17
Je les ai vus. J'en suis sûr, maintenant. Eux, ils ne m'ont même pas regardé. Mais moi, je les ai vus.
Le silence est opiniâtre, et desséché. Le silence, encore le silence. Toujours le silence. Il n'y a que le silence à décortiquer, ici. Non que ça manque d'intérêt. Mais ça tue les nerfs, ça efface les neurones.
Il ne veut plus décortiquer le silence. Ça ne l'amuse plus. Il bâille, il s'ennuie.
Un moment baveux.
Ce n'est pas marrant, de baver comme ça.
Le filet coule langoureusement vers le menton, s'élance rageusement à l'assaut du lit. Puis de la porte. Un fleuve véritable. Un guerrier transparent et plein de bulles de lave.
Il n'y a pas grand chose à faire, ici. Et puis la porte est fermée.
Détailler la pièce, c'est déjà fait. Elle est trop succincte, brève comme une lame de couteau. Un fakir pourrait l'avaler. Mais il s'empoisonnerait, sans doute. D'ailleurs, la pièce pue. Elle est mauvaise.
Il n'y a pas de couleurs, ici. L'enfant se confond dans l'environnement comme une statue dans un champ de mines. Des lézards longs s'entrechoquent sur les murs, léprosent le tissu qui l'enveloppe. À travers, il n'y a rien à voir. Presque rien.
Tiens...
Cependant, par une brèche ouverte, une lumière appelle.
Un peu verte, un peu pourrie. Gélatineuse, en tout cas. Rien de très engageant. Quelque chose qui ressemble à ces desserts informes et transparents, qui piègent les photons. Une chose un peu cristalline. L'intérieur d'un œil-de-bœuf, peut-être.
Il aimerait bien aller voir ce qu'il y a, là-bas. Mais il n'en a pas vraiment la force. Et puis, il est attaché.
Si je me transformais en mouche, en souris. Ou alors peut-être en loup. Pire. Je veux...
Ses muscles ne répondent toujours pas, ses os non plus. À croire qu'effectivement, ils sont réunis en petit paquet.
Cependant, les lacets qui l'emprisonnent sont de petits serpents noirs. Ils glissent douloureusement le long de son corps, disparaissent. Illusion ? On ne sait jamais. Ça dépend de quel point de départ elle se situe. Et puis ça n'a pas vraiment d'importance, après tout. Ce qui a de l'importance, c'est que rien n'existe vraiment. Et surtout, que l'enfant puisse bouger, se déplacer.
Il se lève. Il n'a plus besoin de la force de ses muscles, à présent. Il lui suffit de devenir, d'être ectoplasme. Évoluer dans la mollesse.
Qu'est-ce que c'est, encore?
Il s'avance vers la brèche. Elle est petite, trop petite pour laisser passer un enfant. La tête, à la rigueur, peut s'immiscer par l'ouverture, mais non sans mal. Impossible, en effet, de lui faire faire le voyage dans l'autre sens.
L'enfant bouge, s'ébroue. La position est désagréable. Il fait froid, là-dedans, et tout noir. La lumière faible qui en émanait tout à l'heure a disparu.
Il aimerait bien aller voir ce qu'il y a, là-bas. Mais il n'en a pas vraiment la force. Et puis, il est attaché.
Si je me transformais en mouche, en souris. Ou alors peut-être en loup. Pire. Je veux...
Ses muscles ne répondent toujours pas, ses os non plus. À croire qu'effectivement, ils sont réunis en petit paquet.
Cependant, les lacets qui l'emprisonnent sont de petits serpents noirs. Ils glissent douloureusement le long de son corps, disparaissent. Illusion ? On ne sait jamais. Ça dépend de quel point de départ elle se situe. Et puis ça n'a pas vraiment d'importance, après tout. Ce qui a de l'importance, c'est que rien n'existe vraiment. Et surtout, que l'enfant puisse bouger, se déplacer.
