Christian Epalle - Clio - texte intégral

In Libro Veritas

Clio

Par Christian Epalle

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Table des matières
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L'élue minée

 
 
 
   Le saint regagna sa place, se racla le conduit d’admission et reprit son questionnement :
   ― Nous disions… un bilan technique plutôt médiocre à vrai dire. J’espère pour vous que vous vous êtes appliquée en termes de services rendus… En moyenne kilométrique, combien de personnes transportiez-vous ?
   ― C’est pas facile à calculer ça !
   ― Mais à peu près.
   ― Ben, ils étaient le plus souvent toute la famille. Les deux parents et les deux enfants. Des fois la maman allait toute seule, mais elle revenait toujours le coffre plein.
   ― D’accord. C’est bien… Votre vitesse moyenne ?
   ― Je ne sais pas non plus. J’ai pas d’ordinateur de bord !
   ― Mais à peu près ?
   ― Disons que j’ai jamais dépassé les vitesses autorisées et que je roulais le plus souplement possible.
   ― Très bien, très bien… Usure des pneus ? usure des freins ?
   ― Ben, rien d’anormal, je crois. Je roulais cool, et j’anticipais vous savez. Je ne voulais faire de mal à personne.
   ― Très bien tout ça…
   Clio reprenait des couleurs. Elle comprenait que ses réponses étaient bien accueillies par le saint. Pourtant la question suivante la replongea dans le désespoir :
   ― Vous aviez une galerie ? ou une remorque ? Parce que ces ustensiles sont très énergivores, vous savez.
   Clio n’osa pas répondre. Bien-sûr qu'elle portait une galerie pour partir en vacances ! Elle allait donc être recalée !
   ― Répondez, s’il vous plait.    Elle éclata une durite d’eau.
   ― Je vous en supplie, pardonnez-moi. C’est vrai, j’avais une galerie de toit. Mais c’était juste pour partir en vacances. Et dès que j’en avais plus besoin, je l’enlevais. Vous voyez, je la mettais seulement quand c’était nécessaire. Vous pouvez bien me pardonner ma galerie ? Je vous en supplie…
   Diane regarda Clio d’un drôle d’air et tandis que Saint Cenquatre se retenait d’échapper un nouveau gaz, elle lança :
   ― Ma chère Clio, vous êtes mille fois pardonnée ! Et même félicitée ! Une galerie de toit, c’est exactement comme cela qu’il faut l’utiliser. Parce qu’une galerie, même si ça fait augmenter provisoirement la conso, ça reste au global moins polluant comparé à une grosse voiture qui n’a pas besoin de galerie mais qui transporte rien dans son grand espace la plupart du temps.
   Clio essaya de sécher ses flaques.
   ― Excusez-moi. Mais je suis très émotive.
   ― Oui, ça se voit. Vous avez trempé vos bas de caisse.
   Saint Cenquatre, à peine remis de son fou rire, se tourna vers son assistante :
   ― Bon, qu’en penses-tu Diane, de cette voiture ?
   ― Elle me parait une vraie sainte cette petite !
Pour la première fois depuis bien longtemps, Clio se crut aux anges.
   ― Je suis bien d’accord. Sauf qu’il faudrait qu’elle maîtrise un peu plus ses émotions. Parce qu’on n’a pas un stock infini de durites ici… Mais bon, je pense que la DS va être d’accord aussi ! Je l’appelle de suite.
   Saint Cenquatre installa son kit main libre.    ― Allo DS ?… Oui, nous avons une très bonne candidate pour le paradis. Il faudra lui réserver une place de choix !… Pardon ?… Oui, Clio, c'est ça… Mais…
   L’enthousiasme du saint s’estompa. Il ne disait plus un mot et écoutait sa patronne en se décomposant au fur et à mesure. Quand il raccrocha, il resta interdit. Ce fut Diane qui rompit le silence :
   ― Hé ! Cenquatre, qu’est-ce qui se passe ?
   ― La DS vient de me dire qu’Asphalte était en danger… trop de pollution… qu’il y avait urgence… et puis… elle a dit que le moment était venu…
   ― Non…
   ― Si… Le moment est venu d’annoncer la vérité sur Asphalte.
   ― Nom d’une soupape tordue !
   ― Tu l’as dit. En plus, elle veut envoyer quelqu’un… tout de suite !
   ― Pas l’ange Oliver, quand même. Il serait capable de dissimuler la vérité !
   ― Non. Quelqu’un de plus authentique et surtout de plus modeste…
   Diane venait de comprendre et en cala de stupeur.
   ― Heu… Excusez-moi, mais je deviens quoi, moi ? tenta furtivement Clio.
   Saint Cenquatre s’installa face à elle, au ralenti, et les phares dans les phares déclara :
   ― Ma pauvre petite, je suis vraiment désolé… Mais tu ne vas plus au paradis… pas encore en tout cas… Tu dois d’abord retourner sur Asphalte. La DS t'a désignée pour aller annoncer la bonne nouvelle. C'est affreux, tu vas ressusciter…