In Libro Veritas

Eli's coming

Par boogieplayer

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Table des matières
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Soixante-quatrième de finale

Lundi

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La caméra fit un long travelling sur les allées du stade de la Porte d'Auteuil, le générique venait d'être lancé sur un fond de musique funky. Le soleil inondait les courts de sa douce et bienveillante lumière. La foule se pressait déjà sur les grillages et les gradins, les agents de sécurités, toutes lunettes de soleil et oreillettes dehors, allaient et venaient. La pression montait peu à peu, savamment organisée, mêlant télévision, Internet, radio et presse écrite. Les dernières places s'étaient vendues comme des petits pains. Beau temps plus affluence record, tout était réuni pour 14 jours de spectacle garantit.
Mais, ce n'est pas ça qui donna à cette édition de Roland Garros un attrait et un goût si particulier…
La caméra s'arrêta en même temps que la musique funky sur la terrasse surplombant le court central, les deux journalistes prirent les micros.
- Mesdames, mesdemoiselles, messieurs bonjour, fit Alain Duahm. Soyez les bienvenus sur la terrasse.
- Bonjour, fit Francis Marot.
- Sous ce soleil radieux s'ouvre donc les Internationaux de Roland Garros. Un tournois exceptionnel cet année, car vous le savez grâce aux pylônes de projecteurs nous aurons le droit à des matchs en nocturnes, tous les favoris sont là, les tirages au sort nous ont réservé de splendide matche dés le premier tour, mais surtout, surtout, la grande nouvelle c'est le retour de…
- Ellias Difenthal.
- C'est vraiment la sensation du tournoi. Après prés de deux ans d'absence total sur le circuit, Difenthal revient sur le circuit, et, chose incroyable, en passant par les qualifications !
- Oui c'est tout bonnement du jamais vu.
- Mais alors, pourquoi ce retour ? Pourquoi dans ces conditions ? Quels objectifs poursuit-il ? Entre autres questions qui n'ont toujours pas trouvées de réponses.
- Tout à fait, mais en fait personne n'en sait rien. Du côté de Difenthal c'est le secret le plus total. Il n'a pas désiré parler à la presse. Néanmoins, compte tenu de son actualité extra sportive, on peut déjà trouver des éléments de réponses.
- On reviendra sur tous ses sujets avec nos différents invités, mais avant cela nous allons tourner une petite page de publicité et nous nous rendrons ensuite sur les différents courts. A tout de suite.

128 joueurs hommes, autant de femmes, les doubles hommes et femmes, les doubles mixtes… Comme toujours les premiers jours étaient ceux de l'effervescence et de l'exaltation, tout était encore possible pour tous, l'un des plus grand évènement sportif de l'année s'ouvrait sur tous les espoirs. Ellias, assit sur le banc de bois, préparant sa raquette et son sac, essayant de faire abstraction des regards qu'ils portaient tous sur lui, telle la bête curieuse qu'il était devenu. La presse et les médias ne parlaient que de "ça", le Retour du Roi titraient les uns, Ellias, le paria les autres. Il était le phénomène du début de tournoi.
Il se leva, il était désormais l'heure.
Le tirage au sort l'avait relativement épargné, il allait jouer contre un allemand classé 78ième. Match tout à fait à sa porté, mais pour se faire il lui fallait jouer un match sérieux et complet. Il ne devait, il ne pouvait pas se planter au premier tour. La pression montait rapidement.
Le sac en bandoulière il entra sur le court. Il posa le pied droit sur la poussière de terre et leva la tête. Les milliers d'yeux se posèrent en même temps sur son visage.
Ellias Difenthal était de retour.
Il y eut un long moment de flottement, et les premiers applaudissements surgirent des mains. Ellias avait tant vaincu ici qu'il aurait dû s'y sentir chez lui, mais le temps avait passé sa main, lisant les sables du désert, comme on oublie la respiration précédente.
L'endroit n'avait pas changé, seul l'envers n'était plus le même. Tout bouge mais rien ne change. Il s'installa sur sa chaise et déballa ses affaires. Il sortit la raquette de son film de plastique, sous le crépitement des appareils photos lui volant ses moments de solitude, il percevait tout autour de lui le brouhaha des conversations et des doigts tendus vers lui. Il baissa la tête, tant la pression était insupportable. Etait-ce donc là le prix de la honte ?
Il se leva.
Un ramasseur de balle lui lança la petite sphère jaune. Il la laissa rebondir sur le sol puis l'attrapa de la main gauche. Déjà elle portait la fine trace rougeâtre, il ne pu s'empêcher de la porter à son pour la humer. Il ferma les yeux. Les fragrances le pénétrèrent, réveillant les souvenirs jamais perdus, seulement oubliés.
L'acétylène de la colle.
La feutrine jaune pelucheuse.
La souplesse du caoutchouc, le bruit de la foule, la voix de l'arbitre…
Tout revint.
C'était si simple. Renvoyer une fois de plus la balle que l'adversaire. Ce n'est que cela et rien d'autre.

