Charles Baudelaire - Du Vin et du Haschisch - texte intégral

In Libro Veritas

Du Vin et du Haschisch

Par Charles Baudelaire

Oeuvre du domaine public.

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Table des matières
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EXORDE POUR LES CONFÉRENCES DONNÉES EN 1864 À BRUXELLES

Messieurs, il me paraissait oiseux de faire un traité complet des excitants, dont la caractéristique générale est d'engendrer un affaiblissement proportionné à l'excitation et un châtiment aussi cruel que la jouissance a été vive. Il serait oiseux de parler des excitants vulgaires, tels que l'absinthe, le thé, le café, le vin de quinquina ou même la coca, ou érythroxylon, cette singulière plante dont les feuilles mâchées augmentent l'énergie en diminuant le sommeil et en supprimant l'appétit, ou bien de la ciguë islandaise, dont l'absorption fait voir, dit-on, aux yeux du cerveau empoisonné les monstruosités du monde antédiluvien.
Dans tout cela il y a beaucoup de choses qui regardent les médecins. Or, je veux faire un livre non pas de pure physiologie, mais surtout de morale. Je veux prouver que les chercheurs de paradis font leur enfer, le préparent, le creusent avec un succès dont la prévision les épouvanterait peut-être.
La première partie de ce livre est entièrement de moi :
c'est le Poème du haschisch. Elle est divisée en plusieurs chapitres, dont je vous annoncerai successivement les titres. La deuxième et la troisième partie sont l'analyse d'un livre anglais excessivement curieux (Le Mangeur d'opium, de Quincey), mais j'y ai joint, par-ci par-là, mes réflexions personnelles ; mais jusqu'à quelle dose ai-je introduit ma personnalité dans l'auteur original, c'est ce que je serais actuellement bien empêché de dire. J'ai fait un tel amalgame que je ne saurais y reconnaître la part qui vient de moi, laquelle, d'ailleurs, ne peut être que fort petite.