, à Jack, tout en riant affreusement, parfois même allant jusqu’à secouer la chaise haute, avec un air sadique. C’était une mise en condition, un avant propos de film d’horreur. Quand Jack rêvassait, Franck lui faisait une balayette, le mettait au sol, vulnérable, encore tout enfant. L’arrière du cou maîtrisé par sa lourde main. Le nez dans l’adulte. Parce que même si cette nouvelle race d’humain prenait de l’avance, il restait le retard de la violence, le retard de la brutalité, des réactions primaires. Franck avait prévu de lui exploser le crâne et de lui écarter chaque membre jusqu'à ce qu'ils se déchirent comme une cuisse de poulet sous vide. Il exercerait son pouvoir, sans recul.
Il serait lâche et sincère en même temps, il serait Franck Tableau. Le plus terrifiant des meurtriers. A défaut de maîtriser sa pensée pour en faire de l'art ou de la révolution, il prendrait goût à ne changer qu'un seul être en sculpture de César. Le pouce était son orgueil. Sa place était son vice. Jack ne voyait rien venir. Il était un bébé de deux ans. Et même s'il fumait des gros pétards et buvait du whisky en baisant des putes, il avait encore la naïveté d'une parfaite victime. Ce qui n'était pas plus mal au fond, parce que la victime était à la mode, on n'allait rien pouvoir lui reprocher. Peut-être même qu'on en ferait une publicité: il est mort dans d'atroces souffrances, le pays lui accorde une minute de silence, le pauvre, c'est sur lui que c'est tombé.


Définition locale:

Dans mon village, les casques sont obligatoires. Parce qu'on a compris que la guerre était un luxe. La marque d'une société épanouie. On a longtemps cru que c'était par la culture que l'on pouvait sauver l'Homme mais c'est faux. Parce que la surpopulation d'intellectuels est encore plus dangereuse. La guerre, dans mon village, permet d'avoir des terrains libres et un peu d'adrénaline le dimanche.


4.
Miranda

Un mannequin, ou une poupée gonflable défile sur une musique de podium.


Elle, c'était Miranda. Par encore marié, tout juste catherinette, la jupe souvent relevée, avec un peu de sperme au coin de la bouche et cueillant des Iris vangoviennes sur le marché de ses domestiques. Pour annoncer le printemps, elle utilisait toujours une sorte de trombone écossais, en forme large et allongée, qui avait pour but de répandre la venue des mâles dans les quatre coins des quatre rues de la ville. On l'appelait : la belle creuse. C'était Miranda. Celle avec qui il fallait tout deviner. Le moindre regard, la moindre hésitation, chaque petite précision,  insignifiante pour les autres, mais bien là, pour elle, avec le monde qui pourrait faire quatre sauts périeux autour de lui-même sans empêcher la question de l'existence, voir du drame: poulet ou poisson? Rouge ou blanc? Bonnet? Cheveux attachés? Col en V? Bmw? All is in one way? Je rentre, je rentre pas? J'ai peur, j'y vais pas, mais ça m'excite alors j'y vais, diriger des hommes, prendre un bain, rester sale... Tout en elle faisait Affaire d'Etat. Elle ne pouvait pas se retenir de laisser passer ne serait-ce qu'une coupure au petit doigt! Le signe qui fait sens, le sens qui est un vecteur, des pieds à la tête, passant par la colonne vertébrale, ressortant dans un livre qui vous indique que vous êtes surmenée, qu'il faut vous reposer un moment, avant d'aller faire une cure aiguillée dans la direction de tous vos projets, désirs, accomplissement, réalisation post-moderne, effervescence de la capitale et toute la périphérie qui rôde autour sans même penser un instant à ce soir; où elle en oublie de dormir, rêver peut-être et mettre fin aux souffrances de l'oeil; préférant tourner le dos à la base de ses deux coudes! On l'aimait pour cette qualité d'ailleurs, cette faiblesse toujours présente, se laissant réconforter par une personne qui sait se mettre à sa place.
C'était vraiment très touchant, cette manière qu'elle avait de pleurer avec résistance, sans jamais lâcher le soutien qu'elle demandait. Dans ces moments, n'importe qui peut vous demander n'importe quoi, même une excuse de votre part, si c'est elle qui vous frappe. Elle peut devenir une grande icône qu'on accrocherait dans le salon, une femme venue du futur, une suite de mots fléchés qui pointent Cupidon! Miranda était donc succeptible de réussir. Elle avait déjà investi dans des domestiques, qu'elle payait avec un crédit du compte de sa mère, et dans une luxueuse piscine gonflable adaptée à la baignoire qui faisait maintenant office de lac. Le reste de son temps, elle le passait avec ses amis du club de peinture. Le vendredi soir, elle sortait au théâtre, légèrement dévêtue, accompagné d'un berger Allemand ou d'un pit bull. Le contraste était parfait avec sa robe. Qu'est-ce qu'elle était belle! Son visage ne laissait voir que ses yeux. Sa musolière était bleue. Elle passait en s'accrochant aux hérons du coin, puis elle disparaissait soudainement, ne laissant tomber qu'un miroir de poche signé de sa main. Sa peau déchirée, enfin, faisait ressurgir le calcul de toutes ces années de beauté. Qu'elle avait entretenue comme on entretiendrait un enfant en bas âge ou un troupeau de cochons roses.


Poids lourds:

Ce siècle me brûle, renverse-
ma brûlure sereine et me-
paralyse.
J'ai acheté une peine de travers.
J'ai couru après des récompenses.
J'ai nagé sur des repas au champagne
et pourtant, le regard absent me gagne-
Toujours poursuivi-
Par la justification, par l'évolution.
Attendre dans le noir en deviendrait-
Un luxe.


5.
Josselin

Josselin est déguisé en président. Il prend Miranda par la taille.

