Frédéric FABRI -- uchronie
OTA SIKhttp://www.inlibroveritas.net/auteur7720.html
25/08/04
Ota Sik n'est plus.
Ota Sik, l'artisan de la réforme économique, dans les années soixante sous l'ancien régime communiste de Tchécoslovaquie, chef de file des socialistes progressistes en 1972, planificateur du COMECON en 1974 , successeur de Leonid Brejnev en novembre 1982, et premier président de la république fédérale européenne en 1989, est décédé dimanche dernier, des suites d'une longue maladie, à Saint-Gallen en Suisse.
Par Ludvik Vaculik
Ota Sik est né le 11 septembre 1919, à Plzen, en Bohême de l'ouest. Au chômage, il entre au parti communiste illégal dès 1940. Il est arrêté en 1941 et déporté dans le camp de concentration nazi de Mathausen. Après la guerre, il commence à faire carrière dans la hiérarchie communiste qui vient de prendre le pouvoir. En 1962, il est membre du Comité central du parti communiste, alors que depuis 1961, il est le directeur de l'Institut économique de l'Académie des sciences. Les années suivantes, il révise complètement ses vues sur l'économie et, à la tête de plusieurs spécialistes en économie, il propose un programme de réforme radicale reposant sur la liaison entre l'économie planifiée et l'économie de marché. Ce programme est adopté par la direction communiste tchécoslovaque, en 1965.
Ota Sik se range parmi les réformateurs, les hommes du Printemps de Prague 1968.
En août 1968, alors que la menace d'une invasion soviétique pèse sur son pays, il se démarque de Dubček après la conférence de Bratislava, et appelle le peuple à être prêt à se défendre, et à se défier de ses alliés d'hier. Le président Svoboda, chef légal de l'armée, sous la pression populaire alimentée par les médias libres de s'exprimer depuis avril et par des intellectuels comme Milan Kundera, Pavel Kohout et Ivan Klíma, se résout à dissoudre son état-major composé de généraux trop favorables aux « supérieurs hiérarchiques russes », promeut de jeunes colonels et masse ses régiments à toutes ses frontières.
Alors que le monde retient son souffle, Leonid Brejnev est victime d'une crise cardiaque qui va durant trois mois retarder l'offensive prévue par l'opération Danube, regroupant les forces de l'URSS, de la Bulgarie, de la Pologne, de la Hongrie et de la RDA. Près de 400 000 soldats et 6000 chars vont attendre un ordre qui n'arrivera jamais. En trois mois, les premiers bénéfices de l'ouverture sur l'occident de l'économie de la Tchécoslovaquie, et les efforts diplomatiques de Jiri Hadek parviennent à convaincre Cuba, la Chine et la Roumanie d'une troisième voie économique, mêlant les principes moraux de la révolution prolétarienne à l'opportunisme d'une politique libérale. En échange de la promesse d'une « modération du pouvoir de la presse » , d'un « encadrement culturel moins souple » et de la destitution de Dubček , le PCT parvient à éviter l'invasion.
Reçu par un Leonid Brejnev convalescent, il parvient à convaincre celui-ci de renforcer les accords commerciaux avec l'Union Européenne.
Il rencontre Alain Poher, ancien président du parlement européen le 3 juin 1969 à Moscou, juste avant son élection à la présidence française grâce aux voix communistes le 15 juin suivant.
En 1973, alors que l'URSS soutient les forces égypto-syrienne durant la Guerre du Kippour, et que le roi Fayçal décide à la fois la réduction de la production et de quadrupler les prix, Ota Sik négocie avec l'Europe occidentale un prix de moitié de celui du pétrole moyen-oriental, et un doublement des livraisons de gaz. L'Union Européenne échappe à la récession, mais doit fournir en échange ses connaissances en matière d'informatique et d'aéronautique. Des accords sur le blé européen permet aussi d'éviter à la Russie le spectre de nouvelles famines. Les pays du COMECON inondent aussi l'Europe occidentale de produits de consommation bon marché, au grand dam du Japon et de Taiwan. La Chine intéressée se rapproche de l'ami russe. Ota Sik rencontre Mao Tsé-toung en décembre 1973, qui enthousiasmé par sa vision du socialisme fait modifier des pans entiers du petit livre rouge, avant même que Ota Sik ne publie son propre livre.
