2. Père, pourquoi m'as tu abandonné ?
Introduction : « Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? [1]»Tout d’abord il est à noter que la thématique du père absent (pas seulement physiquement mais psychologiquement) est un thème d’actualité dans les sociétés occidentales (cf. le succès de livres comme père manquant, fils manqué de Guy Corneau, 1989). Des pères travaillent beaucoup, des familles sont monoparentales et le plus souvent les enfants sont à la garde de la mère.
Ensuite si nous nous intéressons à l’histoire des pères fondateurs des religions monothéistes soit Moïse (judaïsme), Jésus (christianisme) et Mohammed (Islam), telle qu’elle nous est connue, chacun a un rapport au père assez particulier. Il nous est ainsi dit que Moïse est un enfant abandonné et sera récupéré par une fille de pharaon. Quant à Jésus, il n’a pas de père terrestre à proprement parler, en tous cas la paternité est déniée. En ce qui concerne Mohammed, son père est décédé avant qu’il soit né.
Si je me suis intéressé à ce sujet, c’est à la fois pour des raisons personnelles, mais aussi parce que l’approche de la religiosité dans la psychanalyse sera une importante pierre d’achoppement notamment entre Freud et Jung. En effet si les pulsions dans l’homme ne sont que libido sexuelle, on ne peut envisager de transcendance alors que si on envisage la libido comme une énergie psychique, alors elle est libre de s’investir dans différentes fonctions, notamment la fonction religieuse. Il ne s’agira pas de trancher le débat ici bien évidemment mais il apparaîtra en filigranne.
De plus nous évoquerons, d’après un article de Bernard Lemaigre[2] la figure de Kierkegaard à plusieurs reprises, qui a perdu son père à l’âge de 25 ans.
Ce sera un peu comme un cas clinique que j’essaierai d’évoquer à la manière « phénoménologique »,
sans porter de jugement, qui constituera le fil rouge de notre exposé. Lemaigre écrit ainsi : « De quoi est faite la tonalité intérieure de Kierkegaard ? d’une impuissance spirituelle totale, « d’une nostalgie consumante, presque un rut de l’esprit et pourtant si dépourvue de contour que je ne sais même pas ce qui me manque » (dixit Kierkegaard) »
NOTES :
[1] Psaume 22, évangile de Marc et de Matthieu dans la bible.
[2] Séparation, mélancolie et écriture chez Kierkegaard, cf. bibliographie.
[2] Séparation, mélancolie et écriture chez Kierkegaard, cf. bibliographie.
Chapitre suivant : 3. Perte du père et névrose obessionnelle de type religieux