Il s'appelait Josselin et il avait déjà nettoyé une entière et profonde négation générationnelle. Il ne parlait qu'en interrogation, depuis l'âge d'or des idéaux individuels. Autour de lui, les opéras circulaient comme des balayeurs de rues. Chaque départ, sac à la main, il prenait soin de détruire ses partitions. C'était son artifice à lui, sa double exigence. Il disait: Mon désengagement vaut mieux que toutes les participations du monde. Et nous l'écoutions, Miranda et moi, avec des oreilles aiguisées et averties. Je ne souhaitais, en aucun cas, partager la moindre pensée, le moindre asservissement avec ce jeune homme du 30 ième siècle. Disons que je savais garder une certaine distance. J'avançais, quand même, en parallèle. Je dirais que j'anticipais chaque pas, pour ne pas avoir à m'endetter, pour pouvoir suivre le courant et les discours de Josselin qui, d’un certain sens me plaisaient.
Tous ces hommes et toutes ces femmes qui se frottaient à lui parlaient dans une autre langue. Quand j'étais dans un café, je ne faisais qu'en rire. J'essayais de voir la contradiction dans leurs yeux éblouis. Et cela me rassurait. Je me sentais au milieu d'étranges fluides, je m'efforçais dans la détente, au repos de l'âme. Nous étions réunis, confiants, dans cette parfaite étude de marché. Et c'était pour moi le principal échec. Un échec qui me correspondait. J'aurai pu passer ma vie dans cette complète complaisance. J'aurais pu ne pas m'occuper de la détresse. Mais Josselin était mon ami. Je devais aussi le prendre en compte. Alors j'ai conquis l'Amérique, ou la Chine, je ne sais plus. Je ne voulais pas m'accrocher à cette idée ridicule, je ne voulais me rabaisser, vendre ma dignité, mais des fois, on fait ce qu'on peut. Maintenant, je suis Roi des affaires. Faire mieux? Je sais, ma famille me l'a assez répété: Tu n'es qu'un riche, c'est dégradant, et notre image, tu y penses des fois? Au moins être chômeur, avec du temps pour fumer, lire, baiser des nanas, rire dans les pub' branchés! Mais non. Je suis simplement Roi des affaires. Quelle vie de misère, quelle vie ratée! Tout était parti d'une maladresse, d'un quiproquo, d'une légère querelle de reconnaissance! J'avais voulu me rendre intéressant et voila ce que je suis devenu. Dans la vie, il n'y a pas grand chose d'inutile, c'est pourquoi il est souvent inutile de regretter. Mais avoir conquis un pays tout entier, être devenu Roi des affaires, quelle plaie! Quelle bassesse! On me demande souvent quel est mon métier mais je n'oserai jamais dire que je suis un de ces enculés qui dirige le monde, qui exploite tous ces pauvres types que je voyais encore dans les bars, à l'époque où j'étais quelqu'un.
20 ans plus tard, quand j'ai retrouvé Josselin, il était devenu SDF. J'étais en admiration complète! Comment avait-il réussi? D'où venait ce courage et cette force? J'avais honte encore. J'étais un misérable riche, qui avait choisi la voix de la facilité. Je devais tout lui dire, lui avouer que j'avais été faible, que j'avais cédé à une vie d'opportuniste. Je lui ai dit: Je te donne tout, mon argent, mes clefs, mes chevaux. Je lui ai même signé une délégation pour ma femme! Il m'a regardé avec sa barbe, il m'a dit merci et il a tout prit. Sur le coup je n'ai pas compris. Je pensais qu'il allait refuser, mais non. Il a tout prit. Tout prit. Tout. Aujourd'hui, je dors sous un pont. Quel bonheur!


Phrases à écrire:

Je précise l’engagement que le langage ment.

Dire que chaque minute fait 60 fois la révolution par heure. Vivre avec son temps ne veut donc  plus rien dire.


6.
Karl et son sexe shop

49 ans.
Propriétaire de sexe shop. Obèse. Miranda se déshabille à côté.

Karl est un homme de bar. Il joue, la plupart de son temps libre, aux jeux de hasard. Il aime voir l’argent circuler, comme s’il était remplacé par des sexes trop vus. Il aime cette ambiance de place boursière. Tous les matins, il écoute BMC, la radio de l’économie. Et tous les matins, il se dit que sa vie aurait du être à la collerette d’un marché financier. Il aime les coups de téléphone, les chiffres, les tickets qui défilent sur l’écran, sur l’imprimante. Miser de l’argent est devenu le symbole de son existence. L’ensemble de son caractère s’est construit à partir de là. La sexualité ne l’intéresse plus depuis qu’il s’occupe des plus désespérés, dans son magasin d’anti-amour. Il circule dans les rayons interminables de films pornos et son sexe fait non de la tête, comme l’aiguille d’une pendule. Depuis plus d’un an, il a ouvert un espace où les clients peuvent faire l’amour à des femmes dont le visage n’est jamais découvert. Depuis plus d’un an donc, il se passionne, comme s’il s’agissait d’un transfert, pour les jeux à gratter. Le mystère est entré dans ses trippes. Le dévoilement progressif de son identité. Karl est obèse depuis la mort de sa femme. Karl est un Maradona qui n’a jamais fait de football. Karl est ce genre de type dont la réussite ne concerne que son quartier. Vieille mercedes automatique rouillée par dessus le capot. Costume pareil à la carapace d’une tortue: plus de deux mille ans qu’il existe et pas une trace de boue. Mais avec cette sensation qu’il s’agit bien d’une seconde peau. Aujourd’hui, il vient de quitter son bar, après avoir ramassé une grosse somme d’argent.
Il s’apprête, pour le soir, à sortir pour écouler une partie de ce stock. Ce soir. La grande débandade. Et même si le sexe l’écoeur, il se prépare à récolter quelques litrons de sperme, accompagnés de champagne et de toutes sorte d’astuces pour se faire valoir auprès de malheureux êtres humains. Miranda est nue.

Miranda - C'est une confidence?

Karl - Je ne crois pas qu'il y ait de formule pour cette sensation.

Miranda - C'est une confidence?

Karl - Je ne crois pas.

Miranda - C'est une confidence?

Karl - Non.

Miranda - Plus que quelques heures avant qu'ils se réveillent. On va manger un morceau chez Marcel?

Karl - Il nous reste assez d'argent?

Miranda - J'ai des tickets restaurants.
 
Karl - Tu sais bien qu'il n'accepte pas les tickets restaurants. Et puis c'est moche. Il n'y a rien de plus misérable et de radin que les tickets restaurants. On n'est pas des pauvres?

Miranda - Faudrait savoir! Un jour tu dis qu'il faut accepter et le lendemain tu réfutes le tout.

Karl - Il y a des choses que je détesterai toujours.

Miranda - Je ne vois pas où est le problème.

Karl - Je ne veux pas payer en tickets restaurants! C'est dégradant! C'est...n'en parlons plus.

Miranda - Mais si justement, parlons-en! C'est bien facile d'avoir l'ambition de changer le monde, mais quand il s'agit d'y mettre un peu du sien, là, il n'y a plus personne.

Karl - Ecoute, j'ai des principes qui ne changeront jamais. Je ne veux pas. Je préfère mourir de faim que de payer en tickets restaurants.

Miranda - C'est un bel exemple d'ouverture d'esprit.

Karl - On va pas en faire une révolution?
 
Miranda - Je suis déçu. C'est tout.

Karl - Déçu? Alors on n'a plus le droit d'avoir un avis? Je crache sur ta déception. Moi.

Miranda - Je crois que j'ai touché un point sensible.

Karl - Donnes moi ces tickets.

Miranda - Et si je veux les garder?

Karl - Alors je te quitte.

Miranda - Très bien.

Karl - Tu ne veux pas me les donner?

Miranda - Non.

