Préface
Frédéric MarcouQuand Frédéric Marcou nous invite à partager ses rêveries, c’est la poésie qui devient le viatique de son ode à la vie, au voyage, à la femme, à qui il dédie ses mots, tout simplement parce qu’elle lui semble « autre ». Un recueil sur l’altérité par conséquent, pour tous ceux qui souffrent, ceux pour qui la vie est un combat, mais surtout pour ceux qui ne s’apitoient pas, relèvent la tête, refusant de lamenter leur vie et leur misère.
Car ce recueil de poèmes et rêveries, c’est un remède à la mélancolie. « Pleurer, c’est idiot », vain, puéril… Pourtant, l’enfance est omniprésente, sorte de paradis perdu d’une innocence originelle que Frédéric peuple de merveilleux et de fantasmagories. Dragons et chimères, fées et elfes dansent la farandole autour de princes charmants et de chevaliers à la rose en quête d’amour. L’amour… qui « transforme la vie en champ de fleurs », car ce recueil semble écrit avec le cœur, tantôt aride, figé au milieu d’une page blanche, tantôt foisonnant d’images chatoyantes, de métaphores filées, d’allégories, de néologismes, d’assonances et d’allitérations, douce musicalité «
chantant » pour nous « enchanter », dictée par « les muses » pour nous « amuser »…
Dans « Ahhh les filles », parodie auto-dérisoire d’une sorte d’inventaire à la Prévert, l’humour fuse pour se faire ironie, avant de se taire sur ce cri de « J’existe », à la fois modeste et généreux, mais aussi dérangeant… et dans cette lettre de motivation, sans objet, « si ce n’est celui du désir et du plaisir », le poète adopte délibérément un ton léger, pour résister à la facile tentation de s’affliger. Ecrire pour exorciser ? Ecrire pour s’amender ?
Vaste fresque de la quête du bonheur, fascinant « voyage intercivisationnaire », depuis la nuit des temps aux rencontres futures dans d’autres galaxies, chevaliers laser sur des montures dinosauresques et frères aliens nous chuchotent le même message subliminal, incantatoire : « N’être que soi »… Soi, face aux autres, paradoxalement proches et inaccessibles, alter ego ou pitoyables compagnons d’infortune dans ce voyage intemporel, sorte de fil d’Ariane qui nous guide vers notre monde intérieur pour nous soustraire au réel et nous libérer, en nous permettant d’affronter les chimères que nous nous sommes créées, figés dans un continuum espace/temps que Frédéric désintègre avec sa question récurrente et quasi obsessionnelle qu’il nous renvoie, impitoyablement : « Et maintenant, qu’allez vous faire ?…
»
En effet, que reste t’il à faire, si ce n’est accepter de le suivre dans sa quête du bonheur au pays des rêves et rêveries, réminiscences mythologiques ou doux pays des songes, continent vierge qui abolit les règles et invite au voyage en Utopie, vers ces Isles Bienheureuses où se retrouvent tous les poètes en mal d’ » hypothermie intellectuelle » anesthésiante pour enfin parvenir à accéder à la seule vérité, le bonheur de « n’être que soi », à cet « état de conscience dans la sérénité absolue », état de grâce et repos de l’âme, plénitude d’être soi-même.
Dans ce cheminement poétique et philosophique, le moi se fragmente « sous des tonnes de désespoir », se désagrège, pour enfin se ressouder et se dissoudre dans une lumière universelle. , sorte de révélation hors du monde, antithèse des souffrances de la vie. « … Et maintenant, qu’allons nous faire ?… » Et bien, juste prendre le temps de lire Frédéric, de nous laisser bercer par sa musique, ses mots et nous fondre dans l’infini de sa poésie de l’espoir.
Sarah T.
Le 24 février 2007
Chapitre suivant : Lettre à une amie