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Sagesse chinoise et éducation

Par René Barbier

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Table des matières
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3. La pensée chinoise

Comme le signale un grand philosophe chinois contemporain Fong Yeou-Lan (1895-1990), "la place que la philosophie a occupée dans la civilisation chinoise est comparable à celle de la religion dans d'autres civilisations" (Fong, 1985, p. 23).

En Chine, depuis l'origine, la philosophie a toujours été une réflexion sur la vie concrète. Toute réflexion est liée à une efficacité possible. La pensée chinoise est avant tout pragmatique et praxéologique. La Chine est un pays essentiellement rural. La pensée chinoise est profondément marquée par cette inscription de toute réflexion dans le cadre naturel, de ses rythmes, de ses aléas, de sa beauté tranquille et de son tumulte soudain. La pensée chinoise est d'abord un naturalisme qui s'étend au cosmos tout entier.

Selon le philosophe américain Northrop, la pensée chinoise est avant tout une pensée alimentée par des concepts par intuition, en particulier dans le taoïsme (par exemple le bleu comme objet de sensation) La pensée chinoise fait bien la différence entre la réflexion et les retombées proprement religieuses. En fait les Chinois ne sont pas religieux parce qu'ils sont philosophes et leur philosophie a toujours beaucoup plus à voir avec l'éthique d'origine sociale qu'avec une transcendance, un dieu révélé.

Pour Mencius, un successeur de Confucius, "le sage est le plus haut sommet des relations humaines" (Fong, p.29). La philosophie chinoise semble être une philosophie de l'en-deça. En fait elle n'est ni une philosophie de l'en-deça, ni une philosophie de l'au-delà. Elle appartient aux deux à la fois, selon un processus de pensée caractéristique de la mentalité chinoise qui accepte le tiers-inclus. Un philosophe néo-confucéen de la dynastie des Song la caractérise ainsi "Elle ne s'écarte pas des activités ordinaires quotidiennes et, pourtant, elle se dirige tout droit vers ce qui laisse pressentir le Ciel" (p.29).

Les Chinois ont une aptitude culturelle à utiliser la logique du tiers-inclus. Leur pensée examine simultanément les diverses dimensions d'un phénomène. Elle opère par variation, modulation, mise en perspective et non par un principe de non-contradiction. C'est sans doute la raison pour laquelle les philosophes chinois s'expriment avant tout par aphorismes et par petites histoires allusives et significatives. Il s'agit d'abord de suggérer et non de convaincre par une argumentation impeccablement linéaire.

Lire un poème chinois consiste à lire entre les lignes, ce qui est entre-dit. Inséparable du fond philosophique l'art et la poésie chinoise sont une expression avant tout silencieuse du Tao. Le Tchouang-tseu dit que deux sages se rencontrèrent sans prononcer un seul mot parce que "quand leurs yeux se rencontrèrent, le Tao était là". Selon cette vision du monde, le Tao ne peut être exprimé par des mots. Il ne peut être que suggéré. Revenons à ce fond philosophique chinois.

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