Jeudi, conférence à la faculté : « La détresse en prison »
Cet article sera un résumé de la conférence.
Je m'assieds, sur l'estrade un vieil homme barbu. Un Robinson des temps modernes. 63 ans. Cet homme est sorti de prison depuis trois semaines. Il décide de nous raconter ses 15 mois en prison. Le motif ? On ne le connaitra pas. La voix chevrotante, il commence son histoire. Il est arrêté un jour, 48h00 de garde à vue, il reconnaît ses torts immédiatement. Le juge d'instruction l'envoie pour 15 mois à la prison de Niort. En arrivant, il passe devant une greffière, ensuite on l'envoie dans une cellule d'un mètre sur un mèrte, histoire de lui faire comprendre ce qu'il l'attend. Sorti de cette première cellule, on lui retire toutes ses affaires personnelles, la fouille au corps commence. Nu. Il raconte que dans certaines prisons il y a une glace pour que le détenu puisse voir le spectacle, triste spectacle. Après ce premier « viol légalisé » on lui attribue un matricule. Matricule qui sera son identité pendant les 15 mois qui suivront. On lui remet ses nouvelles affaires uniformes : 3slips, 3 chaussettes, 1 pull, 1 t-shirt, 2 couvertures, 1 taie d'oreiller, un couvert (dont un couteau dont le bout est carré) et un plateau en inox.
Après cette première étape on le conduit dans une cellule dite « d'attente ». Le détenu peut y rester jusqu'à un mois, afin de le tester, de l'observer. On mesure ainsi son niveau de dangerosité. Mais peut importe, vu la surpopulation il rejoindra indubitablement une cellule sur-peuplée.
-Sa voix est parfois tremblante, il marque une pause, et reprend son discours. »
Il nous explique que toutes les 30 minutes, un garde regarde dans la cellule si tout est en place. Impossible de s'endormir plus de 30 minutes de suite.
Lorsque l'on arrive dans une prison, on passe d'abord devant le Directeur qui pose des questions sur le pourquoi du comment de son emprisonnement. Il a lu au préalable le dossier... On va ensuite voir le maitre d'école qui propose des cours. (cours que l'on doit accepter pour avoir des chances d'avoir une remise de peine) On continue avec le médecin qui, d'emblée, prescrit des calmants. Calmants à prendre tout les jours. Malgré sa sortie depuis trois semaines, il continue à prendre ses calmants. Il commence tout juste un sevrage. Après le médecin, le psychologue. (généralement quelqu'un ayant raté ses études) L'expert psychologue/ psychiatre fait des entretiens de 20m, il est payé à la feuille. 20 mn lui suffisent pour connaître toute la vie d'un détenu... Le parcours du combattant n'est pas fini, il reste la SPIP, une sorte d'assistante sociale qui est là pour aider le détenu durant sa détention. Pour 100 détenus il y a 40 gardiens, et 4 SPIP.
Au bout d'un certain temps le détenu est conduit dans une cellule de 9m². Ils étaient trois. Un placard, une étagère, un frigo, un lit, et une télévision. Pour regarder la télévision il faut payer un abonnement de 22€/mois, pour se servir de la tv, il faut une télécommande 10€, pour qu'elle fonctionne des piles 4€.
-Il décide ensuite de nous faire un historique d'une journée en prison-
7h00: la clé ouvre la cellule, la porte s'ouvre puis se referme : le réveil. Il n'oubliera jamais ce bruit.
7h15: le café. 2 g de lait, 2 g de café, 5 g de sucre. Pour avoir du café chaud, il faut de l'eau chaude, pour faire chaufferl'eau, il faut une bouilloire, pour avoir une bouilloire, il faut se l'acheter et donc avoir de l'argent. Argent que l'on a pas nécessairement si la famille ou les amis ne sont pas présents. Ce qui fût son cas. Pour le petit déjeuner, une baguette/jour. Pour avoir du beurre ou autre, il faut l'acheter à la cantine.
10h00: la promenade. 5m²/5m² à 30 personnes. 3 cours différentes : une pour les prévenus, une pour les détenus, et une pour les piqueurs. (affaire de mœurs) Il fera une fois la promenade et n'y retournera jamais. Pour éviter les ennuis.
11h00: le courrier. C'est la chose fondamentale pour tout détenu. Il est important pour soi mais aussi pour les juges d'applications des peines. (l'individu est soutenu ou non par des proches) Le courrier est lu par le juge, par les gardiens (même si c'est interdit). Seul le courrier destiné au juge ou à son avocat n'est pas lu.
11h00: le repas. -je cite-: « Je ne vais pas m'étendre sur la qualité des repas, ça n'en vaut pas la peine. »
15h00: la promenade.
17h30: le repas.
Ensuite, on dort.
Voilà ce qu'étaient ses journées à la maison d'arrêt (pour les peines de moins d'un ans) de Niort. Pour occuper ses journées on peut travailler, mais à condition qu'il y ait du travail. Le salaire avoisine les 2,50 de l'heure.
Il nous expliqua qu'il y avait beaucoup de suicides en prison, mais qu'une omerta pesait sur les chiffres. En 2008 il y a eu une augmentation de 20% du nombre de suicides dans les prisons. Or ce chiffre (115 suicides) est donnée par l'administration pénitentiaire! Les directeurs de prison ont reçu de nouvelles consignes, et ont pour interdiction de communiquer ces chiffres.
Mon article finit là. Je vous retranscris les propos de cet homme qui a pu s'exprimer simplement par ce qu'il n'était pas encore passé devant le juge d'application des peines. Une fois passé devant lui, il peut lui faire signer un papier l'interdisant de s'exprimer publiquement. S'il refuse de le signer, le juge le renverra au tribunal pour « non obéissance ». Cet homme nous a expliqué qu'il avait vu revenir un jeune après sa sortie de prison pour avoir refusé de signer.