In Libro Veritas

Eli's coming

Par boogieplayer

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Table des matières
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Chapitre 4


- Je m'en fous !! Cria Ellias au téléphone ! Je m'en fous, c'est MON fils et je veux le récupérer… Je ne veux pas le savoir, vous me coûtez assez cher pour trouver le moyen de me le récupérer. C'est un ordre, point final… oui c'est ça.
Ellias raccrocha violement le téléphone. Bu une grande gorgée à la bouteille d'eau et sortit de chez lui.

- J'en sais rien en fait, fit Léo. Tu vois Phil y'a quand même un truc bizarre chez Difenthal, y'a quelque chose qui colle pas.
- C'est dire ?
- C'est le point de rupture que je n'arrive pas à cerner. Pourquoi un homme, qui est de son vivant le plus grand joueur de tennis de tous les temps, aurait été se compromettre dans une histoire de corruption ? Il avait tout, absolument tout, pourquoi faire ça ? C'est pas logique.
- Peut être, mais son étrange communiqué à la presse n'a pas levé les soupçons. Au contraire, cela n'a fait que les conforter. Il devait donc être coupable. Maintenant le pourquoi, en effet, il faut le trouver.
- A mon avis on se goure, c'est pas le pourquoi qui est important… c'est le pour quoi.
Léo tiqua encore une fois, il sortit du bureau de son rédacteur en chef et prit la direction de son bureau. Il avait besoin de la ferveur laborieuse, du bruit des téléphones, fax, des conversations, de l'ambiance pour se concentrer. Il s'assit sur son vieux siége usé et alluma son ordinateur. Il commença par le plus simple, le site Internet officiel d'Ellias.

*
* *


Ellias poussa la porte du grand magasin de sport. Il entra sans que personne ne le remarquât, chose impossible deux ans plus tôt. Deux ans de réclusion audiovisuel et tout le monde avait oublié jusqu'à son visage, mais, évidement pas son nom. Car son nom, lui, était éternel.
Il monta à l'étage tennis et entra dans le rayon des chaussures. Il chercha de longues minutes, en vain. D'un geste il appela un vendeur.
- Excusez moi.
Le vendeur, qui arborait un magnifique badge marqué d'un "Je m'appelle Hugo, et je suis à votre servie" et un sourire du même métal.
- Oui monsieur.
- Je cherche des tennis Ellias Difenthal.
- Oulà… je ne sais pas si on les fait encore. Ca fait un bail que j'en ai pas vu. Attendez je vais aller me renseigner. Pour quelle pointure ?
- Du 45, s'il vous plait.
- OK, ne bougez pas je reviens.
Ellias regarda le vendeur s'éloigner. Il entra dans le rayon des raquettes, et ne trouva pas non plus la raquette à son nom. Pas plus de tee-shirt ou de short. Le vendeur revint avec une boite de chaussure.
- Vous avez de la chance monsieur, c'est la dernière paire.
- Je voulais une raquette aussi.
- Pas de problème. Votre niveau ?
Ellias fixa le vendeur puis répondit, résigné.
- Débutant.
- D'accord, les raquettes Ricardo Faye Training sont géniales pour débuter.
- Vous n'avez plus de Ellias Difenthal Practice ?
- Oh non, y'a longtemps qu'on ne fait plus les produits technique Difenthal. L'image de marque est trop mauvaise. Rapport avec l'altercation de Difenthal avec ce jeune garçon il y'a quelques années.
- Ah oui, je l'avait oublié tient.
- C'est un miracle qu'on ait encore ces chaussures, question de stock sans doute. Il vous faudrait autre chose ?
- Non je prends les chaussures et la raquette.
- Parfait monsieur. Allez, je vous donne cette boite de balles, c'est cadeau.
- Merci Hugo, fit Ellias en
- A votre service monsieur.
Ellias se retrouva seul au milieu du rayon avec ses produits.
L'épreuve devenant trop dure, il régla ses achats et quitta le magasin d'un pas rapide.

