Michel LEBONNOIS - Cherbourg-Paris, KM 171 - texte intégral

In Libro Veritas

Cherbourg-Paris, KM 171

Par Michel LEBONNOIS

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Table des matières
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VENDREDI 29 JUILLET



    Il était bientôt dix huit heures. Paul Nollet chargeait une valise dans sa voiture quand retentit la sonnerie de la grille. De l’intérieur, Blandine ouvrit tout en regardant par la porte fenêtre. Un petit homme rondouillard se dirigea vers Paul :

    – «  Bonsoir Monsieur Nollet, vous partez en voyage ?

    – En week–end chez mes parents en Normandie. Mais…

    – Etes–vous bien assuré ?

    – Ah, non, ce n’est pas le moment ! Vous exagérez de venir démarcher les gens chez eux !

    – Ce n’est rien. Au revoir monsieur Nollet. Merci quand même de votre accueil !


    L’homme tendit la main pour une poignée sans rancune ; Paul sourit et tendit la main à son tour. Avant qu’il ait pu réagir, il se retrouva le poignet enserré dans un étrange bracelet qui avait émis un claquement sec en se refermant. Deux autres hommes s’étaient approchés :

    – «  Mais ?…

    – Commissaire Benoît, et mes deux inspecteurs. J’ai ici un mandat d’amener vous concernant. Vous avez bien retenu la leçon les enfants : sans bavure et sans violence ? La jolie Clara va être contente !

    – Clara ? Mandoni ?

    – Vous la connaissez ? Il paraît qu’elle a sur vous un dossier en béton épais comme ça.

    – Vous la connaissez ? Il paraît qu’elle a sur vous un dossier en béton épais comme ça. Mais en route, elle doit être arrivée au commissariat. Ne la faisons pas attendre !

    – Mais enfin, c’est une plai­san­terie !

    – Hélas monsieur, un meurtre n’est jamais une plaisan­terie !

    – Comment cela un meurtre ?


    Blandine était sortie, effarée, elle regardait la scène, incrédule. Son regard cherchait celui de son mari, mais Paul fixait un point, loin, loin…

    – Désolé madame, on emmène votre mari, et aussi votre voiture. En route les enfants !


    Un inspecteur vida dans la cour les bagages déjà installés dans le coffre de la voiture et tous partirent.


    Blandine était effondrée sur les marches du perron. Un long cauchemar commençait pour elle.


    Les inspecteurs entreprirent sans se presser les formalités administratives préliminaires : re­le­­vé d’identité, em­preintes digita­les, état–civil, filiation, références familiales... Paul répondait méca­ni­quement et rongeait son frein, incrédule. Il cherchait où était la faille. Personne ne l’avait vu, il n’avait laissé aucune trace… Il avait refusé d’appeler lui–même un avocat : il n’en connaissait pas et n’en avait pas besoin puisque c’était une erreur !


    Après une heure d’attente inquiète, il fut introduit dans le bureau du commissaire Benoît où il se retrouva face à Clara Mandoni qui le pria de s’asseoir près d’un inconnu qui se pré­senta comme son avocat commis d’office. Paul ne lui adressa pas la parole. A une table voisine, l’inspec­teur Lenoir atten­dait devant son ordinateur.

    – « Monsieur Paul Nollet, vous êtes en état d’arrestation pour le meurtre de Benjamin Gilard dans la nuit du 15 au 16 juillet dernier.

    – C’est de la folie ! Qu’est–ce qui vous permet d’affirmer une horreur pareille ! Je vous l’ai déjà dit, Benjamin était mon maître et mon ami ! Et puis ne vous ai–je pas informé que j’étais chez mes pa­rents, à deux cent kilomètres de là ?

    – Justement, parlons–en !


    Clara ouvrit l’épais dossier qui était devant elle. A cet instant, la porte du bureau s’ouvrit, et un inspecteur portant un objet enveloppé dans du papier kraft huileux dit deux mots à l’oreille de la commissaire. Un sourire goguenard éclaira son visage tandis qu’elle écartait le papier brun :

    – «  Monsieur Nollet, reconnaissez–vous ceci ?

    – Il me semble bien que c’est la manivelle de ma voiture ?

    – Sans doute la véritable arme du crime…Cela constitue ma dernière preuve qui rend pour ainsi dire toutes les autres inutiles ! Elle posa sa main sur l’épais dossier en disant cela.

    – Mais enfin, c’est n’importe quoi !

    – Oseriez–vous prétendre que ça, c’est n’importe quoi ?


    La jolie commissaire avait presque crié, laissant apparaître une vraie colère devant le cynisme de cet homme. Toute fossette coquine disparut de son visage devenu soudain très dur. Elle lui mit sous les yeux la tête de l’engin. Là, il aperçut une tache brunâtre, avec collée dedans quelques cheveux gris :

    – «  Alors ? N’importe quoi ?


    Paul vacilla sur sa chaise comme s’il avait reçu un coup de poing au creux de l’estomac. Il avait instantanément perdu toute sa superbe. Il resta ainsi quelques secondes silencieux, ses épau­les avaient semblé aspirer son cou.


    Quand il se redressa, il était livide, des larmes perlaient au coin de ses yeux. Il posa ses mains menottées sur le bureau :

    – Il faisait trop noir, et il pleuvait… Mon Dieu, qu’est–ce que j’ai fait ?!

    – Maître, vous avez entendu ? Rien à ajouter ? Bien. Monsieur Nollet, puis–je considérer cette remarque comme un aveu ? Oui ? C’est noté, Lenoir ? Alors faites–lui signer sa dépo­sition que je la transmette immédiatement au juge et emmenez–le.

    – Maître, vous avez entendu ? Rien à ajouter ? Bien. Monsieur Nollet, puis–je considérer cette remarque comme un aveu ? Oui ? C’est noté, Lenoir ? Alors faites–lui signer sa dépo­sition que je la transmette immédiatement au juge et emmenez–le.

    – Bien patron ! Félicitations !

    – Réciproques Lenoir. Vous m’avez bien aidée.

    – Et bonnes vacances !

    – Encore mon rapport à boucler, et je me sauve !


    Il faisait chaud dans le bureau, ou bien était–ce l’ambiance de ce dernier quart d’heure ?


    Clara Mandoni ne souriait pas. A chaque fois qu’elle concluait une enquête, elle se sentait oppressée. Et puis cette fois, l’arrogante certitude de cet individu lui avait vraiment mis les nerfs en pelote !

    Elle s’approcha pour ouvrir la fenêtre et se calmer en respirant l’air frais chargé des odeurs de la forêt de Marly toute proche.


    La soirée promettait d’être belle, la place était inondée de soleil.



Son regard se fixa

sur une jeune femme

Qui serrait dans ses bras

un petit garçon.


Seuls au milieu

de la place lumineuse,

Ils pleuraient tous les deux …