Le KKE, avec Theodorakis, remporte les élections de 1974 et la Grèce demande son admission au COMECON, ainsi que le Portugal, que Moscou soutient financièrement pour parachever la Révolution des Œillets. L'Europe des Neuf se trouve ainsi isolée, comme prise entre deux feux, face à la puissance économique du nouveau COMECON, surtout que Youri Andropov a fait subir une purge chez les apparatchiks corrompus. Tito lui-même se rapproche de Moscou via Ota Sik afin de profiter des bienfaits économiques du socialisme à visage humain. En 1976, Georges Marchais, grâce à l'Union de la Gauche devient président en France et préconise pour l'Union Européenne une fusion économique avec le Comecon.
Il reste encore à régler un cruel dilemme au centre de l'Europe. Malgré la mise en place de Willy Stoph et des principes d'Ota Sik en RDA, le mur de Berlin subsiste encore, avec cependant la réouverture de la porte de Brandebourg et de soixante neuf autres points de passage. Le nouveau président de la RDA, Erich Honecker, plaide auprès de l'UE pour une réunification allemande, et demande le soutien de son grand frère russe et du grand homme du Comecon : Ota Sik pour le financement de celle-ci.
En 1977, Ota Sik est nommé Président du parlement de la toute nouvelle Communauté Économique et Sociale des Républiques Européennes et Populaires (CESREP). Ainsi, un nouvel espace, englobant l'Europe, la Chine, et Cuba, mais non le Royaume-Uni, et désirant conserver ses liens commerciaux avec le Commonwealth et les États-Unis, s'oppose à la puissance économique américaine.
Les USA ne parviennent pas à s'allier, dans un premier temps, avec le Proche Orient et les pays du nord de l'Afrique à cause de leur soutien inconditionnel à Israël, mais se rapprochent du Japon, fortement inquiet de la concurrence chinoise. Jimmy Carter profite de la poignée de main entre Anouar el-Sadate et Menahem Begin le 17 septembre 1978 pour exiger de ce dernier un accord de paix effectif avec un état palestinien au plus tard pour le 1 janvier 1980. Jimmy Carter recevra Ota Sik le 4 juillet 1979, officiellement pour discuter d'une « réforme » du FMI. Néanmoins, les deux blocs ont chacun un conflit auquel il leur faut faire face. Le 4 novembre 1979, c'est le début de la crise des otages entre l'Iran et Les USA. Brejnev en profite pour aider un parti communiste ami en Afghanistan le mois suivant. Le monde arabe devient un enjeu capital pour les deux blocs, chacun des deux étant résolus à ne pas perdre devant des puissances économiques et militaires moyennes voire mineures.
Des problèmes surgissent en Pologne malgré la réussite économique, car Gierek perpétue une politique anticléricale très forte, que le nouveau pape polonais combat âprement via ses fidèles. La santé de Brejnev décline rapidement. Ota Sik use de son influence pour faire écarter Iouri Andropov et faire désigner Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev, perçu comme plus ouvert, au poste de premier général du Parti en novembre 1982. Willy Brandt parvient grâce au voix de la RDA à devenir le premier chancelier d'une Allemagne réunifiée. Grâce à la troisième voie d'Ota Sik, la victoire du bloc socialiste semble totale, bénéficiant de l'appui démocratique des peuples.
Mais la question religieuse devient l'épine dans le pied qui infecte le monde entier. L'exaltation religieuse des combattants musulmans en Iran ou en Afghanistan, voire en Yougoslavie, un pape polonais qui maintient en Espagne, en Italie et en Pologne une agitation contre la laïcité de l'état et celle de l'éducation, et la question de l'état d'Israël qui tente un blocus sur le nouvel Etat Palestinien et menace de bombarder tous les quatre jours le palais présidentiel de Yasser Arafat compromet chaque jour un peu plus la sécurité dans le monde. L'avance technologique américaine se réduit, surtout depuis que les fusées Ariane Européennes partent de Baïkonour.
