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Sort d’espoir
Elle était déterminée, elle, Belladona Pécla, princesse et future reine, ou plutôt ex future reine… Elle secoua la tête pour chasser ses idées noires. Elle rageait ! Comment avait-il pu ? Comment cet homme, cet ami, pire encore, son demi-frère, avait-il put agir ainsi ? Elle ne devait pas se laisser aller à sa colère, elle ne devait pas perdre le contrôle par déraison, elle devait agir avec intelligence. C’était d’ailleurs pour cela qu’elle se trouvait en ces lieux. Droite et rigide telle une statue, elle leva la tête vers le haut de la tour de cette vieille bâtisse. C’était risqué, c’était dangereux, ce n’était qu’une légende… Mais pourtant, si cette légende pouvait être vraie et si elle pouvait lui révéler ne serais-ce qu’une once de ce qu’elle est venue demander, tout pourrait s’arranger… Elle serra très fort son épée dans sa main droite. Sur son coté pendait une large besace de cuir et de longues bottes également en cuir lui montaient jusqu’aux genoux. Une tunique d’un vert foncé couvrait son buste et sa large poitrine. Elle faisait tourner bien des têtes à la cour ! Mais en cet instant elle était seule et au fond, c’était mieux ainsi. Qui savait qui étaient les espions de son demi-frère ? Les murs avaient des oreilles, elle l’avait malheureusement appris que trop bien.
Alors que leur père était mort, elle n’avait plus son soutient. Maintenant, elle devait se débrouiller avec les quelques hommes encore a ses ordres, les rares hommes que son nouvel ennemi n’avait pas réussi à convertire à coup de pièces d’or. Elle était l’aînée. Sa mère avait été l’épouse, la reine, la femme officiel. Lui était né après, d’une courtisane… Il n’avait aucun droit sur le trône ! Et pourtant… D’ailleurs, la mort de leur père restait trop floue pour la jeune femme, il y avait trop de passages noirs, trop de confusions… Elle en était certaine, il avait été assassiné, on avait voulu que son règne se termine plus tôt que prévu. C’était un bon roi, aimé de ses hommes et de son peuple, bon avec les paysans et les divers travailleurs de sa citée. Alors qui ? Pourquoi ? Pour atteindre le trône bien sûr ! Et un seul homme avait pu penser ainsi… Rageant de plus belle, l’esprit en feu et les tempes bourdonnantes de cette colère qui ne voulait se dissoudre, elle partit droit devant pour franchir les lourdes portes ouvertes devant elle. Il faisait sombre à l’intérieur de la bâtisse. On y voyait juste ce qu’il fallait pour ne pas se tordre les pieds, mais pas suffisamment pour découvrir un possible ennemi dix mètres devant. Elle frissonna, sans savoir s’il s’agissait de frissons d’excitation ou de peur. Au fond, ce n’était pas très important et ça ne changeait pas la situation. Prenant une profonde inspiration, elle progressa dans un couloir bas de plafond, avant d’arriver dans une large pièce circulaire. Trois torches éclairaient le lieu. La jeune femme en profita pour s’en saisir d’une, ainsi, elle aurait une bien meilleur visibilité. Sur le plafond, elle put éclairer de somptueuses peintures, représentants divers scènes de guerre entre elfes et humains.
Ces dessins devaient remonter à des siècles ! Devant elle, deux chemins s’ouvraient. Brièvement, sans trop réfléchir, elle porta ses pas vers la droite. Le sol était fait de larges pierres mal assemblées, certaines étaient même branlantes. Ce couloir était encore plus étroit et bas de plafond que le premier. Plus elle y pensait et moins les lieux ressemblaient à la bâtisse vue de l’extérieure. Peut-être une magie détournait les couloirs et les rendait plus profonds, plus dangereux encore que ce qu’on pouvait en voir de l’extérieure… La jeune femme préféra ne pas trop y penser. Ses bottes claquaient sur le sol branlant et quelques frissons lui parcouraient encore l’échine. Si elle c’était laissée aller, elle aurait frissonnée jusqu’à la racine de ses cheveux. Mais elle devait rester forte, son futur en dépendait ! Plus encore que cette fragile situation. Lorsqu’elle sortirait d’ici, elle devrait retourner au château et là-bas elle n’était plus en sécurité. Elle était le dernier petit fragment qui empêchait l’usurpateur du trône de s’en emparer complètement.
