Chapitre 7
19 février 1969C’était la date du moment selon l’estimation de Robert. Il était né au mois de novembre de cette année là, c’est-à-dire neuf mois plus tard. Maintenant il nageait parmi les cinq millions d’autres spermatozoïdes vers l’ovule qui lui donnerait naissance. Ils circulaient dans les canaux sombres et chauds du système reproducteur. Robert avait pleine conscience que cet épisode était son dernier avant de…avant de quoi ? Qu’allait-il arriver demain ? Allait-il mourir ? Allait-il se réveiller pour se rendre compte que tout cela n’était qu’un rêve ? Est-ce que le temps reprendrait sa course normale pour lui permettre de repasser encore une fois sa vie et revenir au vrai temps présent ?
La théorie la plus vraisemblable et logique était la mort, mais rien de ce qui lui arrivait était logique. Trop de questions restaient sans réponse. Peut-être qu'à sa mort, les réponses lui seraient-elles accordées ? Robert avait souvent entendu que c’était le cas quand on mourrait. Étant donné qu’il avait déjà tout revu sa vie, la reverrait-il encore une fois comme plusieurs gens disent qu’on la voit quand on meurt ?
Il repensa aux deux hommes qui avaient participés à toutes les scènes qu’il avait revues. Les verrait-il aujourd’hui ? Robert en doutait fortement. Il avait toujours été tiraillé à la vue de ces deux hommes. Les deux l’attiraient, mais de façon différente. Lorsqu’il les voyait, il ressentait le besoin de faire un choix. Mais un choix pour quoi ? Une autre question sans réponse.
C’est alors que Robert entrevit une petite lumière au loin. Elle scintillait comme une étoile en plein ciel. Sa couleur était variable ; elle oscillait entre le rouge et le blanc.
Rouge…Blanc…Rouge…Blanc…Rouge…Blanc…
Robert sentit une vague étrange et invisible le submerger. Une connaissance nouvelle l’envahissait, un savoir qui lui aiderait à faire ce qu’il avait à faire ici, en ce moment même et qui serait déterminant pour la suite des événements. Puis, il commença à comprendre.
Finalement, les deux étranges hommes s’étaient montrés. Robert se rendit compte qu’il avait été tellement intrigué par les personnages eux-mêmes qu’il n’avait pas compris l’essentiel du message qu’ils lui lançaient ; il n’avait pas compris ce qu’ils représentaient. Maintenant il comprenait. Le moment du choix était venu.
Plus il s’approchait de la lumière, plus la clarté se faisait dans son esprit. Le choix qu’il allait faire maintenant déciderait de ce qui ce passerait après. Il ne comprenait pas comment il le savait, mais il était certain que toutes les réponses à ses questions se trouvaient derrière une de ces lumières. Mais laquelle choisir ? La lumière rouge qui l’attirait depuis toujours et qui semblait lui dire qu’il trouverait facilement toutes les réponses avec elle. D’un autre côté, la lumière blanche semblait lui offrir un endroit clame, paisible où la sagesse régnait, mais il n’y avait pas le moindre signe des réponses qu’il désirait tant. C’était peut-être pour ça qu’il trouvait toujours l’homme sombre plus attirant, plus sécurisant, car il lui offrait exactement ce qu’il désirait. Mais qui cracherait sur un endroit où la paix règne comme le lui offrait la lumière blanche ?
Robert savait qu’il devait choisir entre la paix et la connaissance. Ce n’était pas un choix aisé à faire. Pourrait-il connaître la paix sans connaître les réponses qui lui torturaient l’esprit ? Il en doutait. C’était plus facile d’acquérir la paix intérieure en apaisant l’appétit de son esprit.
S’approchant toujours de la lumière, Robert su quel choix il allait faire ; il l’avait toujours su depuis la première fois où il avait rencontré les deux hommes. Les réponses, il les avait toujours voulues et il les voulait toujours. Il avait besoin d’elles pour savoir ce qui lui était arrivé. Il devait comprendre, il devait savoir. N’est-ce pas le but que l’Homme s’était fixé ? Tout étudier pour tout comprendre. C’était le propre de l’Homme d’avoir en lui une soif de savoir, une avidité à comprendre ce qui l’entourait. Robert n’était pas différent des autres. Il appartenait à la même race et c’est pourquoi il tenait tant à savoir.
Maintenant qu’il avait fait son choix, la lumière ne vacillaient plus entre le rouge et le blanc : c’était le rouge qui prédominait. Robert n’avait qu’à suivre le canal dans lequel il se trouvait et dans quelques instants, tout serait fini. Enfin il saurait, il comprendrait. Robert se remémora le rêve qu’il avait fait après son évanouissement au marché. La même image se présentait à lui en ce moment : une lumière au bout d’un tunnel, mais cette fois-ci, elle était rouge. C’était ironique que tout cela finisse comme ça avait commencé.
La lumière grandissait à vue d’œil. Dans quelques instants, il l’aurait atteint. Un doute s’installait tranquillement en lui. Avait-il fait le bon choix ? Il croyait qu'oui, mais le doute grandissait au même rythme que la lumière. C’était comme si quelque chose lui avait échappé, quelque chose dont il aurait dû se rappeler et qui aurait influencé son choix dans l’autre direction. Il n’arrivait pas à mettre son doigt dessus. Mais il était trop tard pour y penser, car il pénétrait dans la lumière.
C’est seulement à cet instant qu’il sut ce qu’il avait manqué. Le vieil homme lui avait dit un jour de se méfier de la facilité et c’était ces paroles qu’il avait ignorées ; il avait opté pour cette facilité, car il voulait connaître la vérité tout de suite. Ce à quoi il n’avait pas pensé, c’est qu’une fois que l’âme ne se pose plus de questions, il meurt. Une fois qu’il possède toutes les connaissances, à quoi peut-il servir ? S’il avait choisi l’autre lumière, il n’aurait pas connu toutes les réponses rapidement, mais elles seraient venues à lui tôt ou tard et son âme aurait survécue. Robert savait que celle-ci allait mourir à cause de la séduction qu’avait exercé sur lui sa soif de connaissance et son impatience. Robert n’était plus que son âme et celle-ci allait mourir sans qu’il ne puisse rien y faire.
La seule et mince consolation qu’il avait, c’était d’enfin comprendre ce qui lui était arrivé pour qu’il se retrouve dans cette galère. Il comprit pourquoi il avait revu sa vie. Il aurait dû y penser. En fait, il avait flirté avec la vérité quelques instants plus tôt.
Tout ce qui lui était arrivé était inévitable, il s’en rendait compte maintenant. Il comprenait pourquoi la théorie du miroir n’avait pas fonctionné. Ce fut seulement un moyen pour lui de se refuser à ce qui se produisait maintenant, de se refuser à faire le choix qu’il avait fait et regrettait déjà. Les deux hommes étaient intervenus pour l’aider à comprendre et effectuer son choix. Il avait fait le mauvais.Il aurait pu choisir une meilleure fin, car maintenant il savait que dans un cas comme dans l’autre, il serait mort. Valait-il mieux mourir avec son âme ou sans elle ? Robert aurait maintenant opté pour la première solution, mais il était trop tard. Plus il s’enfonçait dans la lumière, plus ses souvenirs s’estompaient, plus son esprit s’échappait. Ses souvenirs… Sarah… Marc… Constance… Un à un, ils sortaient de sa vie, de sa mort. Avant que son esprit sombre dans le néant, il comprit et accepta ce qui lui était arrivé le 12 octobre 1999, date à laquelle il avait commencé à mourir.
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