In Libro Veritas

Eli's coming

Par boogieplayer

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Table des matières
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Seizième de finale

Vendredi

Léo regarda Ellias lever un point rageur vers le ciel lorsque la balle de Antun Gallopolis sortit d'un bon mètre derrière la ligne de fond de court. 3/6 7/6 6/3 6/3 indiqua le panneau de marque. Léo prit son cahier de note, son crayon et commença l'écriture. Il resta tout en haut des gradins du court central, il voulait écrire en même temps que se déroulerait le match suivant, pour garder les odeurs, les images, les sons, l'ambiance d'un match de tennis sur la terre fine. L'ombre de la buse planait comme un fantôme sur le stade.
Il écrivit.

Ellias, posant son pied droit sur le sol battu de la rouge terre et, entra sur le court comme d'autres pénètrent les dômes surchauffés, ceignant le ring carré. Le visage dur et sévère d'Ellias était celui du boxeur prêt au mal, à la souffrance, au combat. Devinant que le match serait dur et âpre, violent.
Il n'y eut pas de rounds d'observations tant les premiers coups portés furent sans retenue, dés le début Antun frappa au corps, au visage sans la moindre pitié, obligeant Ellias à la défense. Direct du gauche, crochet du droit, uppercut, tous les coups du tennis étaient dans le bras de Antun.
A la fin du 9 round, Ellias retourna dans son coin chancelant, perdant 3/6 le premier set. La lèvre tuméfiée, le visage fatigué, au bord du K.O Ellias devait réagir.
Un vent, chambellan d'une tempête annoncée, se leva
comme la nuée de corbeaux s'enfuit de l'arbre noir sans feuilles.
Ellias se leva alors à la reprise du dixième round conscient qu'il devait à son tour frapper… et plus fort encore.
Les 13 rounds qui suivirent furent d'une rare brutalité, les deux boxeurs se précipitant sur la balle comme des bêtes assoiffées. Ils frappèrent, frappèrent et frappèrent encore, sans qu'aucun ne lâche le moindre pouce de terrain. Seul le jeu décisif les obligea à se départager.
C'est Ellias d'un revers dévastateur qui envoya Antun une première fois au tapis… sonné pour le compte.Egalité, un set partout.
Les 18 rounds qui firent les deux derniers sets, furent un véritable jeu de massacre. On eut dit qu'Ellias ne voulait pas seulement gagner, mais qu'il rageait également d'anéantir son adversaire, afin qu'il n'en reste rien, et surtout pas le souvenir qu'il ait pu gagner un set.
Antun parut presque soulagé de voir Ellias brandir un poing vainqueur au coup de gong final.
Ellias Difenthal était bel et bien de retour.
Solide, hargneux, puissant, décidé.
Reprenant peu à peu l'ascendant psychologique sur tous… ou presque. Car il ne pourrait jamais qu'être le challenger de Ricardo Faye. Jusqu'à l'aube d'une hypothétique finale, qui, déjà, faisait rêver le monde entier.


*
* *

Léo attendit que son pote de l'Equipe lui envoie la une du lendemain. Mais il en connaissait déjà le titre, " Ellias Difenthal est de retour de l'île d'Elbe.". La comparaison avec Napoléon n'était pas si saugrenue au regard de l'interview d'Ellias et des trois pages de l'article sur l'incroyable come-back. Article dans lequel on y voyait Ellias plus remonté que jamais, prêt à se battre pour retrouver sa position de numéro un. Léo savait également que les avocats d'Ellias étaient en ordre de bataille et préparaient un plan d'attaque élaboré et véhément. La pression montait, les plus folles rumeurs circulaient déjà et ses victoires sur le court semblaient augurer d'autres victoires dans d'autres cours…
Et pourtant Léo ne comprenait toujours pas le pour quoi du retour d'Ellias. Si l'ensemble des observateurs avait déjà conclu que ce retour était motivé par sa volonté de recouvrer son statut d'autrefois, Léo sentait confusément que quelque chose d'autre menait dans l'ombre l'étrange drame qui semblait se nouer au fil des jours.