Il sort un pistolet.

Karl - Donne les moi tout de suite.

Miranda - Hors de question.
 
Karl - Je suis capable d'aller au bout.

Miranda - C'est ce qu'on va voir.

Karl - Les tickets restaurants!

Miranda - Tu ne m'auras pas sur ce coup.

Karl - Les tickets!

Miranda - Plutôt mourir!

Il tire un coup de feu et la tue.
Il va récupérer les tickets restaurants qu'il prend soin de mettre dans sa poche.


7.
Le clochard vous emmerde

Un sac Louis Vitton pour commencer. Elle s’assoit en parlant italien. Elle attend l’Italie dans son téléphone portable qu’elle prend soin de nettoyer avant d’en faire la comparaison avec son agenda ciré.
Heureusement que les bancs publics existent. Se dit-elle en me voyant lire Aragon avec une bière. Son rendez-vous est fixé à 15h. Lorsque l’homme arrive pour récupérer cette attente échouée là, elle se lève en ajustant sa jupe et nos deux oiseaux finissent par partir en chantant. Un noir, peut-être un africain, prend la place sur le banc de fortune. Il sort de sa mallette quelques feuilles de papier attachées à une pochette d’étudiant. Il devrait avoir la trentaine parce qu’il porte un costard au printemps. Quand je croise mon regard sur ses feuillets, je m’aperçois qu’il est question de mathématique. Peut-être un prof. Ses genoux servent de support d’équation. Puis il s’en va avant qu’un enfant prenne le relais en tentant d’escalader le banc qui devient une montagne. Arrivé là haut, il mange une glace et sa mère lui essuie la bouche. Dans une poussette, à l’aide de sa main droite, la mère donne le biberon à un autre bébé. On la voit ajouter une poudre dans de l’eau tiédie par le soleil et remuer convenablement cette mixture dans l’espoir de calmer ce nourrisson. Elle le porte dans ses bras, il arrête de crier, quelle responsabilité! Elle dit, au plus grand qui s’approche de moi par curiosité: Tomy, laisses le monsieur tranquille. Le banc est devenu une pause, un relais de secouriste. Nous sommes quatre êtres, j’ai de la peine à le croire, qui profitons de ces quelques moments de bonheur offerts par la mairie. J’aimerais tellement prendre un de ses deux enfants et le lancer par dessus la haie avant de la demander en mariage. Ou bien partir en courant avec la poussette vide en hurlant que je suis le père du vide, père de poussette! Je combats l’unité du temps. Alors je reste assis et reprends ma lecture. La mère dit à Tomy: et voila, encore un pantalon de foutu! Elle sort des lingettes anti-septiques.
Et si elle arrêtait de lui offrir des glaces? Si elle se contentait de vivre pour elle et pas pour ces futurs dictateurs qu’elle éduque avec pouvoir. Elle culpabilise Tomy: le chocolat, ça tache! Après, tu iras sous le banc pour ramasser les papiers que tu as fait tomber. Tomy doit avoir quatre ans et il porte un pantalon militaire. Ce qui justifie l’ordre et la discipline à laquelle il se plie, face à la maman caporal. Il est aussi un peu Vietnamien, ce qui suppose qu’il a été adopté, parce que la mère, par ces actions ridicules, est bien française. Tomy court en disant: on a gagné, on a gagné! Elle range ses lingettes, place à nouveau le nourrisson dans la poussette et ordonne à Tomy de rester près d’elle. Puis ils s’en vont dans une des allées du labyrinthe.

Tu dis quoi?

Je dis que je vous emmerde. Que moi je vois la glue sous vos pieds. Tout est gluant. Le banc, les murs, tout. Je vais brûler ce lieu public pour vous libérer. Enfin. Il brûle un lieu public. On cherche tous à vivre la même chose! Mais réveillez-vous! Jusqu'où faut-il aller? Tout vous glisse entre les doigts bordel! Après cette pièce merdique, je veux que vous alliez discuter avec le monde! Je veux que vous fassiez plus que ce qu'on vous demande! Je veux qu'on affronte! Tous ensemble! Putain! Merde! Vivez! Vivez encore je vous en supplie! Vivez plus que votre vie! Soyez  à l'écoute et ne dites pas que c'est aux autres de le faire, non! NON! Je ne peux pas être plus clair! Fini la métaphore! La poésie est une excuse encore! Oui à la poésie mais avec l'action bordel de merde de mon cul!! On le lit chez les derniers philosophes que la poésie est partout! Pas besoin de mot, c'est partout, tout le temps, la vie n'est faite que pour ça!
Alors allons-y, comme Amélie Poulain! C'est un exemple! Tout est dit dans ce film merde! Et rien ne change! On sort de la séance et on retourne dans notre vie plate! Ok je suis un clochard et alors? Je me lave plus que vous! Je me lave dans les fontaines de la ville, n'est-ce pas romantique? Allez, faites le pas, après, en sortant, faites le pas dont vous rêvez! Pour vous! Pour moi! Pour l'humanité bordel! Parce que nous connaissons tous l'impasse dans laquelle nous nous sommes foutu. Le monde est un village, bordel, une branche d'arbre à qui nous devons faire confiance! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez! Vivez!

Musique:

Just/Radiohead, Paranoid android/Radiohead, NTM, Nervermind/Nirvana.
 

