Usha - Gévaudan VI.3. : L'univers du Créateur II - texte intégral

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Gévaudan VI.3. : L'univers du Créateur II

Par Usha

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Table des matières
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CHAPITRE X




16.

        Sous son arbre dans les Jardins du Magnifique, en jour de repos, Gévaudan sommeillait.
        Bien que la situation ne s’y prête pas, le jeune Loup était plutôt optimiste !
    « Notre étrange voyage va sous peu prendre une nouvelle tournure, décisive, j’espère ! On va voir les choses sous un nouvel angle – au propre comme au figuré – et il se pourrait fort bien que la fin de cette Mission de Reconnaissance voie déjà la fin du bras de fer entre Le Créateur et moi ! Après tout, bien qu’il soit infiniment puissant, on ne peut réellement se mesurer ! Presque toute son énergie va à la création, à l’organisation de cet univers, à maintenir son équilibre en fonction des planètes et systèmes qu’il y incorpore ! Il a ranimé les Ogres de Galbrek, mais il semble vraiment cafouiller une fois en face–à–face ! La seule chose qui a été tirée de notre rencontre dans ce temple en ruines fut que Shaléon était aussi une victime… Et, si ce rôle de victime était sur ordre du Créateur, Shaléon n’est pas ce dernier… Etrange, ce fut une évidence et pourtant, je ne parviens pas à y croire ! L’enlèvement du gamin, et de moi par la même occasion, ne rimait à rien ! Le Créateur aurait pu réduire l’enfant en poussière presque sans réfléchir, et me faire subir le même sort avant que je ne reprenne conscience ! C’est illogique ! Shaléon : qui es–tu donc, quelle est la raison de ta présence ici, quelle est ta mission ?… Tu es lié au Créateur, rien ne m’en fera démordre ! Un Créateur, ça a de la progéniture ? ! ».
        Il se retourna dans l’herbe et souleva les paupières, surpris de ne plus sentir contre lui le grand corps chaud de Krii.
        Le jeune Loup se redressa sur ses coudes alors que l’écho d’une galopade lui parvenait.


        Krii ne faisait plus la sieste, batifolait comme un chiot, ravi d’avoir un compagnon de jeu à sa hauteur. Ce qui était exactement le cas puisque Shaléon à qui il avait apporté sa balle s’amusait à la lancer, courant après lui aussi, mais ne pouvant évidemment battre le chien roux à la vitesse pure !
        Krii semblait ravi, sa queue battant follement tandis qu’il poussait des grognements de joie. En revanche, il était impossible de déterminer si les bousculades qu’il infligeait au garçonnet étai amicale ou juste un élan de puissance qu’il ne pouvait réfréner à la mesure de son très jeune partenaire.
        Shaléon riait en tout cas, roulant sans se blesser dans l’herbe, mêlant jeu de balle et cache–cache.


    – Ca fait quand même plaisir de voir ce spectacle, murmura Lynder qui avait rejoint Gévaudan.
    – Tu m’as surpris ! avoua ce dernier. Je ne t’ai pas entendu arriver, je regardais, en effet. Krii me surprend… Lui, d’un naturel plutôt exclusif, à toujours me coller aux basques… Je ne m’attendais pas à…
        Lynder s’accroupit près de son ami toujours assis dans l’herbe, une jambe ramenée sous lui.
    – Je crois que le petit séjour dans ta Meute de Nokbol a fait aussi beaucoup de bien à Krii, remarqua–t–il. Les Louveteaux, les tiens et ceux des autres familles, à commencer par ceux de Lowandryn, ont craqué sur lui ; et réciproquement ! J’ai vu Krii jouer toute la journée, sans fatigue, avec tous ces petits.
    – Pourquoi je ne l’ai pas constaté, moi aussi ?
    – Pour la bonne et simple raison que tu avais les yeux et les mains posés sur une certaine Louve ! rit son ami. Hors des tâches quotidiennes pour nourrir ta famille et participer au bien–être de la Meute, une fois que vous étiez en présence, la bulle se refermait autour de vous ! Vous, les Loups, rien ne vous retient !
    – Que veux–tu dire ?
    – Que jamais, en pique–nique avec mes parents, mes sœurs, ou des amis, je n’ai culbuté Ménaelle devant tout le monde !
    – C’est Cérène qui m’avait sauté dessus, protesta dignement le jeune Loup !
    – Possible. Je dirais alors juste qu’elle t’a devancé d’une poignée de secondes !
    – Exact, reconnut Gévaudan dans un rire. Ce furent quelques jours de folie, de bonheur pur. Je ne les ai pas vus passer… Je n’ai pas vu grand–chose d’ailleurs !
    – Oui, on avait tous bien compris !
        Gévaudan se releva souplement.
    – Que ces deux là jouent autant qu’ils veulent, au moins, ça, c’est inoffensif !
    – On se fait toujours quelques trous de golf en début de soirée ?
    – Bien sûr ! jeta le jeune Loup en se dirigeant au petit trot vers les portes de verre les plus proches pour sauter dans un Transporteur.

