Jean-Baptiste Messier - Manque de (re)père et névrose obsessionnelle religieuse - texte intégral

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Manque de (re)père et névrose obsessionnelle religieuse

Par Jean-Baptiste Messier

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Table des matières
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Dieu, figure paternelle, religion névrose universelle ?

3. L’élaboration théorique du problème
3.1      Le développement des présupposés
3.1.1            Dieu représente une figure paternelle.
Les diverses expressions que l’on retrouve dans la bible me semblent dès le premier abord suffisantes pour justifier de voir en Dieu une figure paternelle. Si l’on se penche sur l’ancien testament (qui est reconnu par les musulmans aussi), on trouve un Dieu protecteur qui ouvre la mer rouge à Moïse mais qui en même temps est prompte à s’enflammer en cas de désobéissance (épisode du veau d’or). Si l’on regarde, le nouveau testament, la référence y est encore plus explicite puisque finalement elle deviendra une religion du Père, du Fils et du Saint Esprit. Mais où se trouve la Mère serait on tenté de se demander ? Et Michel Ange n’a-t-il pas immortalisé dans la chapelle Sixtine, l’image d’un Dieu à la barbe fournie et Adam qui semble être son fils ?
Toutefois il me paraît intéressant de reprendre brièvement le cheminement de Freud qui, du totémisme à la religion monothéiste, évoque le substitut de figure paternelle. Au commencement de tout[1] est le meurtre du père par ses fils un peu comme Zeus (roi des dieux et qui lui aussi représente une figure paternelle) qui envoie son père Chronos hors de sa création. Et une fois le père originel tué, Freud (1912, p. 107) écrit : « La psychanalyse nous a révélé que l’animal totémique servait en réalité de substitution au père, et ceci nous explique la contradiction que nous avons signalée plus haut : d’une part, la défense de tuer l’animal ; d’autre part, la fête qui suit sa mort, fête précédée d’une explosion de tristesse."
L’attitude affective ambivalente qui, aujourd’hui encore, caractérise le complexe paternel chez nos enfants et se prolonge quelquefois jusque dans la vie adulte, s’étendrait également à l’animal totémique qui sert de substitution au père. »
Pour Freud, la religion n’est qu’une forme plus achevée du totémisme. L’attitude ambivalente envers le totem qui est le substitut du père originel, faite à la fois de peur, d’admiration, d’amour et de haine subsiste donc dans la religion.
La religion chrétienne en particulier contient en elle certaines résurgences du totémisme. (« mais la communion chrétienne n’est au fond qu’une nouvelle suppression du père une répétition de l’acte ayant besoin d’expiation. , Freud, 1912 p. 117)»
Freud va plus loin en suggérant même que l’idée de Dieu pour chaque individu dépend de son expérience particulière avec son propre père. Il note ainsi (1912, p 112) : « Mais de l’examen psychanalytique de l’individu, il ressort avec une évidence particulière que pour chacun le dieu est fait à l’image du père, que l’attitude personnelle de chacun à l’égard du dieu dépend de son attitude à l’égard de son père charnel (…) dieu n’est au fond qu’un père d’une dignité plus élevée. »
Bernard Lemaigre commente (2001, p. 568) : « la vie de Kierkegaard, son devenir auteur, est placé lui-même entièrement sous l’égide du père et de Dieu… »
Il nous cite Kierkagaard (2001, p. 573) : « car c’est de mon père que je sais ce qu’est l’amour d’un père, et par là j’ai pris une idée de l’amour paternel de Dieu, ma seule chose inébranlable dans la vie, le vrai point d’Archimède.»  »
 3.1.2      Le complexe paternel est réveillé à l’adolescence.
Selon la perspective freudienne, le développement psychique de l’individu passe par plusieurs stades psychosexuels : stade oral (notamment fusionnel avec la mère), stade anal (l’enfant cherche à maîtriser, contrôler, son environnement), stade phallique (l’enfant s’intéresse aux différences entre sexes, à la procréation, autoérotisme) puis après une période de latence (due à un décalage entre la libido de l’enfant et ses possibilités biologiques), le stade génital où le désir sexuel va pouvoir (de par son développement physiologique) prendre sa maturité et ce sous l’effet d’une libido plus intense. C’est au niveau du stade phallique que l’enfant connaît une première période oedipienne donc entre 3 et 7 ans environ. Ensuite ce complexe est soit détruit (du fait de l’action du père et de sa menace de castration par exemple) soit refoulé. La survenue de la puberté marque donc pour Freud le début de l’adolescence et l’entrée dans le stade génital où le complexe d’Œdipe réapparaîtra dans toute sa vigueur s’il n’a pas été totalement détruit lors du stade phallique (retour du refoulé).
Il n’est pas difficile de reconnaître le complexe paternel et son ambivalence dans la description que nous fait Anna Freud des adolescents.
Anna Freud (1936), « ils oscillent entre la soumission aveugle à un chef quelconque et la rebellion bravant son autorité, ils sont égoïstes et matérialistes, mais simultanément, ils se révèlent débordant d’idéalisme exalté.»  »
Bernard Lemaigre cite Kierkegaard qui parle de son père (2001, p. 569) : « mon père, l’homme que j’ai le plus aimé et qu’est-ce à dire ? Qu’il était l’homme qui m’avait rendu malheureux - mais par amour. » Encore l’ambivalence. Plus loin, Lemaigre note que Kierkegaard traversa de façon violente la crise de l’adolescence. Il cite Kierkegaard : « il s’agit de comprendre ma destination, de savoir ce que veut la divinité au fond que je fasse ; de trouver une vérité qui en soit une pour moi, de trouver l’idée pour laquelle je veux vivre et mourir. »