8.
Lettre d'amour

Ils ne voulaient plus. Ils ne se supportaient plus les porcs. Ils avaient atteint la limite humaine. Ils pensaient la vie comme une série de torture. A l’abattoir! A la niche! Aux enfers! Ils avaient le sexe en queue de poisson et le soir, le soir de l’arrachement, plus rien n’avait d’importance. Impossible de survivre à un tel vice: les porcs avaient de la boue jusque dans leur lit. Les porcs avaient la face de l’horreur. La chambre. Les traces sur les murs. Les traces du souvenir heureux. Celui-là qui trimbale la certitude que rien désormais, ne pourra lui ressembler. Le souvenir de ces soirées qui annoncent un dimanche parfaitement merveilleux. Le souvenir du chuchotement. Le souvenir de l’éternel « je t’aime mon chéri ». Comment faire pour le retrouver? Une vie éclatante de rupture. Elle était celle dont je rêvais tous les jours. Elle était cette petite perle qu’on ne trouve qu’au moment où l’on ne s’y attend pas. Elle débarque comme une pochette surprise. Elle est pleine de joie, la voix douce et les poumons emplis de désir. Elle est celle sur qui on ne peut pas mieux tomber. Celle sur qui tous les problèmes s‘annulent. Je suis maître de la situation. Elle veut savoir de quoi je suis capable. Elle veut savoir si je pourrais tenir toute une vie dans ses bras sans qu’elle n’éprouve l’envie de disparaître. Elle veut connaître mes limites parce que nous sommes des inconnus chaque seconde et qu’à chaque seconde il faut enchérir sur quelque chose de neuf, quelque chose de surprenant, quelque chose d’instinctif.
Oui je te désire. Comment le transmettre? Comment le faire renaître chez celui qui ne l’a plus? A chaque instant (parce que c’est d’instant qu’il est question). Comment se surprendre soi-même à la folie? Comment se placer correctement afin que tu puisses te sentir concernée par ta position de femme? Comment redresser ma colonne vertébrale pour valoriser ma force? Cette force de chasseur! Cette force qui affronte le ridicule. Cette force qui touche presque la faiblesse. Qui lui chatouille la paume du pied. Mais qui continue d’exister, malgré l’impasse, malgré son inutilité même. Malgré la confidence. Malgré tous ces moments de repos. Ces moments où on oublie qu’il faut se réveiller pour piocher, labourer, planter, entretenir, arroser, protéger, surveiller, construire, récolter, au mieux, le travail accompli. La récompense. La reconnaissance de la plante. La rare et magnifique plante de printemps. Celle qui permet enfin de se recoucher tranquillement. Pour une nuit. Pour cette nuit qui s’épuisera au matin et c’est normal; il faudra tout recommencer. Ils ne se doutaient de rien et pourtant la décision a été prise. Il le fallait pour continuer. Parce qu’un an et une nuit c’est la même chose. Parce qu’il faut évidement suivre ce désir affreux qui nous trouble l’esprit. Parce que rien n’est définitif. Jamais. Ce serait tellement simple. Ce panier dans lequel on pourrait enfourner amour et circonstance. Sauf que je ne suis pas un génie du coeur. Sauf que je suis dans les limites établies. J’aime cet entre-deux. Le compromis. Sauf que ce n’est pas vivable. Sauf que l’être humain a besoin de précision. Sauf que je ne sais pas faire comme les autres. Et j’en suis triste. Les porcs se retrouveront bien. On peut dire les playmobiles.
On peut dire n’importe quoi pourvu que cela corresponde au véritable désir de vivre l’amour avec toi: éventail de circonstance, toi: le risque de savourer l’odeur du luxe. Le luxe d’avoir réussi à te faire revenir, plus tard, au moment venu, sur une nouvelle relation, que j’espère, que j’aimerai sans barrière; que j’aimerai folle d’amour. Tu es ma liberté et ce qui est impossible je veux le vivre avec toi. Te rendre ce qui t’appartient, la possibilité de partir. Cette excitation vibrante, ce feu pertinent de bonne volonté, le plaisir de voir que tu souris à cette lettre, l’envie de te prouver à quel point tu es une femme à qui je veux faire l’amour pour la vie. Les playmobiles: en action de nos retrouvailles, le jour où les porcs auront compris leur douleur. Le jour où  j’aurai compris que je suis un homme. Un homme qui doit te faire du mal. Un homme qui doit s'affirmer: te prendre sur place, quand la pulsion me dépasse, quand je laisse la pulsion me dépasser, te prendre par surprise, sûr de pouvoir tout donner, sûr de savoir quoi donner parce que j’accepte, parce que j’accepte d’être...non...pas un porc...mais un être humain! Après, je ne parlerai plus. Je resterai disponible. Je saisirai l’action quand j’aurai fini d’écrire. Parce qu’écrire c’est ne pas vivre. Je le sais. Et alors? Et si je ne savais pas vivre? J’ai une vie pour l’apprendre. Au moins une vie. Au moins une vie pour apprendre quelque chose. Au moins une vie où il se passe quelque chose entre deux êtres. C’est déjà tout. C’est déjà se rapprocher d’un moment essentiel: du fond de l’âme jusqu’au coeur de la dispute. Est-ce que je dois laisser faire la distance? Oui. Pour qu’on puisse renouer un regard clair. Celui du lit. Celui qui dit « je te comprends là tout de suite ».
Parce que c’est cela qui existe. Là tout de suite. On s’est compris. Je veux que tu me comprennes. Juste comprendre ce qu’est l’homme. Toujours envie de faire l’amour, toujours envie de coincer la femme entre ses muscles. L’homme est supérieur à la femme. C’est pas moi qui le dit c’est physique. Et si je ne respecte pas ma fonction, on ne me désire plus. C’est triste cela aussi. C’est triste de savoir que l’on doit correspondre, quoi qu’il arrive, à un type. Alors oui je m’efforcerai d’y parvenir. A ma manière. A la manière que j’ai d’avoir la force d’une femme. A la manière que j’ai de considérer qu’un homme a le sexe à l’extérieur et que c’est à lui de pénétrer. Et que c’est à la femme de recevoir. Que la femme reçoit l’excitation de l’homme. Que c’est cela qui l’excite. Comme la façon de se sentir inférieure. Que ce que tu ressens n’est rien d’autre qu’une sensation de femme. Il n’y a de la place que pour les énergies contraires. Et si je suis une femme? Moi. Si je suis une femme. Alors je ne peux plaire qu’aux hommes. Parce que si je suis une femme je ne peux pas faire l’amour à une femme. Non. Je n’y crois pas. Je crois que je t’aime parce que tu m’aides à devenir un homme. Je crois que je t’aime parce que tu révèles en moi ce qu’il y a de plus extraordinaire. Je veux être l’homme qui te plaît. Je suis cet homme auquel il faut s’attendre. Alors attendons. Pour l’instant. Attendons.


9.
Lettre de motivation
                        

"Où est-ce que tu te places?"
 
"A l’arrière train." Dis-je pour répondre véritablement.

"Et ton engagement?"

"A l’endroit où il reste encore un peu de vie."

"Ce n’est pas une réponse."

"A l’endroit où je pourrais rassembler les morceaux de vie qu’il reste. C’est suffisant?"

"Mais tu vas devoir te sacrifier alors. Mais tu l’auras voulu au moins."

"C’est cette force que j’ai. Sacrifier pour mieux placer la situation artistique."


10.
Internet l’écrivain

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À : baptiste, catherine, ... Ses hallucinations sont bien réelles.‡ - Elles traînent à ses pieds le soir, les morsures s'aggravent. Peut-être parce qu … 15 nov. À : Ses allucinations sont bien réelles, elles sont bien là, réelles, réelles, réelles.


11.
Tomy

Les yeux globuleux, un couteau dans la main droite, un sylo dans la main gauche.

