In Libro Veritas

Eli's coming

Par boogieplayer

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Table des matières
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Chapitre 7

Sept heures du matin, Ellias arriva en en jogging et en courant au gymnase. John l'attendait déjà devant la porte d'entrée.
- Bonjour John.
- Bonjour Ellias, entre… je voudrais te présenter quelqu'un.
- D'accord, répondit Ellias en sautillant.
Ils entrèrent.
Un homme de couloir noir, en tenue d'entraînement, les attendait. Ellias fut aussitôt impressionné par sa taille et sa carrure imposante.
- Ellias je te présente Iwana. Ton sparing-partener.
- Bonjour, fit Ellias en lui tendant la main.
Iwana lui donna alors une poignée de main puissante et ferme.
- Et bien ! ça c'est de la pogne. Je suis enchanté de vous connaître.
L'homme ne répondit, se contentant d'un visage fermé et dur. Ellias s'en étonna.
- Il ne te répondra Ellias, Iwana est muet. Je suis pour ainsi dire sa seule famille… Mais trêve de bavardage nous avons du pain sur la planche.
Ils entrèrent sur le terrain. Ellias remarqua évidement aussitôt les différents tas de sable et de terre qui étaient entreposés en cône sur le terrain. Iwana arriva à son tour sur le terrain avec des pelles, des râteaux et divers outils qu'il alla poser près des monticules.
- Joe… dis moi que ce n'est pas ce que je crois.
- Ellias, un terrain de tennis représente la vie, ta vie. Dans lequel tu vas devoir exprimer ce que tu es, ce que tu vaux, et quel homme tu es. La nature du terrain fais partie de ses choses de la vie qu'on ne maîtrise pas, qui nous sont donné arbitrairement, sans que puissions y changer quoique soit. Et cette nature, pourtant, va considérablement influencer notre capacité de choix. Alors il est indispensable que tu comprennes ce que cette nature est, fondamentalement, en son cœur. Tu te dois de la connaître, de l'épouser, de la sentir entre des doigts.
- Allons, j'ai suffisamment jouer sur de la terre battue pour savoir.
- Quelle prétention tu as… car tu ne sais rien. Viens.
Ils s'approchèrent de l'un des tas. Un tas de poudre grisâtre et fine.
- Sais tu ce que c'est ?
- Non, pas précisément.
- Alors tu vois bien que tu ne sais rien… Plonge ta main dedans. Plonge ta main dedans et sens la. Sens la contre ta peau.
Ellias enfonça lentement sa main dans la matière fraîche, il l'enfonça jusqu'au poignet. Laissant un instant ce délicat et particulier plaisir du contact charnel contre sa peau.
- Bien, fit John d'une voix plus profonde. Maintenant ferme les yeux et dis moi le goût ça a.
- C'est étrange, on dirait de la pierre.
- C'est exactement ça. Car ç'est cela la terre battue… Un terrain de terre battue, ce compose d'abord d'une nappe isolante géotextile, puis d'un drainage en fond de forme, ensuite d'une fondation drainante en gravillons. Puis une fondation en mâchefer de charbon, sur la quelle pose une chape calcaire réglé et cylindré, appelée aussi Craon et dans lequel tu a plongé ta main. Et enfin la fine couche pelliculaire de briques pillées qui donne cette couleur rougeâtre. Cela ne te rappelle rien ?
- Je ne sais pas.
- C'est la Terre, c'est exactement comme notre planète et ses couches successives. Comme sur le terrain de tennis tu ne marches que sur une fine couche superficielle. C'est en dessous que ce trouve son âme, que les Grec nommaient Gaïa. Nous ne voyons que la surface des choses, nous ne sommes que sur la surface… l'important, l'essentiel, l'essence même est en dessous. Tu dois le comprendre et le sentir. Un terrain de tennis en terre battue est la vie, mais ce n'est pas le symbole de la vie en deux dimensions, sur le plan, c'est la vie en trois dimensions… avec toute sa profondeur. Tu dois t'ôter de l'esprit tout ce que tu sais, tout ce que tu crois avoir appris, pour ne laisser en toi que la perception invisible de la quintessence de toutes choses. Creuse la surface de ton terrain de tennis, creuse la surface de ta planète, creuse la surface de ton être… creuse la surface de ton âme… tout est là.
Peu à peu la symbolique se mettait en place.
Ellias retira sa main, dans le silence presque religieux du moment.
- Je crois que je comprends.
- Croire que tu comprends ne te servira à rien. Il te faut en être sûr. Et pour cela il faut commencer par le début.
John lui montra alors une pelle en souriant.
- J'ai déjà tout nettoyé ici, alors pourquoi pas ça en plus… fit Ellias en haussant les épaules

*
* *


Devant l'écran de son ordinateur Léo Sparx restait obstinément bloqué sur une page blanche. Il ne savait absolument pas comment commencer son article. En journaliste aguerri il avait très vite "sentit" que l'histoire d'Ellias Difenthal cachait une tout autre réalité que ce que les apparences ne montraient. Il comprit qu'il devait faire ce que lui commandait son instinct depuis le début : ne pas tirer sur les moustaches du tigre, mais lui donner ce qu'il veut.
Il se leva, prit rapidement sa veste et sortit de chez lui.

