In Libro Veritas

Compte à rebours

Par francois lambert

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Table des matières
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Chapitre 6

18 octobre 1987

18 ans il avait maintenant. Robert se trouvait au volant de l’auto de ses parents avec une jeune fille du même âge que lui. Ils étaient allés à une fête, puis il l’avait raccompagnée chez elle. Ils se fréquentaient depuis un peu plus d’un mois. Il éprouvait pour elle des sentiments qu’il n’avait jamais éprouvés pour aucune autre fille. Il voulait lui avouer son amour, ici, maintenant, à ce moment, mais il était trop insécure, trop timide. Il ne savait pas comment lui dire tout ce que son cœur éprouvait. Elle l’invita à prendre une marche.

Robert se souvenait de ce moment comme s’il s’était produit hier. Cette très jolie fille avait été sa première petite amie. Elle avait été la première fille qu’il avait embrassée. Il s’était toujours rappelé ce premier baiser. Il y avait mis toute sa tendresse et sa passion, même s’il était totalement inexpérimenté. Jamais plus il n’avait éprouvé une telle sensation depuis. Il le regrettait. Comment avait-il pu la laisser sortir de sa vie ?

C’était une question stupide, car Robert avait revécu le moment où ils s’étaient séparés, deux mois plus tôt. Depuis qu’il avait perdu tous ses espoirs en cette fameuse journée du 10 octobre 1999, il avait revécu sa vie à l’envers.
Chaque nouvelle journée qui passait était une journée de son passé. Au début il avait eu du mal à l’accepter. La journée après avoir perdu le fameux miroir, il avait repensé aux paroles du vieil homme. Celles-ci l’avaient totalement convaincu que son hypothèse du miroir était totalement fausse. À bien y penser, elle était complètement folle et impossible. L’explication à ce qui lui arrivait devait être beaucoup plus simple. Souvent, c’étaient les solutions les plus simples qui étaient les plus difficiles à trouver.

Après qu’il eut accepté malgré lui le fait qu’il allait revivre toute sa vie à l’envers et qu’il allait mourir, non pas de vieillesse, mais dans le ventre de sa mère, il n’avait plus eu le contrôle de ses mouvements. Il ne pouvait en rien influencer les événements qui se déroulaient devant lui. Par contre, sa conscience lui appartenait toujours, elle ne rajeunissait pas et ça pouvait devenir frustrant.

Une de ces frustrations était survenue alors qu’il avait revécu la soirée où il avait été impliqué dans un accident de voiture. Il savait très bien qu’un autre véhicule allait le percuter dans les instants qui allait suivre, mais il ne pouvait rien y faire. Il était totalement impuissant sur ce qui ce passait. Il ne faisait que revivre ces instants en tant que spectateur.

Un événement imprévu s’était aussi produit peu après son acceptation des événements : le temps avait commencé à accélérer. Au lieu de passer les journées de son passé une à une, le temps faisait des sauts de plusieurs jours, plusieurs semaines et même plusieurs mois. C’est ainsi que Robert su qu’il en avait moins longtemps à vivre qu’il n’avait d’abord crû. Si le temps continuait ainsi, il en avait pour deux ou trois ans avant de se retrouver dans le ventre de sa mère. Et après, que ce passerait-il ? Il l’ignorait.

Il avait donc revécu plusieurs épisodes de sa vie ; quelques-uns uns heureux, mais d’autres plus malheureux. Il pouvait observer tous ces épisodes avec sa conscience d’homme de 30 ans qu’il était. C’est ainsi, qu’à plusieurs reprises, il avait remarqué deux personnages qu’il ne se rappelait pas avoir jamais vus durant sa vie : le mystérieux acheteur de miroir et le vieil homme.

Robert ne pouvait vivre plus de trois journées sans les apercevoir. Ils se tenaient toujours en retrait, à l’opposé l’un de l’autre, comme s’ils ne voulaient pas faire partie des événements. Il ressentait toujours les mêmes sentiments envers eux. De l’homme sombre et mystérieux il émanait toujours une puissance, une assurance et une sécurité, comme si tout avec lui était facile.

Il se sentait toujours attiré vers lui, malgré cette lueur rouge dans ses yeux. Si son corps avait été sous son contrôle, il l’aurait suivi n’importe où.

C’était toujours quand il en était rendu à ces réflexions qu’il apercevait le vieil homme, paisible et sage. Robert sentait la présence de cet homme illuminer en lui et lui réchauffer l’âme, comme l’avait faite cette étrange lumière dans son rêve. Il voulait aller leur parler à tous les deux, mais il ne savait jamais par lequel commencer. Il n’arrivait pas à se décider vers lequel il aurait voulait se diriger en premier s’il en avait été capable.

En cette soirée d’octobre, il se trouvait à marcher avec une des filles qu’il avait le plus aimées dans sa vie. Son premier amour ; elle se nommait Constance. Revenant à la situation présente, Robert s’aperçut qu’il avait été absorbé très longtemps dans ses pensées. Ils avaient fini leur marche et se trouvaient maintenant devant la porte de la maison de Constance. Elle le regardait droit dans les yeux et lui faisait de même. Robert savait ce qui allait se produire. Leur visage se rapprochèrent, puis elle apposa ses lèvres sur les siennes lui donnant son premier baiser.

Une heure plus tard, Robert retourna à sa voiture et la mit en route. Il s’arrêta à une lumière rouge. Il regarda à gauche et aperçu un homme tapis dans l’ombre qui le regardait. Il fut assailli par tous les sentiments qu’il éprouvait à la vue de cet homme. Il regarda à droite et vit le vieil homme qui se tenait sous un lampadaire qui l’illuminait. « Lequel choisir ? » se demanda une fois de plus Robert. La lumière changea au vert et Robert continua sa route tout droit.

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