La colère me monte aux yeux et je n’ai plus la place de tout supporter. Parfois je me demande si je ne vais pas me lever un jour de ma chaise et en foutre une à celui qui se conduit médiocrement. Lui en foutre une grande dans la gueule. Une si grande que je lui déchire la figure. Au moins que je puisse économiser quelques séances de piscine. Faudra pas le prévenir la prochaine fois. Faudra lui déboiter le visage directement. Et sans donner aucune explication après. Et plus tard encore. Et jamais. D’ailleurs. J’ai souvent entendu des mères de famille dire cela: Le mien, je l’ai mis au sport. Ou d’autres: Le mien, par contre, je le laisse faire ce dont il a envie. Et toutes celles-là concluront plus tard: Mais pourquoi est-il devenu si méchant ? On lui offert des possibilités insoupçonnables; pour notre époque.
Répondront-elles en choeur. On a misé sur lui; il ne pouvait pas nous décevoir. Et un jour, il me montra ces deux objets qu’il tenait dans ses mains. Tu vois Maman, avec ces deux choses, je peux tout faire. Et tu vois le plus drôle c’est que je peux me servir de l’un pour tuer l’autre. Et inversement. Alors que’est-ce que tu préfères? La chair ou son ombre? La poésie où la baston? Le glaive ou uniquement le manche? La terre ou juste son atmosphère ambiante? La foi ou la haine? Saisir le sang ou attendre qu’il sèche? Ou pour le transformer en sculture avant qu’il ne se fige? Maman, je suis en contradiction permanente. Et il a sorti un minuscule carnet pour y noter quelques phrases. En fait j’ai noté la date et l’heure. Après j’ai ouvert mon couteau , j’ai aiguisé mon crayon avec, je me suis approché d’elle et au lieu de m’arrêter je l’ai poussé vers le mur et j’ai lentement enfoncé mon couteau dans ses plûmes. Elle a poussé un petit cri comme l’orgasme de quelqu’ un qui ne s’affirme pas dans la vie, puis son visage s’est tendu de peur. Je ne sentais rien d’autre que ce corps en train de refroidir. J’ai noté cela dans mon carnet. Mais je suis toujours enragé contre elle. Ca aurait dû suffir mais non! Il m’en fallait plus! A six ans elle m’a offert ce couteau. Et à vingt ans mon père m’a fabriqué ce stylo, tourné de ses mains. J’ai donc tué ma mère. Et cela ne m’a rien fait.


Définition lointaine:

Oeudipe est un fils de pute.
Sa mère a accepté pour lui, une passe à 10 dollars.


12.
Ce qu’en pense le voyageur

Parlant très vite. Peut-être qu’il court sur place.

Un homme, profitant de ses congés payés, aimerait entreprendre un voyage en Arabie Saoudite. Pour entrer en Arabie Saoudite, il lui faudra naturellement un passeport valide encore 6 mois à compter de la date d'entrée dans le pays, également accompagné d'un visa de 65 euros pour 1 mois et de 160 euros pour 6 mois, dans un délai d'obtention de 5 cinq jours. S'il se considère comme touriste voyageant seul, le visa ne sera pas accepté. Il devra alors se faire passer pour un homme d'affaire, pour un grand reporter international ou pour un visiteur venant voir sa famille, ou encore pour faire un pèlerinage à la Mecque, si celui-ci est musulman. Après avoir réglé ces quelques formalités, le voyageur candidat devra très vite se préparer à partir. En effet, l'entrée dans le pays doit se faire dans les 30 jours qui suivent la date d'obtention du visa. Il ne sera pas accordé si la mention d'entrée en Israël figure sur le passeport. Surtout, il ne faudra pas oublier de remplir la mention "religion" sur le formulaire de demande du visa. En ce qui concerne l'arrivée dans le pays, le voyageur devra alors affronter les douaniers.
L'introduction de produits alimentaires est strictement interdite. Les bagages à mains sont inspectés avec rigueur au moment du passage en douane et les caleçons s'entassent dans une arrière salle. Il conviendra également d'apporter une attention toute particulière aux points suivants: les cassettes vidéos sont retenues systématiquement par la censure. Leur restitution après examen est longue et parfois pénible. Les livres, les revues et les photographies sont contrôlés, avant d'être brûlés la plupart du temps. Les documents à fournir sur place quant à eux, restent tout de même abordables. 2 photos d'identités seront demandées au format universel, 4,5 par 3,5 cm, le passeport, le visa d'affaire trafiqué, à défaut un formulaire d'invitation officielle, 3 tampons du consulat des pays frontaliers, timbres, mission, but de votre mission, fil dentaire accepté, température ambiante, vaccin contre la solidité d'une population en croissance, RIB, numéro international de sécurité, coffre-fort et autres ustensiles de massage... Une fois que le candidat a prit en compte l'ensemble de ces recommandations, un curriculum vitae devra néanmoins être envoyé à la commission des voyageurs valides (la CVV) pour alimenter les statistiques des vols discount, sauf si un sponsor le prend en charge. Au quel cas, aucun dossier ne devra être fourni, seule une carte d'identité fera office de validation qui changera l'ensemble de son statut. On appellera alors le voyageur: vacancier, et le touriste visitera ce qu'on lui propose de visiter, libre quand même d'acheter telle ou telle carte postale. Aujourd'hui, 90 % des candidats n'entrent dans aucun de ces critères, ce qui les oblige à passer par une compagnie sponsorisée par la concurrence et par l'efficacité d'un aller retour de bétail.
Et ça? Ca fait rien? Ca? C'est du vent?

 
13.
Lettre au procureur

Il est à la barre, dans un tribunal fictif, il s’entraîne pour le jugement.