18H 00. Léo gara sa voiture juste à côté de la porte d'entrée. En claquant la portière il remarqua la buse majestueusement posée sur le sommet de la bâtisse. Elle s'envola brusquement. Il la suivit des yeux, jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans le soleil couchant, jusqu'à ce que des bruits étouffés de balles viennent jusqu'à lui. Il entra dans le gymnase. Il fut aussitôt surpris par la vétusté des lieux. Trouvant rapidement son chemin, il entra sur le terrain. Une fois encore il fût surpris de voir un terrain en terre battue, tout beau et tout propre. Mais la plus grande surprise fut celle d'Ellias Difenthal s'entraînant contre la machine à balle, travaillant le positionnement sur le coup droit. Il resta un moment à l'observer.
La machine envoyait une balle toutes les 30 secondes en variant la force, la hauteur, l'angle et l'azimute, et, à chaque fois, Ellias devait renvoyer de son coup droit, en croisant et décroisant une fois sur deux.
La machine s'arrêta, faute de munition.
- Asseyez vous, fit Ellias sans se retourner.
Léo s'exécuta de bonne grâce et prit place sur l'un des gradins. Pour voir le cocasse spectacle du plus grand joueur de tennis de tous les temps, dans un gymnase ressemblant plus à un vieux garage oublié qu'à autre chose, ramasser lui-même les balles, les remettre dans la machine et refaire le même exercice… sur le revers.
Il resta ainsi, observateur et silencieux, jusqu'au cœur de la nuit.

Ellias finit par rendre les armes face à la machine. Il fit encore quelques exercices d'assouplissement en grimaçant. Il n'arrivait plus à toucher la pointe de ses pieds, jambes tendues, avec ses doigts.
- Purée… qu'est-ce que je peux être rouillé, fit Ellias en se redressant… comment vous m'avez retrouvé ?
- Ca, c'est mon boulot ça.
- Tu parles.
- Mais qu'est-ce qui se passe ici ?
- Si je le savais, répondit Ellias en rangeant la raquette dans son sac.
- Vous vous rendez compte du scoop ! Ellias Difenthal qui reprend le chemin des courts. Demain je suis un homme riche, et il y aura deux cents journalistes dehors.
- Fais ce que tu as a faire, fit Ellias lascivement.
Il regarda un instant Léo, puis prit le balai posé contre le mur.
- Rends-toi utile pour une fois, et aide moi à ramasser les balles.
Léo Sparx descendit sur le terrain, prit le panier, et commença à ramasser les balles alors que Ellias balayait les lignes.
- Tu te rends compte ? fit Léo.
- De quoi ?
- Un ex prix Pulizter et un ex numéro un mondial, en train de nettoyer et ramasser les balles d'un terrain perdu en pleine campagne dans une bicoque prête à s'écrouler… c'est étrange.
- Qu'est-ce qui est étrange ?
- Moi ici, c'est clair je te piste pour mon boulot. Mais toi, ici, pourquoi ?
- Je me fais pister pour mon boulot.
Ellias rangea le balai puis enfila son haut de survêtement, mit son sac à dos et montra la sortie à Léo.
Il sortirent tous les deux. L'air était frais, la nuit tombée depuis longtemps, sans nuages et sans lune, rien que la toile noire trouée de points scintillants.
- Pourquoi ? Pourquoi rejouer ici et maintenant ?
- Je ne le fais pas pour moi, mais parce que je le dois.
- A qui ? A quoi ? c'est pas logique.
Ellias inspira une longue bouffée en fermant les yeux.
- Je le fais, c'est tout. Je dois le faire, il n'y a pas de raison, Ellias regarda Léo. Tu voulais écrire un livre sur moi. N'est-ce pas ?
- Oui, c'est toujours d'actu.
- Alors fais le.
Ellias partit à petites foulées dans la nuit. Léo le héla avant qu'il ne soit trop loin.
- Hey ! Tu on se retrouve ici demain !?
- Je ne sais pas si reviendrais, répondit Ellias en s'éloignant.
- Tu reviendras, fit Léo en lui-même, tu reviendras…

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