- Premier set Difenthal, annonça l'arbitre.
6/3 en quarante cinq minutes sérieuses. Il s'assit sur son siége en soufflant. Concentré, surtout rester concentré. Il fixa son attention sur les cordes s'entrecroisant dans le cadre en carbone, machinalement il réajusta les cordes. Cherchant le vide mental et le repos du corps.
L'arbitre annonça la reprise du match. Un nouveau set commençait.
Une fois encore il se concentra sur son jeu et rien d'autre. Attentif à ses placements, à son jeu de jambes, prenant soin de bien placer ses épaules sur les revers, de tourner le buste sur les coups droits. Tactiquement épuré et simple, son jeu retrouvait peu à peu l'éclat des années passées. Petit à petit la finesse de ses coups revint à lui. De nouveau il voyait plus vite, courait plus vite, frappait plus vite que son adversaire. Il survolait le terrain.
6/4 en une demie heure.
En regagnant il vit une ombre familière se dessiner sur le sol. Il leva les yeux. Une buse tournoyait solitaire dans le ciel bleu. Il s'en détacha très vite, retournant aussitôt dans sa concentration.
Cent fois, mille fois, remets ton métier sur tous les ouvrages.
- Jeu set et match, fit l'arbitre. 6/3 6/4 6/1 Ellias Difenthal.
Ellias serra le point en se dirigeant vers le filet. Cette fois-ci les applaudissements furent sincères et honnêtes, récompensant un vainqueur et saluant le vaincu.
Ils se serrèrent amicalement la main, puis remercièrent l'arbitre de chaise et saluèrent le public. Il faisait beau, le soleil les inondait de sa lumière bienfaisante, il faisait si bon sur cette terre… il faisait si bon.
Ellias lanca ses serviettes dans la foule des premiers rangs, s'approcha de la balustrade pour signer les autographes. Il se laissa comme happer par les mains des enfants qui l'appelaient. Il signa et salua longuement, puis s'engouffra dans le couloir, direction le studio pour l'interview.
Son cœur s'accéléra lorsqu'il s'assit devant le journaliste. On lui passa une serviette et une bouteille d'eau.
- Bonjour Ellias, commença le journaliste. Et tout d'abord félicitation pour votre belle victoire.
- Bonjour. Oui merci Nigel. J'ai joué un tennis sérieux, sans fioritures. Ce qui compte c'est d'abord bien retrouver mes sensations.
- Je ne peux me retenir de poser la question qui nous brûle tous les lèvres : est-ce le grand retour de Ellias Difenthal ?
- A vrai dire je ne sais pas.
- Et puis pourquoi ?
- Je ne sais pas trop moi-même. Disons, simplement que ne pouvant trouver de réponses à tout, j'ai simplement cessé de me poser des questions. Tout ce que je sais c'est que ça me fait un plaisir immense de me retrouver ici, sur le plus grand tournoi de tennis du monde. Et en plus j'ai passé un tour ! Pour le reste, chaque jour suffit à sa peine.
- C'est avec un plaisir non dissimulé que nous vous verrons jouer votre prochain tour.
- Merci Nigel.
Un technicien indiqua qu'ils n'étaient plus à l'antenne. Ellias se leva.
- Merci Nigel d'avoir été cool avec moi, fit Ellias en lui tendant la main.
- Je n'ai fait que mon boulot, répondit Nigel. Mais comment oses tu revenir ici ? après tout ce que tu as fait et dit, contre tes amis, ta femme, tes collègues, le tournoi et les journalistes. Tu vois, je ne te souhaite finalement que le meilleur pour toi mais je ne sais pas ce que tu mérites. On n'a pas oublié ici, ils n'ont pas oublié non plus dehors.
- Je… c'était il y'a deux ans. Nigel, si tu savais comme ça été dur pour moi. Ces deux années, et se retour ici. Tu imagines l'effort que j'ai du produire pour affronter tout cela à nouveau.
- Moi je… moi je… ça t'arrives de penser à quelqu'un d'autre que toi ?...
- J'ai payé pour tout ça.
- Ce n'est pas à toi de décider.
Nigel le regarda durement, mais sans aucune méchanceté, ni animosité, simplement avec le regard de l'honnêteté et de la vérité. Ellias prit son sac et sortit du studio.
Personne ne l'attendit, ni le raccompagna.

Mardi

Ricardo Faye se défit de son adversaire sur le score de 6/1 6/0 6/0, en 59 minutes. Il salua et signa longuement avant de sortir du court.

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