Claude Cotard - L'ennemi public s'est évadé - texte intégral

In Libro Veritas

L'ennemi public s'est évadé

Par Claude Cotard

Cette oeuvre est mise à disposition du public sous un Contrat Creatives Commons (by-nd)

Vous êtes en mode de lecture plein écran. Cliquez sur le lien suivant si vous souhaitez afficher la version classique de cette oeuvre

Table des matières
Que pensez vous de cette oeuvre ?

Acte 4

Personnages présents dans cette scène par ordre d'entrée:
Nénette (N)
Simone (S)
Voix Off


Les deux femmes sont assises dans le canapé et regardent les infos
à la télé. Elles boivent leur café en même temps.
On entend les infos à la radio :


Voix off - Cette attaque frappe les hommes politiques, mais aussi
les honnêtes gens.
Une course-poursuite s'est engagée ce matin à Monaco, entre une
Golf de la marque Wolksvagen, quasiment au maximum de sa
vitesse, et la Police.
La Golf a slalomé entre les voitures, et a disparu lorsque six voitures ont créé un carambolage empêchant les policiers de poursuivre le fou du volant.
Un des policiers aurait quand même reconnu Bruno Drato au volant.
La Golf à profité du carambolage pour prendre la fuite.
Rappelons que Bruno Drato s'est évadé vendredi de la prison de La
Santé à Paris.
Les policiers sont sur les dents, n'ayant aucune trace de ce dernier
depuis l'incident qui, rappelons s'est opérée sans infusion de sang.

N soudain inquiète fait un bon. S la rassure.

S - Ne t’en fait pas, je l’ai eu ce matin au téléphone, ils sont à arrivé
à Kingston mardi, ce n’était donc pas lui à Monaco !
N - Et tout va bien ? Tu sais, c’est vraiment chouette de la part de
vous deux de nous prendre avec vous à l’hôtel !
S - De toute façon, il nous fallait du personnel, alors pourquoi pas
des associés !
N - Oui, le bonheur est réel, palpable, mais il peut partir aussi vite
qu’il y vient, alors j’attends avec impatience d’y être. Des chances
comme ça, ça ne se présente qu’une fois.

S prend N dans ses bras.

S - Je suis sûr que ça se passera bien ! Nous sommes tous entre les
mains de Dieu...
N - Pourvu qu'il ne décide pas à applaudir !

Elles rient, puis N se lève pour aller regarder les livres à la
bibliothèque, en sort un et s’adresse à sa mère. N - Il est bien celui-là.
S (laconiquement) - non
N - Tu l'as lu ?
S - Non. Et je ne le lirai jamais. Vois-tu, ce livre, trois de mes amis
me l'ont déjà emprunté et tous les trois me l'ont rendu. C'est un test
qui ne pardonne pas.
N - Tu peux m'aider à chercher un livre ?
S - Certainement, lequel ?
N - Un livre sur " l'homme, le sexe fort " ...
S - Ha non je n’ai pas de livres de science-fiction.

Un téléphone portable sonne. S sort le sien et réponds.
Elle fais signe à
N que c’est Bruno.

S - Ah parfait alors, et bien nous, nous partons demain à 11 h 45. Et
avec Patrick tout va comme tu veux ?

N repose le livre et s’approche de S.

N (chuchote) - donne-leur le bonjour !

S Fait signe de la tête que oui.

S - Tu as le bonjour de Nénette, et tout ce que tu penses pour son
homme !

Puis S continue à discuter en se rendant devant la fenêtre, pendant
que
N éteint la télé elle va danser le reggae en avant scène (on
entend la musique reggae en fond léger)...
S Se met à danser aussi
tout en téléphonant. Enfin,
S raccroche et rejoins N. Elles dansent
toutes les deux.
La musique s’arrête, elles arrêtent de danser.


N - Alors ?
S - Alors, tout va bien ! Ça y est. Cet animal de Bruno s’en est tiré !
Il a mis Patrick au bar, et bien figure-toi qu’il se montre très doué !
Bruno à découvert en lui un barman de talent !

N saute sur place de joie.

