In Libro Veritas

Sagesse chinoise et éducation

Par René Barbier

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Table des matières
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5. Confucianisme et néoconfucianisme

Confucianisme et néo-confucianisme



Pour Confucius, la base de la culture est constituée par la société dont la famille et le clan sont les pivots et l'emportent sur les personnes. L'ordre social est complètement étayé sur l'ordre cosmique. La société est un ensemble de subordinations structurelles à l'image de la Nature, où la Terre est totalement assujettie au Ciel. L'Empereur est le représentant du Ciel et tous ses sujets sont eux-mêmes dans la même représentation hiérarchique de l'harmonie universelle. Si une catastrophe arrive, l'Empereur sera tenu comme responsable. C'est que l'Empereur tient son mandat du Ciel, c'est-à-dire de la totalité ordonnée de ce qui est.

Pas plus que de théologie, la pensée chinoise ne connaît de pensée métaphysique. Il n'y a rien au-delà du monde physique, comme chez Aristote. Mais il y a quelque chose de "plus haut que" ou d'"antérieur à" toute particularisation phénoménale. La réalité existe sous la forme d'une sorte de continuum, qui échappe à toute appréhension par les sens, et qui pénètre les "dix mille êtres".

Comme le remarque L. Vandermeersch, "il ne s'agit pas d'un au-delà du monde physique, mais d'un approfondissement de la nature de la réalité physique elle-même" (Vandermeersch, 1985, p.13). Pour cet auteur, si la Chine n'a pas connu de théologie, c'est sans doute parce qu'elle n'a pas connu l'institution de la prêtrise. A partir du culte des ancêtres, chez les Chinois, la fonction de prêtre a été assumée par une sorte de "président de cérémonie" (zhuren) qui n'était pas un "spécialiste" religieux mais un simple membre de la communauté requis en fonction de son rang de naissance et assisté par quelques personnes connaissant un peu plus l'ordre du rituel. Ainsi les Chinois ne sont pas des théologiens mais des ritualistes.

La dimension proprement magico-religieuse, toujours omniprésente chez tous les peuples du monde, est prise en charge par l'instance de la divination depuis les fonds des âges en Chine. Dès le départ, c'est à travers la lecture de la carapace de tortue que le devin va lire les événements futurs. Mais il s'agit toujours d'une divination insérée dans une représentation cosmologique du monde. La tortue reste le parfait modèle du cosmos en réduction. Sa carapace est ronde comme le ciel et son plastron ventral plat comme la terre. Sa longévité immense comme la suite des temps.

Les jésuites essaieront bien, au XVIe siècle, de réduire le "Ciel" chinois au Dieu chrétien. Mais la nature des deux représentations est totalement différente. Chez les fils de Han, il y a homogénéité de la réalité cosmique du ciel à l'homme. Un continuum radical de l'univers qui éclate, au niveau du sensible, par la manifestation des "dix mille êtres". Dans le christianisme, il y a toujours "deux" : Dieu et sa créature, fût-elle à l'image du dieu créateur. En Chine, la psychologie humaine est cosmologisée. Dans le christianisme, nous assistons à un anthropomorphisme divin.

La seule école de la pensée chinoise qui se soit rapprochée d'une tendance théologique, celle des moïstes (de Mozi) pour consacrer une raison causale, n'a pas survécu.

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