Chapitre 6
Ricardo Faye débarqua de l'avion en position de numéro un mondial, il allait affronter l'Open d'Australie le cœur léger, ce n'était pas son objectif cette année. Même s'il abordait la compétition sur herbe très sérieusement il n'en demeurait pas moins qu'il ne pensait qu'à une seule chose : la saison de terre battue, avec en point orgue Roland Garros.Il posa le pied droit sur le sol Australien en souriant aux quelques journalistes.
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- Il n'y aura pas de problème Jeanne, fit Howard en lui montrant les papiers, tu auras la garde exclusif d'Alex, et le droit de visite d'Ellias sera on ne peut plus réduit.
Jeanne parcouru rapidement les papiers.
- Comment en sommes nous arrivés là ? Fit elle dépitée.
- Pas "on" mais "il"… mais si je pense que, finalement, il est plus une victime qu'autre chose.
- Tu n'es pas obligé de faire tout ça…
- Jeanne, répondit Howard en la coupant, Ellias fut mon meilleur ami. Et il m'a fait promettre de tout faire pour te tenir à l'abri des problèmes, et si je ne le pouvais pas de te défendre.
- C'était il y a si longtemps.
- Je sais.
Elle se leva de son siége, fit le tour du bureau et s'approcha d'Howard. Elle posa main droite sur la joue en tremblant.
- Non Jeanne, fit Howard en lui retirant délicatement la main. Ellias est encore ton mari, et toujours mon ami.
Il s'essaya à un sourire, mais il ne réussit qu'à faire une grimace émue. Elle comprit d'un hochement de tête.
Il l'embrassa tendrement sur la joue et prit congé.
Elle regarda sortir de son bureau comme un goéland se noyant dans le soleil.
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Ellias gara sa voiture sur le petit parking désert, au pied de la grande bâtisse en tôle ondulée vieillie et rouillée par les ans. Perdu au milieu de nulle part, en plein centre dans ancien complexe sportif oublié, au cœur d'une épaisse forêt. Il sortit son sac de sport du coffre.
- Qu'est-ce que c'est que cette ruine ? Se dit il en refermant le coffre.
Il ôta ses lunettes de soleil et fit quelques pas autour du bâtiment qui ressemblait plus à un hangar désaffecté qu'à autre chose. Il n'en revenait pas.
Un bruit attira son attention. Il leva la tête. Une grande buse brune aux ailes ocre se posa sur le toit du bâtiment. Il la regarda quelque seconde, puis se dirigea vers la porte d'entrée.
Il entra alors dans un ancien gymnase abandonné. Des détritus jonchaient le sol et une fine poussière se levait en nuage à chacun de ses pas. Il fit rapidement le tour, le sac à l'épaule. Trouvant les vestiaires, les douches, le coin musculation et un petit bureau. Puis il pénétra sur le terrain proprement dit.
C'était un terrain omnisport d'école, reconnaissable avec ses paniers de basket mobiles, ses buts de hand-ball et ses dizaines de traits de toutes les couleurs au sol. Sur sa droite, trois rangées de gradins, sur sa gauche le mur avec son afficheur de score manuel. Il s'avança jusqu'au milieu du terrain, abasourdi. Il laissa tomber son sac sur le sol. Soulevant alors une épaisse fumée de poussière.
- Mais qu'est-ce que je vous ici moi ?
Il entendit soudainement un couinement métallique, puis un grincement continu. Il se retourna. Le panier de basket mobile remontait doucement.
- Bonjour Ellias !
- Joe !?
- Tu as trouvé facilement ?
- Pas vraiment en fait mais…
- On va être bien ici. Tout ça rien que pour nous deux… et, entre nous, pour pas un rond.
- Je comprends pourquoi, répondit Ellias à voix basse.
- Qu'est-ce que tu dis ?
- Je dis qu'est-ce que c'est que cet endroit.
John termina de monter le panier de basket et s'approcha d'Ellias en s'essuyant les mains.
- Bienvenue sur ton terrain d'entraînement personnalisé Ellias.
- Oulà, j'en ai eu des mieux que ça… y'a pas photo.
- J'ai dit personnalisé Ellias, pas personnel. C'est à nous deux, parce que je le veux bien, mais ce n'est pas à toi. Enfin… sois ici comme chez toi !
- Et je suis sensé faire quoi ici ?
- Ben ? c'est évident… jouer au tennis. Oui, je te l'accorde ça demande un grand coup de ménage avant.
- Décidément, vous êtes un homme plein de surprise.
- N'est-ce pas.
- Mais je ne comprends toujours pas pourquoi vous m'avez demandé de venir. Pour jouer au tennis il y'a des endroits bien mieux qu'ici.
- Non, il n'y pas mieux qu'ici.
- Et qu'y a-t-il de particulier en ce lieux ?
- Toi, et ce que tu y apporteras.
Ellias regarda tout autour de lui, accablé, il n'y avait pas assez de lumière, tout était sale et en mauvais état.