N - Bravo ! Bravo ! C’est épatant !, j’en avais le pressentiment, un
truc honnête où mon chéri s’éclate ! Et pour le voyage ça a été ?
S - Oh tu sais, il n’y a plus de barrage pour la Belgique, et deux
paysans roulant en 2 CV, avec des oeufs et des bottes de poireaux
sur le siège arrière, respectant les limitations de vitesse, ça ne se
remarque pas, surtout par les flics.
N - C’est vrai que grimé comme il était, j’ai eu du mal à reconnaître
Bruno ! J’avais peur, je pensais que l'on pouvait reconnaître un
bandit dans la nature, comme on reconnaît un chêne, ou une carotte.
S - Et une fois à l’aéroport, pas de soucis. Le pilote était un vieil ami
de mon homme.

S - Tu vois, moi, je me console du bras d'honneur qu'elle m'a fait, la
Providence, en me disant que c'est finalement heureux que j’ai
rencontré Bruno. Comme quoi, d'avoir l'ambition modeste, ça aide à
supporter les coups du sort..
N - Oui quand papa t’a quitté, je m'en suis rappelé hier quand tu
m’as présenté Bruno, comme si ça me serait arrivé demain.

S la regarde étrangement.
 

S - Mais qu’est-ce qui t’arrive de parler comme ton Patrick ?

N rigole.

N - Ne t’en fais pas maman, c’est un jeu entre nous, ça surprend
toujours les gens et ça nous fait rire, mais c’est fait exprès. Mais c’est vrai que nous devrions faire attention, ça va devenir une façon de parler naturelle.
S - Ça vous fait passer pour des imbéciles surtout !
N - Oui et on ne se méfie jamais assez des imbéciles ! Faire l’idiot
quand on est intelligent, c’est facile, mais le contraire c’est plus dur.
Les imbéciles heureux aspirent toujours à la confiance, tu n’as pas
remarqué ?
S (se tenant le menton et réfléchissant) - Si si, c’est vrai.

N, prenant une voix de racaille de banlieue et mimant.

N - Et ne te plaint pas, avant c’était plutôt e style : "Il a balancé
c'gros bâtard, on va lui niquer sa reum ! Nique-lui sa race à
c'bouffon !
Ziva prête moi ton gun, l'aut'bâtard y m'a manqué de respect !
S - Ah oui je préfère quand même maintenant ! Tu es bilingue alors ?
N - Ah oui et ça déchire mortel grave !

Elles rient.

S - Ça me gave à donf d’entendre parler comme ça, mais que veux
tu... à chaque génération son langage !

N éclate de rire, et, stupéfaite :

N - Maman !!!
S - Bah oui, moi aussi je suis bilingue, trilingue même, je parle argot
aussi.

S, mimant une affranchie :

S - T'en fais donc pas greluche, l'Patrick c'est pas le genre à
défourailler dans l'tas. Il a bien trop les flubes de se ramasser une
bastos dans le pétard.
N - Et bien tu m'appelles Greluche la daronne ?
S - Bon assez rit, on se boit un thé ? Après on ira au resto
N - Ah oui, ce serait parfait, j’ai hâte d’être à demain dans l’avion,
hâte d’arriver, de retrouver Patrick.
S - Si ça peut te rassurer, déjà 4 jours qu’ils sont partit et Bruno me
manque aussi !
N - Alors qu’est-ce que ça devait être long la prison !
S - L’enfer ! Pour ça que je ne veux plus connaître ça ni que toi tu
connaisses les aller — retour dans la proximité des parloirs.
N - Rassure-toi maman, c’est fini tout ça, aucune raison que ça
recommence. Quant à Patrick, fais-moi confiance pour qu’il marche
droit, surtout maintenant qu’il va être papa, mais j’ai une totale
confiance en lui, il n’a pas un fond malhonnête.
S - Bruno non plus à la base, ce sont les circonstances et de
mauvaises rencontres qui l’ont mené là. Et avec son caractère et sa
personnalité, il ne pouvait être qu’un bon. Mais tu as raison, il est
décidé à ne plus mettre les pieds en prison, ça ne vaut pas le coup
au final, et il le sait, surtout maintenant, il est trop connu en France, il ne veut pas finir comme Mesrine.
N - La vie est quand même pleine de surprises ! Mais je ne savais
pas que vous aviez un hôtel là-bas !
S - Un la bas et un en Argentine, c’est Bruno qui les as achetés avec
l’argent de ses braquages, mais il les a mis à mon nom, autrement la
justice aurait pu essayer de lui faire des soucis.
N - En Argentine ?
S - Je te le dis, mais c’est "secrète défense" ! Tu ne dis rien à
personne, mais Bruno avant de partir me disais que si tout allait bien avec vous, ce serait bien de vous mettre gérant de celui de la
Jamaïque et nous de nous occuper de celui en Argentine.
N - Mais on ne vous verra plus alors ?
S - Mais si, ne t’en fais pas, Bruno à l’intention d’acheter un avion
privé, donc on se verra régulièrement, et puis ce n’est pas avant un
an ou deux ça ! Mais je ne t’ai rien dit hein !
N - Parole de femme ! Je serais une tombe. Même Patrick ne saura
rien !
S - Alors, c’est parfait comme ça.