Je suis tranquillement installé sur mon Vélo'V, roulant à très faible allure, essayant désespérement de trouver une place quand tout d'un coup, un agent de police me fait signe. Ne sachant pas trop pourquoi il m'appelle, je m'avance vers lui sans hésitation. Et là, d'un ton plutôt agressif, il me demande si je suis bien passé au "vert" avant de traverser la route pour arriver sur la place. Je lui dis que je n'en sais rien, que je suis en train de chercher une borne pour poser mon vélo. Il me demande mes papiers d'identités et me répond, après hésitation: "ce sera vingt deux euros si vous payez tout de suite ou trente cinq après trois jours." Je laisse aller un petit sourrire, pensant qu'il s'agit d'une plaisanterie, en lui expliquant que je tourne, en attendant une place. On connait ce genre de difficulté. Mais l'agent, qui à mon sens aurait dû m'aider à trouver cette borne, n'a rien voulu savoir. Je commence alors à me questionner, lui demandant de quel feu il voulait parler et sans vraiment regarder, il m'indique un feu que l'on voyait à peine.
Ci-joint une photo de la vue de notre entretient. Surpris, je me dis qu'il ne faut pas laisser cette situation se dérouler sans aucune discussion. En temps normal, j'aurai accepté, mais là, je n'étais pas sûr de cette affirmation. Et j'ai senti que lui non plus. J'essaye donc de lui demander s'il m'a réellement pris en flagrant déli. Et c'est une parole sincère. Je vous assure que je n'ai pas était insolent, j'ai juste voulu comprendre la situation. Je suis souvent confronté à cette absence de justification face à la loi mais là, il y avait de quoi remettre en cause cette amende. D'abord, ils étaient trois agents et parraissaient occupés à autre chose. Ensuite, il y avait une très mauvaise visibilité. Enfin, j'ai senti que cet agent n'était pas de bonne humeur. Il avait décidé de me mettre une amende et c'est tout. Alors j'ai remis en question sa parole. J’ai jeté mon porte-feuille par terre et j’ai marché dessus. Les passants me regardaient, étonnés, alors je les ai pris à témoin: Regardez! Je me révolte! C’est super! Ne voulant rien savoir encore, et c'est le pire, il m'a fait entré dans le cas numéro quatre. Le cas des fous. C'est à cet endroit là que j'aimerais insister. J'étais simplement gentil, plein de confiance et de bonté, mais pensant que je parlais trop peut-être, il voulait me faire taire en multipliant mon amende par trois. Et là, Monsieur l'officier, je dénonce l'anti-démocratie qui fait de ce pays un mensonge. Je me suis emporté, tout en gardant du respect pour lui, parce que je trouve ce comportement illégal. Majorer une amende parce qu'on la discute me semble ne pas entrer dans les critères des droits de l'Homme. Et si je ne disais rien, je perdais encore un peu plus de ma dignité. J'ai dis calmement ce que je pensais et ce que j'espérais de la police.
Une police de proximité, de prévention. Je n'ai rien fait de mal et je suis certain que lui-même s'en doutait. Mais la question est ailleurs. Je n'accepte pas ce système où pour faire taire l'individu, on lui augmente son amende. C'est horrible. C'est fasciste. Et pour cette raison, j'ai fini par réfuter entièrement sa parole et son action. Par principe. Alors que je m'étais approché de cet agent plein d'espoir et de bienfaisance, je me suis retrouvé confronté au mépris et à l'absence totale de relation. Je ne veux pas d'une police qui exécute bêtement une loi. Je demande révision du cas particulier. Je demande que cet agent remette en question son rôle dans la société. Parce que sinon, nous finirons tous victime du ridicule pouvoir que l'on nous accorde. Et c'est cela qui fait de la France une dictature masquée. Chacun joue avec le peu d'arme qui lui reste. Ainsi, sans même me justifier de ce feu grillé ou non, je demande l'annulation totale de cette amende et un entretien, s'il le faut, non pas avec cet agent, mais avec l'homme qui rentre chez lui tous les soirs. Monsieur l'officier, j'essaye d'être honnête dans ma vie. Je sais qu'il y a de plus en plus de problèmes d'ordre social, mais je crois profondement que ce n'est pas en appliquant des lois sans prendre en compte l'individu, que nous pourrons arriver à quelque chose de positif. C'est trop facile. La seule chose que me procure ce malheureux échange avec cet agent, c'est d'avoir envie de recommencer. Alors qu'il serait tellement plus simple de redonner confiance aux individus, et non  aux lois qui les entourent. Les lois sont là pour nous donner une limite. Mais avant cette limite, il y a l'échange entre deux êtres. Chose que je n'ai pas trouvé ce Mardi 07 Octobre 2008.
Et je m'en désole. Et j'aurai au moins un peu plus d'espoir si vous compreniez cette situation que nous vivons tous. L'injustice n'est pas dans le fait d'avoir grillé un feu en vélo, non, elle est l'injustice, dans le fait de ne plus pouvoir adresser la parole à un agent de police. Et c'est tristre. Et c'est sur ce point précis que je me sens injustement traité. Le pouvoir de cet agent le rend inhumain. Et je me batterai toute ma vie pour rester un homme digne de ce nom. Espérant vous avoir livré mon sentiment à sa juste valeur, j'éspère que vous allez pouvoir m'aider. Merci de prendre en compte l'ensemble de ma requète. Dans l'attente, sincères salutations.

Monsieur, vous m’avez adressé une demande de remise gracieuse de la contravention visée en référence. Après étude de votre demande et en vue des éléments en ma possession, j’ai le regret de vous faire savoir qu’il m’est impossible de donner une suite favorable à celle-ci. Je vous retourne donc ci-joint la contravention pour paiement. Cette décision étant définitive, vous ne recevrez donc pas d’autres courrier de ma part.


14.
Observation

Dans la rue de la république, des passants passaient en face de moi. Je marchais puis je me suis arrêté pour observer le regard de ceux qui arrivaient dans ma direction.
A ce moment là, j’ai suivi un regard. Puis arrivant à ma hauteur, avant de disparaître dans mon dos, j’ai vu une image plate. Sans relief. Quand je regardais droit les gens étaient normaux puis quand je regardais de côté, je pouvais constater que ces gens n’étaient que de fines planches mouvantes.     
                                    

Afforisme propre:

