In Libro Veritas

Eli's coming

Par boogieplayer

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Table des matières
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Chapitre 8

Ainsi, tous les jours, pendant des semaines Ellias vint chaque matin retrouver John et Iwana pour ses séances d'entraînement. De longues heures de sueur.
De longues heures durant lesquelles il frappait la balle encore et encore jusqu'à s'en meurtrir le corps. De longues heures à parfaire ses muscles, poussant encore et encore des tonnes de fontes sur les bancs de musculation jusqu'à s'en brûler les muscles De longues heures à écouter John lui prodiguer ses conseils, lui inculquer sa façon de voir le tennis… sa façon de voir la vie.
De longues heures, du lever au coucher du soleil. Et chaque jours qui passaient donnait au soleil une course plus longue dans le ciel, augmentant jour après jour la durée des entraînements. De plus en plus durs, de plus en plus longs.
Frapper.
Se placer.
Courir.
Pousser.
Reculer.
Sauter.
Frapper.
Servir.
Souffler.
Frapper…. Frapper… Frapper… de plus en plus fort, de plus en plus vite, de plus en plus loin, de plus en plus précisément.
Du lever du soleil à son coucher, jusqu'à tomber à genoux. Tout au long de ces longues semaines. Ponctuées par des nocturnes entretiens avec Léo.
Surveillé par le vol silencieux de la buse.

- Et ensuite ? Demande Léo.
- J'ai investi dans cette société de logiciels de vente en ligne sur Internet, répondit Ellias. 15 millions de dollars. Cela devait être un véritable succès. Ce fut un véritable fiasco.

Ricardo Faye avait effectivement mit toutes les chances de son coté. Entraînement en Espagne dans le complexe sportif le plus moderne monté par un tennisman. Il avait en effet embauché les meilleurs sparing-partners, acheté le meilleur matériel, investi dans les meilleurs courts, les plus grands préparateurs physiques, des nutritionnistes, des coachs, des préparateurs mentaux. Et s'infligeant de force une discipline infernale, il avait décidé de son objectif : Rolland Garros. Et rien ne devait se mettre sur son chemin.

D'un revers rageur Ellias explosa deux cordes du tamis de sa raquette. Il s'arrêta dans son élan.
- NON ! Cria John. Continue à jouer ! Rien ne doit t'arrêter dans ton jeu… absolument rien.
Iwana renvoya la balle. Ellias se plaça sur la balle et la renvoya comme il pu, la balle quitta sa raquette sans contrôle.
- Tu n'as pas le choix ! Monte au filet.
Ellias se précipita au filet, dans les plus mauvaises conditions qui soient. Iwana décocha un passing-shot. Ellias joua la balle sans conviction en riant. Elle se perdit dans les gradins.
John s'approcha d'Ellias en ralant.
- Mais pourquoi n'as-tu pas joué ce point Ellias ?
- Allons, j'ai cassé des cordes de ma raquette. C'est impossible de jouer dans ces conditions.
- Qu'est-ce que tu en sais ?
- Je le sais c'est tout. Tout le monde le sait.
- Tu n'as même pas essayé.
- Pas la peine c'était couru d'avance.
- Voilà pourquoi tu échoues.

Michel Simon haussa les épaules.
- Je ne sais pas pourquoi Ellias veut d'abord passer par les qualifs. C'est sa décision. Mais je suis d'accord, tout ceci est bien étrange. Je ne sais pas où il s'entraîne, ni même s'il il s'entraîne d'ailleurs. Il ne veut rien me dire… J'ai une dernière question, si je vous avais demandé une Wild-Card pour le premier tour, me l'auriez vous accordé ?
- Bien sûr Michel, fit Philipe Dumons. Nous parlons d'Ellias, c'est sans équivoque.
- Malgré vos gros différents ?
- Allons, je suis un homme pragmatique, Ellias Difenthal nous rapportera bien plus à lui tout seul, que tous les autres joueurs réunis. Dans tous les cas, on garde le plus possible secrète son inscription au tournois, il faudrait qu'il joue les trois matchs de qualifs à l'abris de la presse. On ne dévoilera sa présence lors de l'ouverture officielle. Lors du premier tour. Ca renforce l'effet d'annonce et on fera monter le prix des trente secondes de pub.
- Mais il faudrait qu'il passe quelques tours. Au moins la première semaine.
Philipe Dumons ne répondit rien.
Léo Sparx s'installa confortablement dans le canapé. Ellias s'assit en face de lui.
- Pourquoi ici ce soir ? demanda Léo.
- Le juge Folconi n'a pas menti. J'ai bien "fait en sorte" de passer ces deux matchs sans difficultés.
Léo prit une profonde inspiration, posa son carnet de note sur la table base et coupa le dictaphone numérique. Ellias n'eut pas la force de maintenir son regard, il baissa les yeux.
Le poids du silence s'était soudainement abattu sur eux. L'étrange et glauque vérité du cloaque obscur des âmes s'était dressée. Arborant le masque hideux et blanc de la bile coulante.
Le couteau planté dans l'abcès purulent de sa mémoire déchira sans peine sa peau tendue. Le liquide infâme coula lentement puis perla aux yeux rougis de sang d'Ellias, écrasant sa gorge, s'enroulant dans son estomac.
Léo ouvrit la bouche. Mais c'est Ellias qui parla le premier.
- Je… je traversais un période difficile, physiquement éprouvante. J'étais mentalement vidé. Mes sponsors me mettaient une pression énorme. Il fallait que je retrouve rapidement le chemin des victoires en tournois. Et plus particulièrement Roland Garros. On a donc décidé de se garantir de me faire passer des tours dans les tournois préliminaires à Roland Garros. La première idée fut de corrompre les joueurs, mais le tirage au sort ne me fut pas, comment dire… "favorable". Les joueurs contre qui je devais jouer n'auraient pas été corruptibles facilement. C'est là qu'est née l'idée de corrompre le juge de chaise.
- Pourquoi un juge, il ne peut pas faire basculer un match. Un arbitre au foot peut siffler un penalty. Mais au tennis ?
- Un juge de chaise peut parfaitement "agir" sur la destinée d'un match. En comptant un let imaginaire sur des deuxièmes balles importantes. Obliger mon adversaire à jouer vite entre deux services. Déjuger un juge de ligne… Tout plein de petites choses qui désarçonnent un joueur, suffisamment pour qu'il perde tous ses moyens contre moi.
- Je vois.
- Evidement cela a fini par se savoir. Lorsque l'affaire a éclaté, des mois plus tard, je n'avais plus la force de me battre. J'étais fatigué. Et le mensonge m'enfermant, j'ai eu du mal à le faire. Je ne suis pas un menteur, je suis un joueur de tennis…. Mais il y a une morale à cette histoire.
- Laquelle ?
- Je n'ai même pas eu besoin de l'aide du juge ce jour là. J'ai battu mon adversaire de la plus honnête des manières. Mais on avait payé le juge… Le mal était fait. Alors qui m'aurait cru ? Comment aurais-je pu dire que nous avions triché, mais pour rien, que donc cela n'avait pas d'importance ?... Quelle étrange ironie du sort.
Léo hocha la tête.

