Lavillatte Bruno - « Tu sais ce qu'il te dit, Môssieu Astérix ? » - texte intégral

In Libro Veritas

« Tu sais ce qu'il te dit, Môssieu Astérix ? »

Par Lavillatte Bruno

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Table des matières
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I. Tiens, le choix du chien !

Son existence n’était pas donnée d’avance. Rien ne pouvait laisser présupposer une sorte d’advenue, de surgissement, d’arrachement à sa propre condition de possible. Mieux encore, son apparition se fait dans la discrétion, la retenue, dans l’écart radical avec la narration et l’image, dans une étonnante distance avec le monde, les personnages, les situations, en leurs commencements divers. Il aurait pu ne pas être, s’affirmer au moment près de la contingence, dans la disparition, l’évanescence, le coup de pied d’un personnage qu’il gênait, le coup de griffe d’un chat de passage, le tour d’une roue au coin d’une rue de la « plus prodigieuse cité de l’Univers » ; il aurait pu être-en-filigrane, une boule de poils sans avenir, et de ses allées et venues n’être qu’un trait de crayon, avec en sourde menace d’une fin de vie, la douce brutalité possible et insistante d’un coup de gomme rugueux, à sec, presque sauvage. D’un coup de sang. Coup d’humeur. Coup du sort. Embarqué dans l’existence, en lieu et place, rester un Salaud sartrien, un chien à sa mémère, à son pépère, un chien de café qui attend sa gamelle, son auge, son eau, ses os, un chien à ronger la vie. Aurait pu ! Mais son existence s’est transformée en exigence, et cette exigence en destin.

            Au fond tout se passait comme si la nécessité de cette vie en image tenait à quelque chose que l’on ne connaissait pas, à une forme curieuse d’étrangeté et de bizarrerie de l’histoire en train de se dessiner. De s’écrire. De se lire. Peut-être une sorte de hasard en image, transformé en nécessité romanesque. Idéfix, chien petit - je soutiens qu’il est chien avant d’être petit, que sa meilleure nomination est d’inspiration anglo-saxonne inversée - et qui aboie aux circonstances de la condition de sa vie, avait une histoire à gueuler, un quelque chose de particulier qui restait à construire, pour y découvrir un sens, une direction autant qu’une finalité.
Non pas de cette histoire qui cherche des sources, des origines, des causes, non pas une histoire qui se remonte - une histoire d’échelle - que l’on reconstitue, que l’on recoud. Non ! une histoire dont les ressorts ont une structure longitudinale, animée d’une signification à déchiffrer, à comprendre, à imaginer.

             Plus que tout autre personnage - si l’on peut dire - des aventures d’Astérix Le Gaulois, Idéfix peut se penser historiquement comme le seul élément objectif d’observation d’une réalité narrative en évolution d’existence. Parce que, justement, à la différence des autres héros fondateurs, il n’est pas donné d’emblée. Parce que son apparition à un commencement, qu’elle est originelle, qu’elle se comporte et s’impose sous la forme d’un point de départ. D’un lieu. D’un acte. D’une suite. Et d’une suite à donner. En cela, Idéfix ressortit à une épiphanie : comprenons que son apparition fait signe, et doit se comprendre dans l’ordre du récit comme un guide, voire un berger. Un Pilote, tel qu’en lui-même. Point sous l’angle réducteur de l’ami fidèle - qu’il est du reste - point sous l’angle de celui-qui-suit, (même s’il pourrait dire je-suis-celui-qui-suit-Obélix) donc point, à l’instar de son habituelle représentation, sous l’angle trop fermé de l’accompagnateur qu’il semble être au regard de la quasi totalité de ses habitudes, de sa gestuelle, bref, de son allure. Si le chien petit accompagne, il n’est en aucun cas une simple garniture de l’image ou du récit, pas un faire-valoir en miroir de son maître qui se perçoit comme tel vis à vis du héros principal, pas un assortiment de pacotille malgré sa très petite taille, pas une fioriture, pas une ornementation iconique.
Son destin se joue ailleurs, entre les lignes des bulles, entre bulles et bulles, entre images et contextes. Entre batailles, culs de Romains, aboiements, jappements, grognements, et parfois pleurs et peines.

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