- Mais la première des choses, poursuivit John, c'est de te fixer un objectif SMART.
- Smart ?
- Simple, Mesurable, Atteignable, Réaliste, dans un Timing… SMART.
- Voilà encore autre chose… et quel est cet objectif ?
John se fendit d'un large sourire en lui prenant les épaules à pleine main. Son sourire se transforma en un rire étouffé.
- Il faut que j'aille remonter l'autre panier, fit John en s'éloignant.
- Qu'est-ce que j'ai dit ?... Mais c'est quoi cet objectif ?
John répondit sans se retourner.
- Roland Garros.
- Roland… QUOI !?
Ellias rattrapa John.
- Non mais vous êtes pas bien vous ? Vous vous rendez compte de ce que vous dites !?
- Bien sûr, c'est un objectif SMART.
- Rappelez moi la signification du R ! C'est du grand n'importe quoi.
- Je ne sais pas si c'est n'importe quoi, mais c'est vrai que tu n'es pas obligé d'accepter finalement.
- Oui. Merci. Je crois qu'on va en rester là vous et votre "gymnase personnalisé"… Roland Garros…
Ellias reprit son sac et la direction de la sortie.
Il allait franchir le pas de la porte.
- Au revoir Ellias… mais c'est dommage, tu ne sauras jamais.
Ellais s'arrêta net, soufflant d'exaspération. Il se retourna, les dents serrées.
- Quoi encore !? qu'est-ce que je ne saurai jamais ?
- Pourquoi tu as accepté de finir ici aujourd'hui.
Ellias leva les yeux au ciel et retourna auprès de John d'un pas pressé.
- D'accord, pourquoi suis-je venu ici aujourd'hui ?
- C'est à toi de me le dire.
- Vous n'arrêtez jamais vous… Alors d'accord, admettons que je relève le défi. Cela fait plus de deux ans que je n'ai pas mis les pieds sur un terrain de tennis, je ne suis plus classé. Je ne pourrais jamais participer à Roland Garros avant des années. Et ne comptez pas trop sur un Wild Card, je me suis arrangé pour m'engueuler aussi avec le patron du tournoi. Vous voyez que ce n'est pas "Réaliste"
- Roland Garros est un open tournoi, il faut juste commencer par les qualifications.
- Même comme ça, il faut passer par des tournois préliminaires.
- Sauf si une bonne âme vous inscrit au qualifs.
- Là aussi, vous ne trouverez plus personne qui…
- Michel Simon ?
Ellias tiqua, s'arrêtant dans sa respiration. Il fixa John.
- Oui, c'est vrai, lui il pourrait. Mais… ok, je l'appellerai.
- Et pourquoi pas maintenant ?
- Je n'ai pas mon téléphone.
John sortit un téléphone cellulaire de sa poche de veston et le tendit à Ellias.
- Je suis sûr que tu connais son numéro par cœur.
Ellias acquiesça d'un mouvement de tête.
- Alors appelle le. Demain, tout à l'heure, maintenant, qu'elle importance ? Dans tous les cas tu dois le faire. Alors autant se débarrasser de ça tout de suite.
Pris le téléphone à contre cœur. Hésitant, mal à l'aise.
- En fait, je pense que tu l'as compris, tout commence maintenant… ou fini. Tout dépend de toi et de ta volonté.
- C'est de la folie, susurra Ellias.
Ellias sentit le temps stopper son souffle, comme si une main s'était levée pour suspendre la course de l'éternité. John attendait, le fixant droit dans les yeux.
Un rayon de soleil perça, balayant un instant le visage d'Ellias.
Un instant d'immortalité.
Il composa le numéro de téléphone.
Une seconde.
La sonnerie.
Trois.
Une voix.
- Michel ?... c'est Ellias… Bonjour… Je, j'ai quelque chose à te demander… Peux tu m'inscrire pour les qualifications de Roland Garros ?... je t'expliquerai… très bien… Je te remercie. Oui, au revoir.
Il raccrocha.
Les aiguilles des montres reprirent leur ronde.
- Alors ? Demanda John.
- Il a dit qu'il allait voir cela. Mais que a priori il ne devait pas y avoir trop de problème.
- Est-ce si dur que cela ?
- Un calvaire.
- Oui, répondit John en riant. J'imagine.
Ellias souffla un grand coup. Comme soulagé.
- Bon ben on va pouvoir commencer l'entraînement, fit Ellias en se frottant les mains.
- Tout à fait. Mais d'abord il faudrait que cet endroit soit nettoyé.
- Je suis bien d'accord. Alors, charité bien ordonnée commence par soi même, fit John en lui tendant un balai.
Léo Sparx, assit sur le capot de sa voiture, regardait pensif, la bâtisse en tôle, la voiture d'Ellias garé devant, et la buse tournoyer dans le ciel.
- Que fais tu ici Ellias… Que fais tu ici…?
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