Steve Pitcher - LE SIMURGH - texte intégral

In Libro Veritas

LE SIMURGH

Par Steve Pitcher

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Jean-Marie Cloarec / ACP (Agence Creuse Presse)

AU PRINTEMPS D’HEUPRAG
 
 
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Dans quelque temps, notre équipe d’intrépides reporters de l’ACP (Agence Creuse Presse sise à Saint Merd-la-Breuille en Creuse équatoriale) va se propulser à Saint Merd-de-Lapleau, au Printemps d’Heuprag pour couvrir l’événement exceptionnel  de l’un des plus vieux festivals musicaux de cette région.

Mais rappelons tout d’abord comment cette manifestation a vu le jour.

Nous sommes en 1975, dans la nuit du 30 au 31 février, lorsque Matthieu Blanchkott, au volant de son tracteur John Dair,  crève une roue dans le fossé menant de son champ à sa ferme, au lieu-dit d’Heuprag. Il fait nuit noire et il se dirige vers la ferme de Joseph Blanchkott à la lueur d’une bougie de préchauffage Beru (dont le pouvoir d’éclairage est nettement supérieur aux autres marques), quand il entend celui-ci (Joseph, pas le tracteur ni la bougie) taper violemment sur un bidon vide.

La rencontre de Marcel et Joseph, d’autant plus inattendue qu’ils sont proches voisins et de la même famille, donna naissance au duo bien connu maintenant du grand public : Soquenterre.

Marcel et Joseph décidèrent alors de créer le festival de Soc’n Roll qu’ils appelèrent le Printemps d’Heuprag, en souvenir du moment et du lieu de leur rencontre. Ils définirent les règles de participation d’une manière très rigoureuse que nous allons rappeler brièvement pour nos lecteurs peu au fait de cette discipline agro-musicale.
 
Le Soc’n Roll se pratique en installant des bidons de différentes dimensions sur la plateforme d’un tracteur.

Le conducteur laboure un champ tout en faisant des figures acrobatiques tandis que l’autre compère tape sur ses bidons tout en chantant des mélopées. Il est également possible d’improviser sur un fond de chœur de mouettes ou de corbeaux (au choix en fonction des migrations). Le son voyage ainsi dans l’espace, créant une atmosphère musicale particulière au gré du vent. Le nombre et la taille des bidons sont sévèrement contrôlés.

Avant toute participation, il faut soumettre le tracteur à plusieurs vérifications :

• tout d’abord le centrage de la charrue : si cela peut sembler simple au premier abord, il faut que la bielle supérieure d’attelage soit située parfaitement dans l'axe d'avancement du tracteur et les stabilisateurs doivent avoir un jeu latéral de 2 à 5 centimètres ;

• puis le réglage de la profondeur : le contrôle d'effort ou le contrôle mixte doivent être extrêmement rigoureux ; néanmoins, l’utilisation de roues de jauge est permise ;
• enfin, le réglage du talonnage, car il détermine le volume de terre travaillé.
 
Comme on peut le voir, il ne s’agit pas d’une partie de rigolade et les contrevenants sont sévèrement sanctionnés.

Une fois les règles établies et définies, Marcel et Joseph envoyèrent des annonces par pigeons voyageurs dans toute l’Europe.
 
Le résultat ne se fit pas attendre car, lors du premier festival, en 1976, il y avait Toussaint Harpner et Vladimir Arskiziewski venus de Pologne avec leur gouaille et leur vitalité, un succès assuré pour l’ouverture du premier jour.

Le lendemain, les oreilles en prirent un coup car c’est là que se révéla le duo Corentin Morvan et Auguste Le Borgne, artistes en herbe qui, au lieu de labourer, peignaient littéralement la terre avec la pointe de leur soc : un grand succès dû à l’étonnante habileté de Corentin.

Ce premier festival se concluait avec TTT (Tracteur Tout Terrain, 140 décibels au compteur) et ça déménageait : Urbain Gouzou et Henri Cance nous firent une interprétation époustouflante de Soc’n Roll avec leur tube "Tiens bon le soc et tiens bon le sillon, hisse-oh", le tracteur évoluant sur deux roues, Urbain en position de rappel.

Puis le duo Soquenterre clôturait le festival en interprétant ce qui devint un de leurs tubes : "Rester président des comices agricoles", avec une improvisation magistrale de Joseph aux bidons sur un chœur de mouettes alors de passage (on peut d’ailleurs saluer leur professionnalisme exemplaire).
 
Des familles entières étaient là,les festivaliers eux, étaient las.

Bref, le Printemps 1976 fut un vrai succès : 65 places délivrées et 3 journalistes accrédités.
 
Le Printemps d’Heuprag, c’est aussi toute une animation autour de la scène avec les fameux sandwichs à la purée ou au potage "made in Creuse". C'est la promenade dans les stands de fringues, de bottes, d’huile de vidange, de lampes, de socs, de bijoux, de bougies, de bidons, de sculptures alsaciennes, dans une foule qui s'accroît de jour en jour.

Et il se pérennisa.