Selon Laplanche et Pontalis, « Lorsque le moi n’a guère pu provoquer plus qu’un refoulement du complexe, ce dernier demeure dans le ça à l’état inconscient : plus tard il manifestera une action pathogène » (Freud, 1924)
3. 2 L’état de la question
3.2.1      Le cadre psychanalytique : le développement d’une névrose obsessionnelle
Selon Laplanche et Pontalis (1967, p. 284) « L’entité névrose obsessionnelle est une entité nosographique universellement admise ». De plus « Au point de vue des symptômes, elle se caractérise par des symptômes dits compulsionnels : idées obsédantes, compulsion à accomplir des actes indésirables, lutte contre ces pensées et ces tendances, rites conjuratoires, etc. et par un mode de pensée que caractérisent notamment la rumination mentale, le doute, les scrupules et qui aboutit à des inhibitions de la pensée et de l’action. »
On peut voir dans ses symptômes l’envie de se maîtriser, l’impression illusoire de se contrôler grâce à des rites, ou de satisfaire des scrupules excessifs… tout cela nous ramène naturellement au stade anal.  »
Bernard Lemaigre cite Kierkegaard qui parle de son père (2001, p. 569) : « mon père, l’homme que j’ai le plus aimé et qu’est-ce à dire ? Qu’il était l’homme qui m’avait rendu malheureux - mais par amour. » Encore l’ambivalence. Plus loin, Lemaigre note que Kierkegaard traversa de façon violente la crise de l’adolescence. Il cite Kierkegaard : « il s’agit de comprendre ma destination, de savoir ce que veut la divinité au fond que je fasse ; de trouver une vérité qui en soit une pour moi, de trouver l’idée pour laquelle je veux vivre et mourir. »
Selon Laplanche et Pontalis, « Lorsque le moi n’a guère pu provoquer plus qu’un refoulement du complexe, ce dernier demeure dans le ça à l’état inconscient : plus tard il manifestera une action pathogène » (Freud, 1924)
3. 2 L’état de la question
3.2.1      Le cadre psychanalytique : le développement d’une névrose obsessionnelle
Selon Laplanche et Pontalis (1967, p. 284) « L’entité névrose obsessionnelle est une entité nosographique universellement admise ». De plus « Au point de vue des symptômes, elle se caractérise par des symptômes dits compulsionnels : idées obsédantes, compulsion à accomplir des actes indésirables, lutte contre ces pensées et ces tendances, rites conjuratoires, etc. et par un mode de pensée que caractérisent notamment la rumination mentale, le doute, les scrupules et qui aboutit à des inhibitions de la pensée et de l’action. »
On peut voir dans ses symptômes l’envie de se maîtriser, l’impression illusoire de se contrôler grâce à des rites, ou de satisfaire des scrupules excessifs… tout cela nous ramène naturellement au stade anal. angoisse [surligné volontairement].
(…) On devrait supposer que l’humanité, considérée comme un tout, entre au cours de son développement séculaire dans des états qui sont analogues aux névroses, et ce pour les mêmes raisons, parce que, aux temps de son ignorance et de sa faiblesse intellectuelle, c’est seulement par des forces purement affectives qu’elle a réalisé les renoncements pulsionnels indispensables à la vie en commun des hommes. Les précipités de processus similaires aux refoulements survenus à l’époque préhistorique resteraient alors pour longtemps inhérents à la culture. La religion serait la névrose de contrainte universelle de l’humanité, comme celle de l’enfant, elle serait issue du complexe d’Œdipe, de la relation au père. »
En fait, l’humanité a transféré les mêmes sentiments qu’elle entretient vis-à-vis du père sur la nature puis sur Dieu, c'est-à-dire un sentiment de peur, d’impuissance mêlé d’admiration. Ce sentiment ambivalent, on le retrouve dans le complexe paternel.
Freud (1927, p 45) ajoute « Avec cela concorde bien aussi le fait que l’homme de croyance et de piété est éminemment protégé contre le danger de certaines affections névrotiques ; l’adoption de la névrose universelle le dispense de la tâche de former un névrose personnelle. »
Pourtant, et c’est là où je me démarque de Freud, car il faut toujours savoir garder un peu de recul, il me semble que sa position vis-à-vis de la religion considérée comme névrose universelle vient en grande partie du fait qu’il est athée. Or c’est une position métaphysique qu’on ne peut trancher (Dieu existe ou pas ?), et ce qui le montre d’une certaine manière, c’est que Jung, croyant et protestant et rénovateur de la tradition alchimique n’aura pas du tout la même position d’un point de vue psychanalytique sur la religion.
Pour Jung l’être humain possède une fonction religieuse naturelle, et il tirera cette conclusion de sa pratique clinique (« psychologie et religion »). Ce qui met en évidence que suivant la position de celui qui écoute et regarde, on peut arriver à des conclusions fort différentes ! Mon intention n’est pas de trancher mais de proposer une position qui permette d’éviter Le « Problème ». Cette position consiste à dire que la religion présente certains aspects propices sous lesquels peuvent se travestir aisément une névrose obsessionnelle personnelle.
Kierkegaard nous dit : «  l’existence entière me remplit d’angoisse depuis le moindre moucheron jusqu’au mystère de l’incarnation ; elle est toute entière inexplicable pour moi (…) Nul ne peut la connaître sinon Dieu dans le Ciel et il ne veut pas me consoler. Nul ne le peut sinon Dieu dans le ciel et il ne veut pas avoir pitié. »
On reconnaît ici le sentiment d’angoisse qui est décrit comme moteur chez Freud, on reconnaît aussi l’ambivalence de sentiment vis-à-vis de Dieu tantôt décrit comme sans cœur tantôt comme source d’amour paternel.
 