S sert le thé et s’assoie à côté de N sur le canapé.
 

N - Dis donc, quelle semaine quand même ! Il est bien ce Bruno, je
crois que tu as trouvé une perle !
S - Une perle que j’ai dû façonner quand même pas mal ! Avant, il
avait beau être un beau gars, c’était quand même un fameux voyou
mal barré.
N - Un coup de chance cette évasion !
S - Coup de chance peut être, parce que j’étais là aussi !
N - Toi ? Pourquoi toi ?
S - A ton avis, qui l’a organisé ? Pas lui de l’intérieur...
N - C’est toi qui l’as fait évadé ?
S - Avec quelques amis communs oui.
N (stupéfaite) - Maman !!!
S - Bah oui, tu ne l’as jamais su, mais moi aussi j’ai eu des
fréquentations pas très fréquentables dans le passé.
N - Que veux-tu dire ?
S - Tu te rappelles le gang des braqueuses dans les années 80 ?
N - Je n’étais pas née maman ! Mais tu veux dire...
S - Bah oui, nous étions cinq filles. Mais j’ai vite arrêté parce que je
suis tombée enceinte de toi. Par la suite toutes les autres ont été
arrêtées. Tu vois, j’ai eu la chance de m’arrêter à temps.

S se lève, se dirige vers un meuble, sors une vieille chemise
cartonnée, en sort une coupure de journal et la tend à
N.
 
N lis la coupure en faisant des "oh" ... des "aaah".
Enfin, elle regarde sa mère avec des yeux admiratifs.


N - Toi une braqueuse ? Alors là c’est la meilleure de la journée !
S - Personne n’est parfait !
N - Et tu en as fait d’autres après ?
S - Ah non, plus jamais, je t’ai eu, et puis ton père s’est barré avec
une grognasse, et pour moi, risquer la prison c’était risquer de te
perdre, alors j’ai préféré reprendre les études et travailler
honnêtement.
N - Et tu as rencontré Bruno ?
S - Oui, il y a 3 ans, juste après sa dernière arrestation, j’étais
visiteuse de prison alors, et je suis tombé sur lui.
N - Et amoureuse !
S - Oui, en effet ! Bruno avait déjà un charme fou pour moi et malgré l’endroit. C’est à ce moment-là que je n’ai plus supporté les prisons.
N - Et tu l’as fait évadé.
S - Oui, avec 2 contacts à lui, des amis pour qui il m’a transmis des
messages.
N - Mais tu étais sur les lieux ?
S - Non, Bruno ne voulait pas que je sois impliqué par ma présence,
au cas où il y aurait eu des témoins. Il ne voulait pas que les flics
s'intéressent à moi ni que j’apparaisse nulle part dans sa vie, pour
ma tranquillité.
N - Et cet appartement ?
S - C’est à Bruno, mais il l’a mis aussi à mon nom, puis que je
n’apparais nulle part officiellement dans sa vie. Mon casier à moi est
vierge.
N - Pfff quelle aventure ! Il a donc tout prévu ?
S - Oui, même de changer de nom. Désormais il sera Bénito
Courvoisier !
N - Ah et bien, Bénito, quel drôle de prénom !
S - Normal, Bénito Courvoisier est d’origine argentine.
N - Il en a quand même dans la tête, alors à vous deux...
S - C’est pour ça que nous sommes encore libres tous les deux !
N - Alors heureusement oui, et c’est une chance pour moi et Patrick
aussi, parce que qui sait comment il aurait fini lui, il n’a pas les
aptitudes de Bruno.

