Christian Epalle - Clio - texte intégral

In Libro Veritas

Clio

Par Christian Epalle

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Table des matières
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La muse gueule

 
 
 
   C‘est vrai qu’elle toussotait depuis quelques mois, qu’elle avait des coups de pompe de plus en plus fréquents, qu’elle avait quelquefois du mal à démarrer la journée. Alors, sa visite chez le spécialiste, elle l’avait attendue en rongeant ses freins. Maintenant, l’ausculation terminée, elle attendait le pronostic avec une certaine appréhension et en prenant l’air sur le trottoir.
   Elle savait bien qu’elle gênait un peu le passage, qu’elle ne devrait pas se trouver là. Mais elle n’allait pas rester longtemps, il n’y avait pas de raison.
   Puis, quand deux hommes se sont approchés d’elle et ont commencé à la dévisager avec un regard dédaigneux et patibulaire, et surtout à la bousculer, elle a pris peur. Elle aurait voulu s’enfuir mais, coincée entre deux voitures, aucune manœuvre n’était permise. Et aucun témoin pour l’aider !
   On l’avait ligotée, harnachée, soulevée puis balancée sans ménagement sur la remorque d’un camion. Après de longues minutes de route, ballotée et se cognant, s’éraflant à chaque virage ou nid de poule, elle fut déchargée comme une vulgaire poubelle, abandonnée dans un cimetière, au milieu de carcasses agonisantes.
 
   Les jours passèrent, les semaines aussi, et personne ne vint la chercher. Elle était désespérée. Ses seuls compagnons étaient des silhouettes immobiles et silencieuses. Mortes ? Assurément. Allait-elle finir comme elles ? Sans alimentation, c’était déjà un miracle qu’elle réussisse à vivoter grâce au peu de réserve qui lui restait. Elle se contentait de la rosée ou de la pluie comme seul rafraichissement. Sa peau lisse aux reflets de pêche se ternissait au gré du froid, du vent et des poussières qu’il délestait sur elle.
   Vint le jour où les deux ravisseurs réapparurent. Les espoirs de la pauvre otage s’envolèrent en même temps qu’elle aperçut leurs armes : pince coupante et tenaille pour l’un, scie et marteau pour l’autre. Enchaînée et crevée comme elle était, elle n’avait aucune chance de leur échapper. Ils profitèrent de sa faiblesse pour commencer leur supplice, la déshabillèrent, sans scrupule, ni pudeur aucune…
   Au comble de son calvaire, elle vit défiler sa vie à toute vitesse. Elle revit ses amis, six ou huit ils étaient. Et Polo, son petit copain. Mégane aussi, sa grande sœur…
   Les tortionnaires la désarticulèrent méthodiquement et lui arrachèrent ses organes… Un à un ! Parfois à mains nues, tirant, tapant comme des brutes ! Ils finirent par la vider de ses fluides vitaux !
   Quand enfin, elle s’éteignit pour de bon.
 
   Elle venait d’avoir quinze ans et s’appelait Clio. Renault Clio.

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