Lorsque ce tunnel fut passé, elle passa à un autre et enfin à un troisième. Ce dernier avait les murs blancs et sa torche rendait ses parois lumineuses. Le sol, de pierre rougeâtre, n’émettait aucun son. Belladona serra plus encore la poignée de son épée qu’elle avait gardé en main. Elle était attentive, tous les sens en alertes. Elle avait appris la légende par cœur, elle connaissait les lieux, du moins tout ce que ses livres avaient accepté de lui donner. Elle savait qu’elle approchait du but. Plus qu’une pièce et celle qu’elle recherchait se trouverait derrière. Mais avant, il y aurait une énigme. Lorsqu’elle sortit du tunnel, elle se prit à sourire.
Un sourire un peu crispé mais pourtant présent. Cette pièce était la plus éclairée qu’elle avait trouvé jusqu’à présent et en son centre se trouvait une table de pierre. Elle alla jusqu’à cette table et y posa son épée et sa torche, il n’y avait aucune crainte dans ses gestes, elle savait qu’elle ne risquait rien pour le moment. Sur la table, se trouvaient des tablettes comportant des lettres et sur la table, directement gravée dans la pierre, était présentée l’énigme. Elle put la lire facilement :
Lourd ou léger.
Triste ou joyeux.
On ne peut le choisir mais on peut en décider les courbes.
Elle n’ut pas à réfléchir longtemps malgré une légère angoisse. C’était si facile. Elle nageait littéralement dedans ! D’une main délicate et légèrement bronzée, elle prit quelques tablettes et écrivit au-dessus de l’énigme :Destin
Rien ne se produisit. Belladona se crispa. Il y avait deux solutions : ou une porte s’ouvrait dans le mur en face d’elle, ou bien un trou béant allait s’ouvrir sous ses pieds et l’emporter dans le ventre de la terre… Sa torche s’éteignit dans un vent qu’elle ne sentit pas. Elle ne put s’empêcher de se saisir de son épée d’une main et de s’accrocher à la table de pierre de l’autre. Le temps passa, les minutes devinrent interminables.Ses tempes bourdonnaient plus encore. Lorsque enfin, dans un grondement sourd, la porte tant attendue s’ouvrit. La jeune femme soupira, elle était si proche du but qu’elle croyait pouvoir tout espérer. Desserrant son étreinte de la table, elle porta ses pas en avant sans plus attendre. La porte passée, elle arriva dans une pièce éclairée de rouge cette fois. La salle était immense, le plafond tellement haut qu’on parvenait à peine à le discerner. Elle pressa fort la lame de son épée contre son ventre, cette arme appartenait à son père et son contact la rassurait et lui donnait des forces supplémentaires. Elle ne devait pas se tromper. Elle ne devait omettre aucun détail. Inspirant fort, fronçant les sourcils, elle se porta encore une fois de l’avant. Elle savait ce qu’elle devait faire. Elle l’avait appris par cœur. Arrivant comme attendu devant un large bain couleur de sang, elle s’assit en s’accroupissant. Elle posa son épée tout contre elle et plia ses jambes devant le trou pour ne pas toucher son contenu. Retirant ses bottes sans attendre plus longtemps, elle soupira. La légende ne disait pas ce que contenait le trou. C’était rouge foncé, épais, gluant. Ca, il suffisait de l’observer pour le savoir ! Pourtant, à quoi bon attendre ? Elle savait pourquoi elle était là, elle savait quoi faire et elle n’avait pas vraiment le choix. Ainsi trempa-t-elle ses pieds dans l’étrange bain. C’était tiède, presque agréable, sans odeur. Prenant appui sur ses fesses et gardant son dos bien droit, elle prit un peu de liquide épais du bout de ses doigts, les yeux fermés, elle s’en appliqua sur les tempes et le front. Les yeux toujours fermés, les mains en avant paumes vers le plafond, elle prononça doucement, d’une voix à peine audible :
« Oh maître, homme des temps, homme de gloire,
Viens à moi, présente-toi devant ta fille
Et offre-moi le savoir qu’il me manque.
Oh maître des hommes et des chevaux,
Créature d’un autre âge et roi du savoir,
Oblige-moi à te servir en échange du futur.
Oh mon maître, homme sage et héroïque,
Apparais devant moi pour m’indiquer
La route du savoir qui me fait défaut. »
Une lumière rouge et aveuglante apparut devant elle, mais elle ne la vit pas les yeux toujours fermés. Elle pouvait toutefois sentir sa chaleur sur sa peau. Consciente d’avoir certainement réussi et que la créature appelée serait bientôt présente, elle reprit son épée en main, dans un réflexe.- Lâche cette arme.