Etre engagé c'est être un sale type; pour les autres.
15.
Darla

Ce n’est que quand Darla entre dans la chambre nue, que mon instinct se remet en marche. Elle se tient devant la porte avec un bras levé et posé dans l’encadrement. La pièce n’est éclairée que par la lumière extérieure et une petite bougie qu’elle tient dans sa main droite. Elle ne dit rien. Je la regarde. Elle est très attirante. Ses petits seins reflètent dans l’ombre instable de la bougie qu’elle vient poser à côté du lit. Puis elle retourne lentement fermer la porte derrière elle pour ne laisser que cette lueur saisissante. Elle enlève son chignon habituel et vient se placer lentement dans le lit qui ne ressemble plus à un endroit pour dormir mais plutôt à un bateau qui se prépare à une forte tempête. Elle finit par me glisser à l’oreille que les enfants sont couchés et qu’à présent, la nuit nous appartient. La chambre des enfants est assez éloignée de la notre et c’est, je dois dire, ce qui nous a le plus influencé dans l’achat de cet appartement.
C’est donc dans cette nuit d’été orageux qu’une discussion gestuelle fait son apparition. A ma grande surprise, elle se charge de mon sexe avec une subtilité que je n’ai jamais osé imaginer. C’est alors que sa bouche se transforme en un nid délicieux de muscles tendus. J’ai l’impression de me réveiller sous l’eau avec mon sexe comme seule source de respiration. Elle a surpris mon énergie dans ce flot de mouvements jusque là inutiles. A cet instant, chaque geste de sa part entre en moi à la vitesse d’une pénétration électrique et je gesticule comme pris dans le jus physique de sa transpiration. Elle devient unique et vivante. Elle me domine. Je sens chaque doigt se glisser délicatement dans ma chair. Elle veut faire l’amour d’une manière inexplicable. Elle est toute excitée par l’idée que je le suis aussi. Mais plus que d’habitude. Elle est pratiquement dans un état second au moment où ma langue effleure la sienne. Elle reprend alors le flambeau pour me suspendre au lit. Je suis paralysé. Essayant de me ressaisir en m’accrochant à ce qui là, sur le bort : ressort. Cette protubérance. Pierre, plante, couteau de cuisine, objets sexuels en tous genres, poitrine énorme, poupées gonflables, matelas gonflables, tour Eiffel gonflable, terre gonflable et dans tous mes fantasmes réunis, je finis par me lever de cet envoûtement pour faire de ma femme une chose infiniment moins sensible. Je me sens pris moi aussi par une excitation venue d’ailleurs. Je veux qu’elle se détache de moi. Je veux qu’elle ne me reconnaisse plus alors je la retourne en  tirant ses cheveux aussi forts que possible puis dans un élan de haine, je lui enfonce mon sexe d’abord dans son vagin, où en quelques instants elle se courbe de plaisir, puis je change de cavité pour me retrouver dans un nouvel univers qu’elle-même ne connaît pas.
Je veux violer ma femme. Je veux qu’elle retrouve son identité de jeune fille pucelle. Je veux lui dire des mots sales pour qu’elle comprenne que je ne suis qu’un vieux pervers qui n’a jamais pu désirer une femme qui l’aimait. Sans savoir pourquoi, je lui dis que je la déteste tout en continuant un aller-retour de coureur. Je lui dis que je veux qu’elle ai mal comme pris moi-même par une violence inhumaine. Elle crie. Je ne sais pas si elle jouit ou si elle a mal. Je lui demande si elle a mal. Oui j’ai mal ! Mais j’aime ça chéri ! Elle aime avoir mal au cul ! Je lui dis que je suis en train de la violer. Elle me dit qu’elle n’avait jamais connu un tel plaisir. Je lui dis que ce n’est pas ma femme que je baise en ce moment mais toutes les putes de la terre. Elle me dit que c’est une pute et que je peux la baiser quand mon cœur m’en dit. Alors je la jette en arrière, repris par une conscience de la situation. " Quoi ? " demande-t-elle dans l’essoufflement. C’est bon, j’ai entendu ce que je voulais entendre. Et merci pour ce moment délicieux mais je voudrais dormir maintenant. Je veux qu’elle souffre. Je veux qu’elle se rende compte que pour exister il faut souffrir. A présent, je ne suis plus son mari mais un monstre ignoble. Un flot de paroles de haine vient placer notre couple dans la fleur de peau la plus lisse de ma génération. Je ne réponds plus, tourné de mon côté à attendre que la colère disparaisse. Après un silence interminable, les yeux dans l’incompréhensible, elle finit par sortir de la pièce. Comme un zombie je l’entends déambuler dans le couloir jusqu’au salon où elle se met à pleurer. J’ai un peu honte mais là je ne peux plus faire demi-tour. Je me dis que si nous avions été au bout de nos ébats, rien n’aurait changé.
Au moins là, il y a rupture. Rupture de deux corps en action. Souffrance éternelle de la séparation de deux êtres en fusion. C’est  là que deux personnes se retrouvent, dans le précieux doute. Il est 23h15 et la porte d’entrée vient de claquer.


16.
Division

Dans mon rêve,
il y avait des aveugles, des sourds, des muets, et des autistes.
Ce que je sais,
C’est que je n’ai pas refusé la conversation.
D’ailleurs moi-même je ne comprenais pas.
J’étais là donc.
Dans un parc si je me souviens bien.
Beaucoup de gens étaient assis.
Et d’autres seuls naviguaient entre les arbres.
J’ai marché un peu,
Puis je suis tombé sur un fou.
Seul lui aussi.
Nous avons très vite entamé la discussion,
Sur des phrases très brèves et très courtes,
Puis des mots sont venus:
Cot cot cot !
Encore des mots,
Dans le mouvement, des notes,
Et plus loin enfin
Après que le silence soit installé,
Une sorte de:
Je suis une poule qui parle !
J’ai tout de suite pensé au recul.

Respirer et prendre du recul.
Un temps.

Je ne comprenais rien !
Moi j’étais normal dans mon rêve…
Je sais pas, peut-être qu’il faisait semblant.
Mais quand il m’a dit ça je m’suis senti…
Différent.
Un peu plus tard sur un des banc,
J’ai vu que deux hommes étaient postés là depuis le début.
Le parc lui,
 errait dans la fin de journée.
Plus grand monde du coup.
C’était à l’instant même du:
Vous pourrez en perdre des plumes !
C’est le fou qui disait ça,
Quand j’ai remarqué ces deux hommes.
A l’instant même.


Après coup,
Je me suis tourné vers le fou qui avait eu le temps de fixer son regard sur moi.
Il ne parlait plus.
Il regardait dans mes yeux et c’est tout.
Ça a duré longtemps.
J’avais l’impression qu’il voulait me vomir dessus.
Et c’est là que j’ai compris.
A ma réaction de lucidité,
Il a simplement ajouté un:
Je suis une poule quelqu’un !
Puis il a disparu.
Au levé de tête
Plus rien.
Je me suis alors tourné vers les deux hommes
Qui s’étaient remis à discuter.
Je me suis approché d’eux lentement.
Il y avait quelques pas à faire
Mais ce moment m’a semblait très long.
Et une fois sur place,
Je leur ai lancé un :
De quoi ça cause là dedans ?
Ils ont arrêté net de parler comme figés dans le temps.
Je me suis dis qu’ils allaient disparaître eux aussi.
Mais non.
Il y avait de la peur dans leurs yeux.
Je me souviens de ça.
Un sourd est passé en se bouchant les oreilles.
C’est là que tout s’est confirmé.
Les deux hommes ne pouvaient pas me parler,
Et c’était normal.
Incompréhension donc refus.
Car le fou,
c’était moi.
Un temps.


17.
Addition des deux

Un jour de plus dans ma génération et le discours ne correspond  plus en rien.
Il s’agit de paroles déphasées par le temps.
« Dans l’oreille ça tape ! »
La tentacule lettrée est crochue désormais.
«Du mal à s’intégrer ? »
C’est dans le fond de la gorge que ça gratte.
A chaque difficulté sa maladie.

Un jour de plus dans ma génération et le discours ne correspond plus en rien.
Il s’agit de visions décalées par l’argent.
« Sur le cœur ça gratte ! »
Les pièces n’ont plus la monnaie désormais.
«  Du mal à fouiller ? »
C’est dans les poches que tout se passe.
A chaque problème sa solution.
A voir avec le sourcier.

Un jour de plus dans ma génération et plus rien ne correspond au discours.
Il s’agit de sentir sur les lèvres.
« Tout est dans l’énergie ! »
Le tremblement vivant sous la peau en dit beaucoup.
« La nervosité est rouge ? »
C’est dans l’intention que je me cache.
A chaque maladie je me soigne.
A ne pas répéter.


Définition creuse:
 
Tu es tombé malade parce que tu n’es pas dans tes habitudes.


