Steve Pitcher - LE SIMURGH - texte intégral

In Libro Veritas

LE SIMURGH

Par Steve Pitcher

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Thierry MULOT -- nouvelle

LE PRINTEMPS DE JAN
 

 
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C'était pourtant un beau printemps. Le plus long qu'on ait jamais vu.
Il commença le 5 janvier pour se terminer le 21 août. Un bien beau printemps. Je ne sais pas si l'on en parlera encore dans quarante ans. J'espère que oui après ce que j'aurai fait.

En tout cas, jamais ils ne pourront comprendre tout l'espoir qui avait envahi nos cœurs le jour où Alexander prit la place de Novotni.

Les portes, enfin, commençaient à s'entrouvrir.
Non, le terme est mal choisi.
Le rideau. Le rideau s'était un peu levé.
Ce n'était qu'un filet de lumière, mais déjà, il réchauffait nos âmes engourdies par tant d'années de froide obscurité.

Je ne suis qu'un étudiant. Je n'ai que 21 ans. Mais, je faisais partie de tous ces gens qui voyaient, ce 5 janvier, le début de la fin de l'hiver. Oh ! Bien sûr, nous n'étions pas naïfs ! Nous savions que ce serait difficile et compliqué. Nous savions que "le grand frère" réagirait, mais qui aurait imaginé que des chenilles écraseraient tout sur le bitume ?

Il n'y a pas eu d'été, pas d'automne.
 
Rien qu'un long printemps. Et ce 21 août, nous sommes directement revenus à la froide saison hivernale.

La saison des canons.
La saison des bâillons.
La saison de toutes les répressions.
Le temps du désespoir.  À nouveau.
 
Un monde s'est écroulé. J'ai l'impression que nous avons fait un pas en avant et trois en arrière. Et rien qui nous dit qu'à l'extérieur, les autres se soucient de nous. D'ailleurs, qui s'en préoccupe vraiment, de notre printemps déchiré ?

Combien de jours, de semaines, de mois, les journaux vont-ils encore parler de nous. Combien de temps avant que le talon de fer ne nous écrase pour l'éternité ? 

C'était pourtant un bien beau printemps. Les sourires étaient sur nos visages fatigués par tant d'années de silence et de pénurie. Les filles étaient plus belles. La nature semblait renaître. C'était un sentiment profond. Chaque petite liberté gagnée était comme une fleur éclose. Son parfum de vie envahissait nos esprits et nos âmes.

Je repense à ces mois de bonheur intense et je réalise que, pendant ce trop court instant, enfin, les gens se parlaient.

Enfin, nous avions moins peur les uns des autres.
 
Cette atmosphère de suspicion avait été engloutie par un élan vital qui nous rapprochait et nous soudait dans la fraternité. Et c'est ce qui me manque le plus, aujourd'hui que mon printemps s'en est allé.

Y aura-t-il un nouveau printemps comme celui que nous avons connu? J'en doute. Rien ne pourra égaler celui-là. Les autres vont nous oublier. Ils veulent nous oublier. Retrouver leur petite vie tranquille loin de nous et des bruits de bottes. Pour eux, nous sommes dépassés. Nous sommes déjà le passé. Un passé inconfortable, certes, mais le passé tout de même.
 
Nous sommes devenus fossiles par la loi de la faucille.
Notre avenir a été martelé par la loi du marteau.

Ma colère est trop lourde, pour être portée. Je n'ai plus qu'un seul désir. Je ne veux pas qu'on oublie ce printemps. Je ne veux pas qu'on m'oublie.

Demain, je graverai ce printemps dans leur mémoire.

Celle des victimes.
Celle des bourreaux.
Celle des indifférents.

J'ai le bidon, j'ai le briquet, j'ai ma volonté.
Demain, et pour longtemps, je ferai briller les consciences.
 
J'allumerai un feu qui détruira les yeux de ceux qui ne veulent plus nous voir.
J'allumerai un feu qui brûlera les oreilles de ceux qui ne veulent plus nous entendre.
J'allumerai un feu qui consumera les lèvres de ceux qui ne veulent plus parler de nous.

Je créerai une flamme qui fera rougir de honte la face du monde.

Et je m'unirai à cette flamme.

Ensemble, nous ferons un soleil en hommage à mon printemps détruit.

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