La jeune femme sursauta tant qu’elle la lâcha brusquement. L’épée tomba dans un bruit de métal qui résonna le long des murs. Elle aurait du s’excuser, mais les yeux maintenant ouverts, elle ne savait pas quoi dire, sa gorge était sèche, son dos plein de sueur, son front bouillant. Comment devait-elle agir maintenant ? En face d’elle, en suspens au-dessus de la matière pâteuse, un immense centaure lui faisait face. L’homme cheval portait une armure brillante et de haute qualité. Finement ciselée, portant ça et là des joyaux, son armure valait celle des plus grands rois.
Sa peau brune brillait d’une sueur qui faisait saillir ses muscles puissants, ses yeux, sévères et noirs, ne quittaient pas la jeune femme qui en fut vite troublée. Elle devait lui demander, elle était là pour ça, elle avait fait tout ce chemin pour en arriver là. Mais ce centaure, ce roi, cet homme fabuleux et impressionnant s’imposait d’emblée. Belladona n’avait plus de voix, sa gorge était trop sèche, sa langue semblait emplir entièrement sa bouche.
- Que veux-tu ? Questionna le centaure d’une voix très dure.
Oui ? Que voulait-elle ? La jeune femme secoua la tête et se concentra. Elle n’était pas là pour rien !
- Je viens vous poser une question. Je viens vous demander le futur !
- Je ne lis pas le futur.
- Quoi ? S’exclama la jeune femme vraiment surprise. Mais les livres, ils disent que…
- Je suis le fantôme de Samnarokh, le plus grand roi des centaures. Je peux répondre à certaines questions, guider les gens, mais je ne lis pas leur futur, je n’en ai pas le pouvoir, ni la capacité, ni l’envie… Vous restez maître de votre avenir. Je peux te donner les trames, mais tu es la seule à pouvoir en faire les lignes.
Belladona ne répondit pas. Elle devait réfléchir, ne pas faire d’erreur et surtout ne pas offenser cet homme. Fantôme ou non, il pouvait la terrasser d’un seul geste. L’homme était bien plus grand qu’elle, d’une carrure impressionnante, son visage était dur et ses traits comme coupés au couteau. Sur son flanc, à l’avant de son corps d’équidé, une très large épée à la lame incurvée pendait dans une brillance parfaite.
Qui sait s’il n’avait pas, en plus de cette arme et de sa magie, encore une autre arme cachée ? Soupirant brièvement tout en réfléchissant à toute allure, Belladona décida de poursuivre :
- Mon demi-frère cherche à s’emparer du trône de ma famille, pas par la manière la plus légale… Je suis certaine qu’il c’est déjà débarrassé de notre père.
- Il l’a fait…
Elle le savait, elle l’avait toujours deviné, pourtant son cœur se serra si fort qu’elle crut qu’il ne voudrait jamais repartir. Ca faisait mal, là au fond d’elle, jusque dans ses tripes. Elle baissa la tête et ses yeux s’embuèrent. Non, elle ne devait pas pleurer devant lui, lui, ce centaure, n’aurait pas pleuré dans cette situation. Elle ravala ses larmes et retrouva sa fierté, droite comme une statue, la poitrine bombée, elle poursuivit :
- Il veut également ma mort n’est-ce pas ?
Le centaure eu un petit sourire en coin avant de répondre :
- Oui. Mais pourquoi me poser des questions dont tu connais les réponses ?
Il n’avait pas tort, elle ne pouvait pas lui en vouloir, elle était entrain de lui faire perdre son temps. Mais au fond, quel temps avait un fantôme ? Une éternité ! Alors elle pouvait bien lui en prendre un peu…
- Comment va-t-il s’y prendre pour me tuer ? Comment déjouer son piège ?
- Je ne peux pas te donner toutes les réponses, je l’ai dit, je ne peux pas changer le destin, je peux juste te donner quelques indications, à toi de trouver le reste.
- Bien, j’accepterais tout ce que vous voudrez bien me révéler.
Il y eut un silence et un moment pesant d’attente.
Le centaure ferma brièvement les yeux puis les rouvrit et commença de sa voix toujours aussi dure :
- Il y aura une flèche qui viendra de nul part. Il sera là pour te leurrer. Votre palais lui appartient déjà, il vient de se débarrasser de tes derniers hommes, il ne reste que les siens… Je ne t’en dirais pas plus.
- Quoi ? Vous me dites que je vais mourir ? Que je suis déjà seule ?
Elle c’était mise debout dans un bon et tremblait légèrement. Elle avait encore quelques espoirs, il y avait deux minutes de cela… Que lui restait-il maintenant ? Non il ne pouvait en être ainsi !
- Tu es venu me demander l’avenir, je te l’ai donné. Si tu ne voulais pas l’entendre, il ne fallait pas me le déranger !