3.2.3      La relation entre actes obsédants et exercice religieux
Freud (1907, p. 7) souligne « la ressemblance entre le cérémonial névrotique et les actes sacrés du rite religieux : dans la peur, engendrée par la conscience, en cas d’omission, dans la complète isolation de toutes les autres activités (défense d’être dérangé) et dans le caractère consciencieux et méticuleux de l’execution. »
Mais il y a des différences frappantes, toute comparaison paraît « sacrilège » (1907, p.7) : « la plus grande diversité des actes cérémoniaux par opposition à la stéréotypie du rite (prière, génuflexion, etc.) le caractère privé de ceux-ci par opposition au caractère public et collectif des exercices religieux ; et surtout cette différence que les petits actes du cérémonial religieux ont un sens et une intention symbolique, tandis que ceux du cérémonial névrotique semblent niais et dénués de sens. La névrose obsessionnelle semble ici la caricature mi-comique, mi-lamentable d’une religion privée. »
Mais cette différence disparaît grâce au travail psychanalytique. Car les actes obsédants ont un sens et une portée symbolique (conclusion tirée de l’étude de plusieurs cas). Il faut les interpréter soit biographiquement soit symboliquement.
La répression et le renoncement à l’expression de certaines pulsions sont communs au névrosé et au dévot. Freud observe ainsi de manière presque humoristique (1907, p. 11) :
« Des récidives totales de péché sont même plus fréquentes chez le dévot que chez le névrosé et elles conditionnent une nouvelle espèce d’activité religieuse, les actes de pénitence, auxquels on trouve des pendants dans la névrose obsessionnelle. »
Il en vient à cette conclusion : « en vertu de ces concordances et analogies, on pourrait se risquer à concevoir la névrose obsessionnelle comme constituant un pendant pathologique de la formation des religions, et à qualifier la névrose de religiosité individuelle, le religion de névrose obsessionnelle universelle ». Pourtant on pourrait tout aussi bien conclure que la pratique religieuse de certaines personnes est l’expression d’une névrose obsessionnelle mais que ce fait ne vaut pas de manière universelle.
Peu après la mort de son père, Kierkegaard songe à devenir Pasteur mais finalement y renonce. Lemaigre (2001, p. 573) : « non ! Kierkegaard ne peut rentrer dans l’institution ecclésiale : il doit demeurer le veilleur, l’espion du Très-Haut. Même s’il doit tempérer sa fièvre d’écrire, profondément liée à sa mélancolie et à sa culpabilité, il doit rester à son poste :
« … c’est pour avoir commencé avec une lourde conscience ma production littéraire que je me suis efforcé avec un soin extrême de lui donner tant de pureté qu’elle put réduire ma dette
«  mais à présent Dieu a d’autres intentions. Je ne sais quoi s’agite là en moi qui présage une métamorphose… aussi dois-je maintenant me tenir tranquille, ne pas travailler avec trop d’effort… mais tâcher de revenir à moi-même, bien pénétrer la pensée de ma mélancolie en compagnie de Dieu sans m’échapper. Ainsi ma mélancolie sera ôtée et le christianisme entrera d’avantage en moi »
Plusieurs choses sont entrevues ici la mélancolie (la sensation de manque qui n’a cessé de poursuivre Kierkegaard même avant la mort de son père), la culpabilité (« la dette ») et la recherche de pureté avec un « soin extrême » qui en découle presque logiquement. Le plus intéressant et le plus délicat étant le lien, l’espoir qui est mis ici entre le fait d’ôter sa mélancolie et l’épanouissement en lui du christianisme. Peut-on faire un raccourci et dire l’espoir d’ôter le manque de père pour le remplir par le Père ?

NOTE :
 
[1] idée reprise de Darwin dans sa théorie de l’évolution de l’homme et des espèces.

 

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