Pangloss - Le fantôme de l'Internet - texte intégral

In Libro Veritas

Le fantôme de l'Internet

Par Pangloss

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Table des matières
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Chapitre 9. Tsunami sur Hadopi

 
Pendant trois jours, il ne se passa rien. Fred attendait, prostré sur son divan, au grand désespoir de Babelutte.
 
Babelutte aimait profondément Fred. Elle comprenait, mais s'agaçait, de sa tendance à tomber amoureux de ses clientes. Des femmes en vue, des femmes de pouvoir. Après Arielle, Christiane. Quand il était rentré, la première fois, du Palais Royal, elle lui avait fait une observation sur ses chaussures teintes en rose fraise-framboise. Il avait expliqué, embarrassé, que, sortant de chez "Christiane Labalen", il était resté en contemplation devant les jets d'eau du Palais Royal, tout en dégustant une glace, et qu'un gamin l'avait bousculé. "Tu sors de chez La Baleine et tu tombes en extase devant des jets d'eau ! Un peu gros, non, le symbole ? " Elle lui avait alors tiré la tronche toute la soirée mais ne s'attendait à une telle prostration, après cette énigmatique virée à la montagne.
 
Le second jour, Fred éplucha avec délectation le Libé du matin. La Une était barrée d'un énorme : "Tsunami sur Hadopi". Sous le titre solennel "Monsieur le Président", dans un éditorial sur deux colonnes, Laurent Joffrin détaillait les éléments déchainés. A l'appel d'un comité unitaire inspiré par la grande grève de la Guadeloupe, le LKPI (Liyannaj Kont Pewkisisyon su Intewnet), des millions d'internautes téléchargeaient ou s'expédiaient à tour de bras des giga-octets de films, commerciaux ou amateurs, de photos de famille ou de toiles de maitres, d'enregistrements de vieux 33 tours,
bref tout ce qui pouvait se numériser et circuler, licitement ou pas. On signalait une Mémé libertaire de Calais qui scannait toute sa dentelle et avait bloqué La Voix du Nord par de monstrueux pdf. Les trois fournisseurs d'accès historiques, Bananoo, Cigitel et Frite.fr, avouaient 40% de résiliation de leurs abonnements. La vente des CD et DVD était tombée à presque rien et les PDG de Sony, Warner et DECCA s'étaient fendus d'une tribune libre dans un grand quotidien du soir, proposant sérieusement de mettre à l'étude une nouvelle loi fondée sur la licence globale. Le GNAC annonçait un plan social portant sur 50 % de son personnel. Les tribunaux administratifs croulaient sous le contentieux Hadopi, engorgés pour au moins cinq ans, et seuls les avocats tiraient leur épingle du jeu. La cote du Président plongeait bien au-dessous des abysses juppéens. Laurent Joffrin concluait : " Monsieur le Président, ne rajoutez pas la crise à la crise. Il faut savoir retirer une loi".
 
Et le troisième jour, Nicolas Trissotin appela Fred. Aux anges. Enthousiaste. "Monsieur Barberousse, c'est magnifique ! Vous avez gagné ! Depuis votre courriel, plus un seul message importun à l'adresse électronique privée du Ministre ! Elle est ravie, et va d'ailleurs vous adresser une invitation à diner."
 
Fred pensa à Babelutte et, avec regret, chercha un prétexte pour se dérober. Mû par une inspiration subite, il lâcha :
 
- Dites lui d'attendre un peu. Ca ne durera pas.
- Que dites-vous ??
- Un mois, pas plus. Sauf si d'ici là elle retire la loi Création et Internet.
 
- Mais... C'est un inconcevable chantage !
- Ecoutez, Monsieur le directeur de cabinet. Vous avez lu Libé, hier? Les petites histoires personnelles de Madame la Ministre seront de peu de poids dans les décisions du Président. Je lui conseillerais de prendre les devants, et de régler ses affaires elle-même avec le... la "Chose" qui la tourmente.
 
Dès le lendemain, devant le groupe parlementaire UMP profondément divisé entre les soulagés, les interloqués et les furibards, Christiane Labalen, ministre de la Culture et des Communications, annonçait la suspension de loi Hadopi et la mise à l'étude d'un nouveau projet, fondé sur le principe d'une licence globale et universelle de téléchargement, incluse dans l'abonnement aux Fournissseurs d'Accès Internet.
 
Le soir même, le Président reprenait la nouvelle à son compte, choisissant comme à l'accoutumée une formule originale : une allocution-podcast diffusée sur tous les sites de la presse écrite ou radio-télévisée, mais aussi les sites internet tels que Mediapart, Rue 89 ou Agoravox, sans oublier naturellement YouTube.
 
Les journalistes, après mûre concertation, conclurent que, comme d'habitude, le Président, las des lois inconsidérées de ses ministres incompétentes, avait choisi de sauver les derniers lambeaux de sa popularité, dans la perspective de 2012, et titrèrent que Christiane Labalen, désavouée, avait mangé son chapeau.
 
 
Fred pensa "Elle est sauvée".
 
Quelle importance ? Tout est grâce. Je crois qu'elle a démissionné presqu'aussitôt.
 
 
FIN