3. Perte du père et névrose obessionnelle de type religieux
La question de départ : Perte du père, névrose obsessionnelle de type religieux ?A l’époque de l’adolescence, les orphelins de père garçon sont-ils enclins à développer une névrose obsessionnelle de type religieux ?
Pourquoi s’intéresser à des orphelins de père ? Parce que si nous partons du fait que Dieu est une figue paternelle, alors les orphelins de père sont bien les personnes les plus susceptibles d’opérer un réinvestissement de leur libido sur Dieu en tant que figure paternelle et par là même de développer une névrose de type religieux. En ce sens on peut dire qu’ils sont un « cas limite » a priori sur une échelle de l’absence de père qui irait du père très présent (physiquement et psychologiquement) au père absent. Par névrose obsessionnelle de type religieux j’entendrais une névrose obsessionnelle dont les symptômes (TOC dans le DSM IV) se cachent sous les oripeaux de la pratique de la religion.
Il m’a paru intéressant de délimiter cette question au moment de l’adolescence, car c’est bien souvent une période de questionnement ou tout au moins de transformation et parfois même de crise existentielle. Par ailleurs, c’est à cette période que la période de latence définie par Freud (1905) se termine et que la libido se libère une nouvelle fois. Dans le cas d’un oedipe détruit, la menace de castration a joué son rôle et l’adolescent est capable d’investir sa libido sur d’autres objets que sa mère ou son père.
Cependant dans le cas de l’orphelin de père, on peut faire l’hypothèse que le complexe paternel est plus fort, c’est à dire que le sentiment de « désaide&
#091;1] » vis-à-vis de l’existence et le besoin de protection plus élevé. On peut aussi imaginer une colère du fait d’avoir été « abandonné » par son père. Sentiment d’ambivalence typique du complexe paternel. On peut alors imaginer deux conséquences : 1) le complexe paternel est plus difficile à résoudre du fait d’une angoisse et d’une colère plus forte 2) la pratique d’une religion notamment monothéiste (Dieu le père) pourrait être un terrain propice pour le développement d’une névrose obsessionnelle en réaction à ce fort complexe paternel.
Il s’agit donc de mettre en lumière le lien entre le fait d’être orphelin de père et avoir un terrain plus propice pour développer une névrose de contrainte de type religieux (cf. "l’avenir d’une illusion" de Freud, 1927).
Pourtant, il ne s’agit pas pour moi de prétendre que toute personne croyante a développé une névrose obsessionnelle mais simplement de dire que certaines personnes (les orphelins de père) se disent croyants mais pas forcément pour les bonnes raisons. De même il m’apparaît évident qu’il existe des orphelins de père croyants pour les bonnes raisons et ne développant pas de névrose obsessionnelle, c'est-à-dire expérimentant une expérience psychologique particulière (développée par C. G. Jung notamment).
Je suis donc moins radical que Freud, qui était athée, dans son approche de la religion (qualifiée de « névrose universelle » dans l’avenir d’une illusion).
Il s’agirait de mettre en évidence le lien entre la perte ou l’absence du père et le recours à la religion de manière obsessionnelle dont les symptômes sont les idées obsédantes, la compulsion à accomplir des actes indésirables, la lutte contre ces pensées et ces actes, la présence de rituels conjuratoires.
Tout ce qui mettrait en exergue un conflit entre le ça et le surmoi. Dit de façon schématique, le surmoi prendrait les oripeaux de la religion pour contrecarrer les pulsions venant du ça. Bien évidemment ce conflit est générateur d’angoisse, on pourrait dire que c’est un processus qui s’auto-entretient.
NOTE :
[1] « désaide » est le néologisme employé pour traduire le sentiment de manque d’aide, de désemparement, de déréliction, de détresse (Hilflosigkeit) par rapport à l’existence dans « l’avenir d’une illusion » (1927)
Chapitre suivant : Dieu, figure paternelle, religion névrose universelle ?