S se lève, prends les tasses et va les porter à la cuisine.
 
N, rêveuse se met à danser et à chantonner.
S Revient.


S - Tes valises sont prêtes ? On part tôt demain matin !
N - Oui, la mienne est dans la chambre.

S va dans la chambre et reviens avec deux valises qu’elle pose dans un coin près de la porte d’entrée.

S - Comme ça, ce soir on fait la fête, tout est prêt pour demain, alors peu importe à quelle heure on rentrera ce soir !
N - Tu penses à quoi ?
S - Un petit resto sur les champs, ensuite j’ai deux billets de théâtre, ça te dit ?
N - C’est pour voir quoi ? C’est avec qui ?
S - "L’ennemi public s’est évadé", avec Clovis Cornillac et Lorent
Deutch. Une pièce de boulevard.
N - Ah oui, je les adore comme comédien ! C’est génial, je suis
partante !
S - On y va ?
N - OK.

Elles sortent.
 
Noir et retour lumière assez vite.

Elles sortent de la salle de bain.

N - En tout cas, cette pièce était pas mal du tout !
S - Ah oui j’ai bien aimé aussi et Clovis joue toujours aussi bien !
N - Avoue surtout que c’est un beau gars !
S - D’autant qu’il ressemble quand même pas mal à Bruno, tu ne
trouves pas ?
N (avec un petit sourire) - J’avais remarqué oui ...

Elles rient.
Soudain, elles se taisent. Quelqu’un trifouille à la serrure de la porte d’entrée. Elles se regarde, entrent à toutes vitesse dans la chambre et reviennent à peine 2 secondes après.
La porte d’entrée s’ouvre tout doucement. Un homme entre, regarde à droite à gauche.
Les deux femmes sont cachées entre le canapé et la table de salon.
Soudain elles se lèvent.
L’homme fait un bon en arrière, surpris, et
sort un pistolet.

L’homme - Bougez pas ! Je suis Bruno Drato, l’évadé !

Les deux femmes, pointant chacune une arme vers l’inconnu
s’écrient en coeur :


S et N - ah non !!!

L’homme prend la fuite.
Le rideau se ferme.
Fin
B - Mais je ne savais pas qu’elle avait eu un môme !
P - Je ne vois pas comment tu aurai pu savoir ! Moi je ne l’ai su
qu’assez tard, juste avant sa mort. Et puis à l’époque, elle était très
jeune.
B - Elle est morte quand ? De quoi ?
P - Un cancer, il y a 17 ans. Après j’ai été élevé par ma tante.
B - Mais c’est vraiment par hasard que tu est entrée ici ?
P- Pur hasard, il y avait du bruit dans les autres appartements !

Les deux femmes entrent dans le salon et observent les deux
hommes se serrer dans les bras l’un de l’autre. Elles se regardent
aussi étonnées l’une que l’autre.


S - Je vois que ça va mieux maintenant tous les deux ! Vous roulez
pas une pelle quand même ! Je sais bien que quand c’est pas gay, tu
rames, mais quand même !
N - Ou alors, c’est le champagne...

Elles se dirigent vers la table de salon. S Remplit les coupes de
champagne. N s’assoit et observe les deux hommes qui discutent à
messe basse.


N - Si on vous dérange, vous le dites, hein les hommes, on ne
voudrait pas gêner !
B - Non, mais des weekends comme ça je n’avais encore jamais
vécu !
S - Si tu nous expliquais un peu ces effusions sentimentales !
B - Une nouvelle dépêche vient de tomber ! Mais tu fais bien de
ressortir du champagne.
S - Oui, mais si tu nous expliquais ce flash spécial.
P - C’est simple et incroyable en même temps, comme quoi parfois
le tourbillon de la vie...

Les deux filles, énervés, les mains sur les hanches.

S et N - alors quoi ???
P (En désignant B) - C’est mon père !

Le rideau se ferme