18.
Jack l'Eventré

Des démons lui disaient qu'elle était sur la bonne voie. Alors elle les croyait. Comme une idiotie. Et comme l'idiotie, elle croyait tout ce que l'on lui disait et ce soir, où elle s'exclamait, ils ou elles étaient là. Pour la soutenir. C'est ainsi qu'elle avançait, dans ce pétrin, un frein à la bouche. Pour l'enthousiasme auquel elle aspirait. A eux tous. Elle ne souhaitait à l'époque, qu'un seul rendez-vous, celui de l'articulation. Quant à moi, je ne souhaitais qu'une épopée populaire, et on me répondait qu'il fallait que je pense à mes objectifs, mes attentes et autre chose qui ne s'achète pas: le respect, la confiance, la reconnaissance. Que devais-je faire? Ecouter? Jusqu'à la fin de mes jours? Sans répondre? Que faire? Correspondre? Disparaître? Aimer? J'étais un être étrange, qui attirait la convoitise et c'était tout.  Je voulais avancer avec mon entourage, partager l'art avec ma jeunesse mais ma jeunesse était égocentrique, le calcul avait prit le dessus. Un calcul dans lequel j'entrais comme on entre dans une femme. Comme quand on essaye de se débattre d'un sable mouvant. J'aurais certainement préféré être plombier, ou coiffeur, ou Africain. Mais mon rôle était de crier. En demandant pardon pour avoir quatre serviettes, quatre plats à dîner, quatre paires de chaussures, quatre lits, quatre femmes, quatre excuses! On comptera sur moi et je devrais dire qu'ils aillent se faire foutre mais non, je les remercierais pour tous ces conseils.
 

Poids lourds 2:

La liste est longue-
le coeur, vert d'amertume.
Les ongles s'acharnent sur-
un sablier qui se retourne en un siècle.
Certains glissent comme le grain,
d'autres se prélassent dans une brisure.
Un marteau cloue des bouches-
un fil, des lèvres, une direction, des langues cisaillées comme un rôti de porc.
De la soie coule tranquillement sur-
le froid de l'hiver et bientôt les rencontres se font plus sèches,
plus gercées.
Un chien fait le 400 mètres haie-
une chienne n'a rien trouvé de mieux,
elle se fait payée pour se taire.
Et le ciel devient rouge.


19.
La paix, enfin

Elle n'est pas assise, pas non plus debout, pas dans une position confortable.

Ajoutez-y un cornet, trois boules vanille et une noix de coco, faites le compte et dites moi ce qu'il vous manque.
Rien. Il ne vous manquera rien. Vous aurez la synthèse sur votre carte bleue, si vous en conservez le ticket ou si vous avez un accés internet...Il n'y aura pas de problème, vous en parlerez à vos amis qui eux aussi diront la même chose. Une gare abandonnée, un chignon au fond de la bouche, zut, à quoi bon s'acharner encore? Je vais faire une petite danse. Je vais bouger comme une prostituée parce que vous payez pour me voir. J'ai rencontré un type il y a peu de temps qui m'a dit: Tu sais jeune homme, si la pornographie est le commerce du corps, alors la séduction est le commerce de l'esprit. Il l'avait édité dans son petit receuil d'afforisme. Je vais donc essayer. Et j'éspère que vous allez culpabiliser un peu. La paix, enfin. Ce que vous chercher à payer. Une femme qui danse, qui se regarde tranquillement. Elle danse, sans musique, pendant longtemps.


20.
Foule

20 personnes tristes attendant que le feu passe au vert.

Lâchez-vous, il dit oui, demain il dira non, et alors? J'ai vu une nuance de bleue, c'est tout. Qu'est-ce qu'il fout lui là-bas? Il se traîne, il hésite encore à vivre. Et lui là-bas? Il fait des pompes en espérant séduire le sol avec sa transpiration. Un poteau, c'est quand même beau.
Je filme: souriez! J'arrête les jeux de société. Et lui au fond? Il ballade sa chienne; sa femme prend des vacances. Un, deux, trois, soleil! Nul, l'opéra, c'est nul. J'en suis de plus en plus convaincu. Quand tu n'as pas encore fait l'expérience, c'est compréhensible, mais là, qui nous dit qu'on ne va pas se prendre une tempête, ou une vieille mémé? J'ai pas le cran de l'oser. Ecoutez ça: la formation tout au long de sa vie est synonyme de précarité! Peut-être qu'on peut continuer, c'est pas clair, mais tu sais, je sors d'une longue histoire alors je ne sais pas si je veux m'engager avec toi tu comprends? On veut un vrai travail! Tu joues à des jeux à gratter toi? Il est saoul. Pardon, je ne vous avais pas vu. 10 dollars! J'ai dit de respecter la faiblesse des autres! Et l'autre avec sa moustache? Oh, lui c'est un type qui se fera toujours rattraper par la différence qu'il essaye d'imposer. Tu vas où? Pareil pour celle qui l'accompagne? Non, elle c'est plutôt l'inverse, c'est le point commun avec les autres, qu'elle espère. Tu vas où? J'ai pas de solution pour moi, mais j'en ai beaucoup pour mes enfants; que je n'ai pas. Arrête de filmer, c'est dégradant! Il a peur du témoin le petit garçon? Rouge vert rouge vert. C'est l'automne? Tu bosses demain avec tes blessures. Tu les trouves belles? On change d'heure la semaine prochaine. Mais si on continue comme ça, c'est trop flou, tu dois me dire si tu me désires et si...tu y trouves ton compte? J'ai pas d'avenir, mes amis me trahissent. Quand je prends un bain, ils se contentent de prendre une douche. C'est marrant un ami, c'est vraiment à l'opposé du pote. Tu dors ou quoi? Non, non, juste un petit rêve, entre deux attentes. Le temps perdu, c'est du temps gagné.
Faux! Il n'y a ni perdants, ni gagnants, juste des euphories et des déceptions et ce qu'il y a sous nos yeux. Ecoutez ça encore: le 2 Janvier, un homme s'est pendu avec l'élastique du tuperoire où se trouvait la nourriture que sa mère lui préparait chaque semaine; pour la semaine. Personne ne veut m'offrir les clefs de son nid? Arrête cette caméra tout de suite! Si, j'ai raison d'en parler. T'as vu ça? Personne alors? Je crois qu'on ne s'aime pas vraiment. Le feu! Il passe au vert! Allons-y! Allons-y! C'est le moment de mourir!

Définition regrettable:

- Tu n'es pas resté jusqu'au bout?

- Je n'avais pas envie.

- Tu n'étais pas bien?

- C'est pas à moi que tu t'adresses, mais à ton fantôme. Fais pas chier.

Un rideau se baisse avec le dessin d'un homme qui se fait enculer par un billet géant.

                        Olmo César, extraits choisis, mars 2009