*

    – Toi, ça se voit qu’il y a longtemps que tu n’as plus touché une queue, gloussa Malvin, sans pitié.
    – Encore une remarque aussi désobligeante et il va t’arriver des broutilles à la tienne, menaça Gévaudan.
    – Quelle queue ? s’enquit innocemment son ami.
    – Vous me déconcentrez, lança pour sa part Nalem qui après avoir étudié la situation venait de donner une poussée précise à sa boule de billard.
    – Oui, c’est un peu l’idée, admit Gévaudan, toujours hilare. Tu sais que lorsqu’on joue à plusieurs, c’est mieux quand tout le monde peut participer !
    – Vous n’aviez qu’à pas foirer vos coups précédents, rétorqua le jeune Lieutenant aux Armes. Là, j’occupe le tapis et je n’ai pas l’intention de le lâcher ! Je vais rentrer toutes les boules, croyez–le bien !
    – Ca en prend la tournure, grommela Malvin, lugubre. Gédy, tu lui fais un croche–pied et moi je lui pique sa queue !
    – D’accord !
    – Mauvais perdants ! râla Nalem.
    – A fond, firent d’une voix ses deux amis.


        Au douzième yaourt, Gévaudan ressentit moins l’humiliation d’avoir été battu à plates coutures !
    – T’es content ? grogna–t–il à l’adresse de Nalem qui affichait un sourire éblouissant.
    – Plutôt, oui ! Je ne pensais pas vous écraser à ce point. Ca fait plaisir !
    – Parle pour toi, insista Malvin d’une mauvaise foi totale lui aussi, clignant de l’œil à l’adresse du jeune Loup qui s’était en fait très bien amusé !
    – Gédy, tu as l’excuse de ne pas t’être mis autour d’une table de billard depuis un sacré bout de temps, reprit Nalem. Mais toi, Malfi, tu es impardonnable ! On joue toutes les semaines, plusieurs fois !
    – J’avoue avoir la tête ailleurs… Je crois que Prycha est enceinte.
    – Elle ne t’a rien dit ? s’étonnèrent ses deux amis.
    – Les lordaniens ne sont pas particulièrement enchantés par l’idée de se reproduire, mais ils le doivent bien ! Aussi, la grossesse est un moment de la vie pas trop agréable et qui ne donne en tout cas pas lieu à des réjouissances ! Ce qui ne les empêche nullement d’être d’excellents parents et d’adorer leur progéniture ! De plus, pour Prycha, il y a la question de la mixité de notre couple… Elle doit surtout se demander à qui le bébé ressemblera !
    – C’est sa culture, nous ne pouvons que le respecter, fit Gévaudan. Mais, toi, futur papa, ça c’est de la nouvelle ! Bon, on attendra que l’info vienne de Prycha, mais, d’ors et déjà : félicitations !
    – Oui, félicitations, rencérit Nalem.
    – Merci, les amis, rosit le jeune Cuisinier.


        Nalem parti prendre son service sur la Passerelle, Gévaudan et Malvin étaient demeurés dans le Salon de Détente.
    – Je me demandais, Gédy…
    – Quoi donc ?
    – L’univers du Créateur étant inconnu, comment le Magnifique peut–il y retrouver son chemin ? Comment savoir où sont Poséïs et Serva III ?
        Le jeune Loup croisa ses chevilles sur la table basse devant lui.
    – Oh, on en revient à des techniques basiques de navigation ! Plus on avançait, plus on relevait les données et coordonnées pour créer une carte de cet espace. On ne peut évidemment pas avoir une idée de l’échelle réelle de nos relevés, mais pour nous ce sont de précieux renseignements !
    – Et, pour notre progression, pour le retour ? insista le jeune Maître–Queux.
    – On avance à l’aveugle, c’est exact. Mais chaque renseignement nouveau glané s’ajouter à ceux déjà connus. On agrandit nos cartes spatiales et on sème des balises de façon régulière pour tracer notre chemin. Comme dans un conte dont j’ai oublié le nom ! Bref, pour le retour, nous n’aurons qu’à suivre le relai de ces balises !
    – Je comprends mieux. Ca ne doit vraiment pas être commode à organiser et à gérer au jour le jour !
    – Comme tu dis ! Il faut être sur le qui–vive perpétuel, prêt à modifier la direction ou nos paramètres d’alertes en fonction de ce qui se présente devant nous ! Fallyne et Mabil sont mis à rude épreuve, heureusement que Mag peut les relayer sans souci désormais !
    – Je ne me rendais pas compte…
    – Normal. Et ce n’est pas ton boulot, donc ne te formalise pas ! Moi, je vous emmène – heu, quelque part – et toi, tu remplis nos estomacs !
    – Ca me va. Je suis rassuré que ce soit toi qui nous guides !
    – Merci…

***

        Bien qu’extrêmement brutal, le choc n’avait pourtant pas été ressenti à bord du Magnifique.

        Le Wird avait paru heurter un obstacle qui l’avait arrêté et ses réacteurs s’étaient automatiquement coupés pour éviter qu’il ne se disloque sous la poussée.
        Aucun membre d’équipage n’avait ressenti la moindre secousse alors que, selon toute logique, ils auraient dû être précipités droit sur la cloison la plus proche devant eux ! Ils avaient « juste » constaté que le navire ne bougeait plus !


        Le Magnifique avait donc pilé net alors que l’espace était toujours aussi désespérément vide, quelle que soit la direction vers où on se tourne.
    – C’est quoi ça, maintenant ? glapit Lynder. Mabil ?
    – Je n’ai rien sur mes écrans, s’excusa le Lieutenant aux Radars et Communications.
        Gévaudan avait bondi sur ses pieds. Un sourire étira ses lèvres grises.
    – Voici notre plus gros vaisseau, fit–il d’une voix vibrant de tension alors que la Forteresse Divine se matérialisait devant leurs yeux.
        Le second du Magnifique ressentit un pincement au cœur. La première fois que son Colonel s’était trouvé face à cette Forteresse, il en était mort !

*

* *