Jeanne regardait son fils jouer sur la balançoire. Au cœur du printemps. Dans quelques semaines tout serait terminé. Pour toujours.
Elle répondit au sourire de son fils. A chaque fois qu'elle le voyait, elle voyait son père, elle voyait Ellias.
Toute cette souffrance.
Il essuya le miroir de la paume, son visage apparu dans la traînée. Pour la première fois depuis l'aube des temps il soutint son propre regard.
Il était devenu plus dur.
Son corps s'était musclé.
Il avait retrouvé des sensations qu'il pensait avoir perdu pour toujours.
Il sortit de la salle de bain et alluma la télé puis jeta la télécommande sur le lit. La pendule annonça 5H 30 du matin. Il mit en marche le magnétoscope. Le visage de sa femme, radieuse, apparut sur l'écran, portant son fils, lors de leurs dernières vacances, heureuses et insouciantes.
Il fit un arrêt image sur le visage de son fils, posa la main sur l'écran en serrant la mâchoire et se laissa envahir par une force enragée qui lui serra les tripes.
Il sortit de chez lui en petite foulée.

Les balles frappaient le mur de ciment comme après avoir déchiqueté le corps du condamné. Ellias, le fusil à la main, n'arrêta pas il frappa les balles encore, encore, rageant, l'écume aux lèvres.
Il terminait sa préparation. La guerre allait bientôt commencer.
Il était l'artilleur.
John déposa des dominos, sur leur tranche la plus petite, tout autour des deux carrés de services. 111 dominos exactement.
- Un par un Ellias, fit John, et dans l'ordre. Si l'un de tes services fait tomber deux dominos on recommence.Si tu ne touche pas le bon domino, on recommence. Si tu fais un let, on recommence. Un service dans le filet, on recommence. Tu as moins de cinq secondes entre chaque service. Il est huit heures du matin. Vas y.
Iwana lui lança une balle. Ellias se concentra une seconde et servit. Le premier domino s'envola.
Il se trompa de domino au dix-huitième. John replaça les dix-huit dominos.
- Recommence.
Ellias servit… Pendant dix heures d'affilés.
Il était le sniper.
Il était le fantassin.
Il était le commando.
Il était le guerrier.

La buse se posa sur le sommet du gymnase.

Le vent soulevait la fine poussière du court en terre battue. Ricardo Faye fit trois service d'affilés, puis réajustant quelque uns des micro-capteurs collés sur son corps, s'approcha de ses coachs massés derrière l'ordinateur.
- Voilà la modélisation de tes services Ricardo, fi l'un d'eux.
Il regarda l'animation numérique de son service qu'ils avaient pu réaliser en temps réel, et avec précision, grâce aux informations donné par les capteurs collés sur Ricardo. Des milliers de données étaient ainsi traitées et analysées dans le moindre détail.
- C'est encore ton coude Ricardo, on le voit bien. Cela te force dans ton geste naturel, il faudrait moins le fermer.
- OK, j'y retourne.
- Il est tard Ricardo.
- Il n'est jamais tard. Le travail. Toujours le travail.

John Crawford, assit sur la chaise de l'arbitre, regardait Ellias échanger contre Iwana. Il songea. "La vie ne fait que refaire toujours les même choses, sans qu'elles ne soient jamais identiques"

Puis vint le jour… Griffonna Léo sparx.

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