John retrouva Ellias dans sa chambre d'hôtel. Il regardait, allongé sur le lit, des vidéos de son prochain adversaire tout en parlant au téléphone. John s'installa sur le lit aux côtés de son poulain.
- Ok Carlos, fit Ellias à son interlocuteur. Nous verrons cela ensemble, je compte sur vous pour me faire un bon dossier.
Ellias raccrocha.
- Un possible contrat publicitaire, fit Ellias. J'espère que ça va marcher.
- Alors ? Demanda simplement John en montrant la télévision.
- C'est Tim Lo, un sacré bon joueur. Je l'ai déjà affronté dans le passé, et à chaque fois se furent des matchs difficiles.
- A ce niveau, tous les matches sont difficiles…
- Je vais le battre, j'en suis sûr… je vais tous les battre.
Un étrange silence s'encombra dans la pièce.
- Comment te sens tu physiquement ?
Ellias coupa le son de la télé et se le pour aller se servir un verre d'eau. Il revint, bu son verre d'eau, et répondit d'une voix étrangement sourde.
- Vous vous souvenez de ce film, les sept mercenaires. Steve McQueen et Yul Brunner vont voir le vieil homme pour le forcer à revenir dans le village pour le protéger des hommes de Calderon. Malgré l'instance des deux mercenaires le vieil homme refuse, arguant qu'il n'avait rien à se faire voler. Que jusqu'ici tout s'était toujours plutôt bien passé. Steve McQueen sort alors cette réplique géniale "Ca me rappelle ce type qui s'était jeté dans les escaliers depuis le septième étage. A chaque étage on pouvait l'entendre dire : jusqu'ici ça va… jusqu'ici ça va"
John répondit d'un sourire amusé.
- Je suis inquiet, fit John.
- A quel sujet ?
- Ton attitude en dehors du terrain. Ces interviews choc, tes déclarations sur ton futur, sur ta femme. J'ai l'impression que tu oublies l'essentiel.
- Je n'oublie rien du tout, bien au contraire j'ai ouvert les yeux. Je vois enfin très clair. Je n'ai que trop dormi, pendant deux putains d'années, et maintenant que je suis réveillé je vais enfin pouvoir regagner tout ce que j'ai perdu.
- Ellias… tu ne sais même pas ce que tu as perdu… Car tu ne l'as pas encore perdu.
Ellias eut une mimique d'incompréhension.
- Joe, votre discours devient de plus en plus obscur. S'en est presque insupportable. Avec vous tout est obscur d'ailleurs, depuis le début. Mais vous m'avez parlé, et vous m'avez aidé. Sans vous je n'en serai pas là aujourd'hui. Je vous en suis parfaitement reconnaissant. Je sais ce que je vous dois. Mais je crois que j'ai désormais retrouvé le chemin que je n'aurais jamais dû quitter. Je ne suis plus perdu.
John s'approcha du regard d'Ellias qui s'était assombri.
- Oh si tu es perdu… et tu vas te perdre encore… comme jamais tu n'as connu l'égarement.
La lune brilla haut dans le ciel.
- Saurais-je jamais un jour qui vous êtes vraiment, et pourquoi faites vous cela ? demanda Ellias dans un souffle.
Ils se regardèrent. Le vent chantonnait entre les étoiles.
- Le temps des réponses n'est pas encore venu. Car avant de trouver les réponses, il te faut d'abord te poser la bonne question Ellias.
La minuterie éteignit automatiquement la lumière de la salle de bain. Le noir.
- Quelle est la bonne question ?
La nuit.
- Celle que tu te poses depuis le début.
Le balayeur termina de nettoyer consciencieusement les lignes blanches.
- Pourquoi suis-je ici ? fit Ellias du bout des lèvres.
La malice de John encore se réveilla dans ses yeux.
- Ca me rappelle l'histoire de ce type qui s'était jeté dans un cactus après s'être mis tout nu. Moi aussi je lui ai demandé pourquoi.
Ellias ferma les yeux en souriant. John termina sa phrase.
- Il m'a répondu que, sur le moment l'idée, l'avait tentée… Demain matin, six heures du mat en bas pour le footing.
John prit congés d'Ellias. Le laissant seul avec ses doutes et ses certitudes.

Samedi

Léo suivit avec le plus vif intérêt le match de Ricardo Faye contre l'allemand spécialiste de la terre battue. 7/6 7/6 7/5, serré mais efficace, Ricardo semblait vraiment irrésistible.

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