En 1983, c'est Jacques Chirac qui est élu à la tête de l'État Français, avec François Mitterrand en premier ministre au grand dam du chef de parti centriste, Valery Giscard d'Estaing, afin de constituer un front libéral étendu au parti socialiste pour battre le parti néo-communiste de Georges Marchais. Derrière lui rodent tous les pouvoirs libéraux et religieux d'Europe. La France se lance dans un programme économique désastreux au prétexte de retrouver un statut de grande puissance, et dans une politique africaine apparemment pro-démocratique, mais qui permet aux vieux despotes d'utiliser des institutions démocratiques artificielles pour rester au pouvoir.
Ota Sik démissionne en mars 1984 de toutes ses fonctions après avoir permis à l'Espagne, aidée économiquement, de rejoindre le CESREP.
Il accepte alors une chaire à à la Haute école des sciences économiques et sociales de Saint-Gallen, en Suisse pour y enseigner l'économie jusqu'en 1989. Depuis lors, il aurait retravaillé son essai sur « la troisième voie : la théorie marxiste-léniniste et la société industrielle moderne » afin de le mettre en conformité avec le système de bourse mondiale actuel ». Néanmoins, aucune note dans ce sens n'a été retrouvée. D'après son entourage, il aurait prédit une grave crise financière qui secouerait le monde comme il ne l'avait jamais été auparavant, car la troisième voie du bloc européen laisse trop le contrôle des flux financiers aux bourses capitalistes, que les deux blocs s'épuisent dans les « guerres de religion » et que l'Amérique refuse de reconnaître sa défaite face au désir des peuples de vivre le socialisme à visage humain. En ce mois d'août 2004, dans toutes les républiques unifiées d'Europe et d'Asie, c'est un sentiment de tristesse qui domine à l'annonce de la mort de cet homme qui, par son action et ses idées, a fait évoluer le monde peut-être plus que nous pourrions le concevoir.
Cet article semble avoir été découpé sur un exemplaire de la Pravda daté du 25 /08/2004. Ludvik Vaculik, contacté à son domicile de Toronto, prétend ne l'avoir jamais écrit. Les différents exemplaires de la Pravda à cette date que j'ai pu consulter n'en portent pas de trace non plus.
Ota Sik est bien mort ce jour-là, mais à part dans le milieu de l'économie, et quelques hommes politiques tchèques, qui le connaissait ? Et pourquoi le camarade Poutine, mon chef, directeur du FSB et aujourd'hui introuvable, le gardait avec d'autres articles de la Pravda du 25 /09/04 tout aussi fantaisistes. Sur certains, on parle même de lui comme Président de la fédération de Russie. Des faux ? C'est finalement ce que nous allons conclure, même si ses mobiles nous dépassent.
FIN Notes de l'auteur
A part le narrateur, entièrement fictif, cette uchronie est basée sur des évènements et des personnages réels, dont la plupart sont encore vivants. Cette spéculation politique ne vise en rien à juger ou a déranger des personnes qui ont, ou ont eu un rôle important dans l'histoire de ces quarante dernières années. L'intérêt est cette spéculation sur cette "troisième voie économique, si elle avait pu s'exprimer en Tchécoslovaquie tout d'abord si le printemps de Prague n'avait pas été réprimé. La base de données altérée s'est inspirée de l'encyclopédie en ligne Wikipédia, qui est une source d'information comme d'inspiration formidable.
Le début de l'article est aussi réel (source http://www.radio.cz/fr/article/57457 , écrit par Alain Slivinský), mais le nom que j'ai choisi n'est pas un inconnu non plus.
Ludvik Vaculik est un journaliste, qui profitant de la liberté d'expression du printemps de Prague a publié le "Manifeste des 2000 mots". Il réside aujourd'hui à Toronto.
http://www.inlibroveritas.net/auteur7720.html
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