Car, il faut le savoir, ce festival permet de labourer de fond en comble un champ différent chaque année au moment des semailles de printemps. Le champ est choisi par tirage au sort, faisant tomber en désuétude la technique surannée de la jachère. Mais, règle immuable, ce champ doit toujours se trouver sur le territoire du lieu-dit d’Heuprag.

Toujours très attendu, le Printemps d’Heuprag propose encore cette année une programmation prestigieuse et éclectique. Il aura lieu du 9 au 26 avril prochain, à tracteur, euh … à cheval sur le week-end de Pâques.

Il y aura une session spéciale Découverte et c’est le duo Ovinage (pour ovin et pâturage) du village de Pelouse dans la Lozère qui a été sélectionné à l'unanimité du canton de Mende. Avec des influences aimablienne et rockabilly, le groupe pelousien puise son inspiration dans les rythmes endiablés des troubadours du pays cathare. Soutenu par la coopérative locale des champignons vénéneux et l’association du Moulin de l’Esclandre, le village de Pelouse démontre ainsi son savoir-faire et sa fonction de découvreur de talents.

On verra avec plaisir le duo Gonzales Arrivederci et Sauveur Assuncion qui nous vient du Brésil. Ce sera sa première production en France en ouverture du festival. Dans le même genre, on retrouvera également Guiseppe Lovechio et Carlos Keziah du Pérou.
 
Ces deux duos puisent avec bonheur leur inspiration de leur musique authentique et raffinée dans les rythmes sud-américains et caribéens. Côté world music, Amadou Pergola et Mariam Cooffee ou encore le duo Coutre seront de la partie.

La scène métal sera également bien présente avec le duo Rasette (Jean Gilette et Paul Wilkinson) qui s’est spécialisé dans la découpe en surface d’un petit volume de sol qui, projeté en fond de raie avant le passage du corps principal, se retrouve sous la bande retournée par le versoir (un impressionnant savoir faire).
 
Sur le plan pratique, on trouvera sur le site http://heuprag.com tous les renseignements pratiques, notamment les propositions de cotracturage ainsi que les offres d’hébergement. Plusieurs solutions : gîtes, bed-and-breakfast. Une solution originale et peu onéreuse : l’hébergement en grange avec possibilité de location de bottes de paille pour la literie, le chauffage étant assuré par les vaches à proximité (les vaches assurant aussi le petit-déjeuner).

Pour finir, rappelons que l’édition 2008 fut un véritable succès et les rues et cellules des commissariats de Guéret résonnent encore du chant des festivaliers éméchés et enthousiastes.
 
Nous avions d’ailleurs recueilli quelques impressions à l’issue de la session de clôture par Marcel et Joseph (toujours à la barre et aussi inventifs depuis 35 ans) :

• à 22h la voix rauque du présentateur résonne "Ca va Heuprag ? Je vous demande d’applaudir Soquenterre" ; le duo met le feu à l’assistance, tout le monde est debout et bouge dans tous les sens (Albert de Limoges) ;

• le concert a commencé à 22h tapante ; c’était la folie dans les champs ; Soquenterre a chauffé à blanc l’ambiance, mais grave pendant ½ heure ; ils étaient sublimes et allez hop leur tube  "Rester président des comices agricoles" avec le public reprenant en chœur, super ambiance ; la soirée s’est déroulée dans un vent de folie ; on en redemandait (Germaine de Neuilly-sur-Seine) ;
 
• à 22h, les lumières s’éteignent et Soquenterre arrive dans un nuage de vapeur d’essence pour mettre le feu ; un moment inoubliable (surtout l'explosion) ; tout le monde se lève, moi je me retrouve aplatie contre les barrières par l'explosion (moment inoubliable aussi), mais juste en face d’eux ; un concert super, des chansons géniales, c’est bien la recette d’un concert parfait que j’ai apprécié (Gertrude, Colombey-les-deux-églises) ; 

• tout le monde crie "Soquenterre", c'est émouvant ; ça y est le concert a commencé, c'est la folie dans le champ d'épandage ; les chansons se suivent et arrive "Rester président des comices agricoles", chanson que je n'avais jamais eu l'occasion d'entendre ; ce mélange de cliquetis de soupapes, d'écrasement de mottes de terre et du "krriech" des mouettes, vraiment sublimissime (Martin, Issoire) !!!
 • afin de ne pas me faire bousculer, je décide de monter sur ma chaise, ouf, j'étais tranquille mais, au moment de l'explosion, je perds l'équilibre, j'ai failli me casser la figure, lol !!! pas ça, pas une entorse avant la fin du concert !

Bon, c'est bon, je suis rétabli, enfin ; vu que ça approche de la fin, c'est l'émotion totale ; Soquenterre merci (Goulven, Carhaix).
 
Alors, à bientôt à Saint Merd-de-Lapleau pour le Printemps d'Heuprag 2009 !
 
P.S.: (de dernière minute) : nous apprenons la participation possible de Nick Mason (batteur des Pink Floyd) dans une version de Scarecrow (l'épouvantail) absolument appropriée. Ainsi que celle de Carla B.-S. (à confirmer).
 
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