Il se lève. Il n'a plus besoin de la force de ses muscles, à présent. Il lui suffit de devenir, d'être ectoplasme. Évoluer dans la mollesse.
Qu'est-ce que c'est, encore?
Il s'avance vers la brèche. Elle est petite, trop petite pour laisser passer un enfant. La tête, à la rigueur, peut s'immiscer par l'ouverture, mais non sans mal. Impossible, en effet, de lui faire faire le voyage dans l'autre sens.
L'enfant bouge, s'ébroue. La position est désagréable. Il fait froid, là-dedans, et tout noir. La lumière faible qui en émanait tout à l'heure a disparu.
D'ailleurs, ce n'était qu'un son, une note aiguë et brève, sans doute. Il ne sait plus ; ses sens se sont mélangés depuis longtemps.
Toutefois, la brèche est molle. Il suffit d'en écarter la paroi caoutchouteuse, un peu, pour passer entièrement. Rien de très difficile. Juste une sensation d'étouffement, consécutive au passage entre deux éléments.
Mais décidément, derrière la brèche, il n'y a rien. Rien qu'un mur froid et sombre. À peine l'espace d'un fil à beurre pour se déplacer.
Ça ne fait rien. Il y a quelque chose et je trouverai bien.
Et en effet, située à un moment précis sur la clepsydre neurale, se trouve une porte. Et après, une autre porte. Et puis encore une autre porte. Puis une troisième porte, une quatrième. Une infinité de portes identiques, qui ne mènent à rien, qui s'ouvrent et se referment avec fracas comme des placards furieux.
Dans un recoin, l'enfant s'assied. Il halète. L'épuisement est terrible.
Pas de panique. Il y a bien l'une de ces portes qui mène quelque part. Il ne peut pas y avoir autant de portes, sans qu'il ne puisse exister un lieu au-delà. Même cent mille portes après, même si cent mille ans s'écroulent.
Marcher, toujours marcher. Ne plus ouvrir les portes, les ignorer.Aller latéralement.
Et un jour, le couloir étroit s'élargit. Un champ gris, asphalteux. Au loin, une meute de chiens aboie légèrement, s'enfuit. Quelques félins terribles, un cyclope édenté. Un mouchoir sur le sol, à peine entamé. Un escargot qui se tord, un loup dépenaillé.
Hendrik!
Un cliquement pierreux, et puis...
Les Daoine Sidhe...
Toutefois, la brèche est molle. Il suffit d'en écarter la paroi caoutchouteuse, un peu, pour passer entièrement. Rien de très difficile. Juste une sensation d'étouffement, consécutive au passage entre deux éléments.
Mais décidément, derrière la brèche, il n'y a rien. Rien qu'un mur froid et sombre. À peine l'espace d'un fil à beurre pour se déplacer.
Ça ne fait rien. Il y a quelque chose et je trouverai bien.
Et en effet, située à un moment précis sur la clepsydre neurale, se trouve une porte. Et après, une autre porte. Et puis encore une autre porte. Puis une troisième porte, une quatrième. Une infinité de portes identiques, qui ne mènent à rien, qui s'ouvrent et se referment avec fracas comme des placards furieux.
Dans un recoin, l'enfant s'assied. Il halète. L'épuisement est terrible.
Pas de panique. Il y a bien l'une de ces portes qui mène quelque part. Il ne peut pas y avoir autant de portes, sans qu'il ne puisse exister un lieu au-delà. Même cent mille portes après, même si cent mille ans s'écroulent.
Marcher, toujours marcher. Ne plus ouvrir les portes, les ignorer.Aller latéralement.
Et un jour, le couloir étroit s'élargit. Un champ gris, asphalteux. Au loin, une meute de chiens aboie légèrement, s'enfuit. Quelques félins terribles, un cyclope édenté. Un mouchoir sur le sol, à peine entamé. Un escargot qui se tord, un loup dépenaillé.
Hendrik!
Un cliquement pierreux, et puis...
Les Daoine Sidhe...
Nantes, an 2000.