Le centaure fronçait les sourcils et son visage s’était encore durci si cela était seulement possible. Sa queue de cheval faisait des vas et viens nerveux et il avait croisé ses bras musclés sur son torse. Elle ne devait pas s’en prendre à lui, il avait raison et ce n’était pas le moment de se faire un ennemi de plus ! Elle décida donc de s’excuser en baisant la tête.
- Bien, je vais maintenant te laisser et retourner en mon propre royaume. Bonne chance petite humaine.
Dans un signe de tête pour la saluer et sans plus attendre le fantôme de Samnarokh disparut dans une nouvelle lumière rouge et éblouissante.
Cette fois elle était seule et sachant que personne ne devait l’observer, elle s’écroula sur le sol de la salle au bassin toujours présent. Elle frappa du poing sur les pavés en versant des larmes de rage.
Avait-elle seulement une seule chance de ne pas aller rejoindre son père ? Elle devait garder confiance et se battre, elle ne devait pas abandonner si facilement ! Pour son père et son propre orgueil ! Elle se releva, épongea son visage avec sa main et reprenant son épée un instant oubliée, fit demi tour. Elle connaissait le chemin, ainsi se retrouva-t-elle rapidement à l’extérieure. Le soleil lui piqua les yeux, elle était restée trop longtemps dans une demi-pénombre et elle dut attendre un moment pour qu’ils se réaccoutument à la lumière naturelle.
- Alors, nous y voilà !
Elle sursauta et mis une main en visière pour voir devant elle. Elle y découvrit l’homme qu’elle détestait tant.
- Dagonne…
- Et oui ma sœur ! Belle surprise n’est-ce pas ? Que peux-tu bien être venue faire ici ?
- Je ne suis ta sœur que par le sang et encore qu’une partie, cracha la jeune femme. Nous nous connaissons seulement depuis un an et je n’ai aucune affection pour toi !
- Bien, ainsi nous pensons la même chose ! Ainsi tu comprendras ce que je suis venu faire ici ?
L’homme grimaçait de dédain. Il était richement habillé, il se voyait sûrement déjà sur le trône… Autour de lui ses hommes brandissaient des épées. Belladona avala de travers, elle n’avait aucune chance contre cinq hommes expérimentés et armés. Aucune. Serrant fort son épée contre son cœur, elle décida de lutter jusqu’au bout et de faire honneur a son cher père défunt. Elle devrait lutter avec force et rudesse ! Elle devrait en tuer le maximum avant de s’écrouler ! Puis pendant une fraction de seconde elle repensa aux paroles du centaure.
« Il y aura une flèche qui viendra de nul part. Il sera là pour te leurrer. » Sans réfléchir plus, elle s’allongea sur le sol et c’est là qu’elle entendit siffler la flèche qui alla ricocher contre les pierres de la battisse, passant exactement là où elle était une seconde plus tôt. Elle jura, pourtant fière d’elle d’avoir évité ce piège, mais déboussolée et déçue de ne pas en savoir plus. Mais surtout, elle savait qu’ils étaient plus nombreux qu’ils ne le montraient et qu’au minimum un archet ne la lâcherait pas et saurait la terrasser rapidement sans lui laisser le temps de se défendre. Elle devait fuir, elle n’avait pas le choix. Fuir le plus rapidement et le plus loin possible sans leur laisser le temps de réagir. Là, quelque part, cachée et en sécurité, elle trouverait un plan, embaucherait des mercenaires et trouverait une solution. Elle le devait. Elle lutterait et gagnerait, mais pas aujourd’hui. Pas maintenant. Elle aurait son heure, elle n’abandonnerait jamais totalement le trône à ce tyran. Néanmoins pas maintenant où sa vie lui serait prise et son sang irait alimenter la terre bien trop tôt. Sa main se porta à une bourse cachée dans sa besace, son cher frère ignorait que sa sœur ne savait pas que manier l’épée. La mère de Belladona n’avait pas été qu’une bonne reine, mais également une bonne mère et surtout une bonne sorcière… Elle était morte alors que la jeune femme était encore bien jeune, mais elle avait eu le temps de lui transmettre un peu de savoir et surtout de lui laisser des livres forts intéressants. Tout cela, Dagonne, futur roi de terres volées, l’ignorait. Une poignée de poussière blanche en main, la jeune femme se redressa d’un bon et lança la fumée droit devant elle. Elle accompagna cette dernière d’un mot de pouvoir pour conduire son sort et alors que les hommes se tordaient de peur, aveuglés pour quelques minutes, elle s’enfonça dans les fourrées sur sa gauche.
Elle devait fuir, vite et loin avant de revenir. Et alors il mourrait. Elle en fit le serment. Il mourrait et elle serait reine.