Ricardo Faye embrassa sa femme puis se tourna vers son entraîneur.
- Cette année je vise Roland Garros. C'est mon objectif.
- Comme tu veux Ricardo.
- Oui, c'est le seul tournoi du grand chelem que je n'ai pas gagné. Donc, c'est notre but, on doit tout mettre en œuvre pour y arriver. Et je veux qu'on s'en donne tous les moyens. Pour le reste on prendra comme ça arrivera.
- C'est toi qui décides.
- Je te laisse carte blanche, qu'est-ce que tu proposes ?
- C'est simple alors. Direction l'Espagne.
- Vaya con Dios !
- Vamos…

Accoudé au bar, Ellias faisait tourner les glaçons dans son verre de Bourbon. Une jeune femme vint alors s'asseoir à coté de lui. Elle sortit une cigarette de son paquet et attendit, Allias lui offrit du feu. Le pianiste jouait tout en sourdine, la douce et chaude ambiance du club berçait doucement les clients, tout était feutré, silencieux, sucré, chuchotant. Le barman, strict et chic, s'approcha au signe d'Ellias.
- Monsieur ?
- Votre nom ?
- Vincent monsieur.
- Et bien Vincent, je vous présente…? Fit Ellias se tourna vers la jeune femme.
- Valery, répondit la jeune femme en souriant.
- Que puis-je vous offrir Valery ?
- Un martini, blanc, fit elle en soufflant la fumée.
Le barman s'exécuta. Puis se dirigea vers l'homme qui l'appelait à l'autre extrémité du comptoir.
- Bonsoir, fit la femme.
- Bonsoir, répondit Ellias.
- J'ai l'impression de vous connaître.
- On me le dit souvent. Mais je ne crois pas, et si je vous avais déjà rencontré, je m'en souviendrais.
- C'est gentil. Alors que faites vous ici ?
- J'avoue que je sais plus très bien.
- Ca n'a pas l'air d'aller.
- Effectivement.
- Je possède un appartement à deux pas d'ici, peut être pourrions nous en parler. C'est 200 dollars pour une heure, 1000 pour la nuit.
Ellias soupira en buvant une gorgée de son verre.
- C'est gentil, mais pas ce soir. Je n'ai pas la tête à ça.
- Une autre fois sans doute, répondit la femme en lui glissant une carte de visite.
Elle se leva de son siége et quitta la salle. Ellias termina son verre et laissa un billet de 50 dollars.
- C'est inutile monsieur, fit la barman.
- Pardon ?
- Oui, c'est le monsieur là bas qui vous l'offre.
Ellias regarda l'homme à l'extrémité du bar lui faire un petit signe. Puis l'homme se leva, s'approcha et vint s'asseoir à côté d'Ellias.
- Bonsoir.
Ellias ne répondit pas, se contenant de commander un autre verre.
- Je me présente, Léo Sparx…
- Je sais qui vous êtes.
- Alors cela nous épargnera les mondanités inutiles.
- Suis-je déjà mort, que les vautours rodent autour de mon cadavre ?
- Non, je voudrais juste vous parler.
- Me parler !? Allons bon, pour en faire quoi ? Vous savez que mon nom n'est plus qu'à peine bon pour vendre des godasses.
- Vous, vous n'êtes plus bon qu'à vendre des chaussures. Votre nom, lui, est gravé à jamais dans l'histoire du sport. Vous êtes toujours le plus grand joueur de tennis de tous les temps.
- Mon nom l'est. Plus moi… Regardez autour de vous, je suis assis là depuis plus de deux heures et pas un seul client ne m'a reconnu. Je pourrais sortir d'ici, me faire renverser par une voiture et en crever, tout le monde ici s'en foutrait bien. Mais j'aurais le droit à des milliers d'heures de télé, de superbes nécros dans les journaux, une minute de silence sur tous les stades du monde… Je suis redevenu un inconnu, mais je serais jamais un homme sans passé. Et ce passé la terre entière le connaît, tous les clients de ce bar le connaissent et… et puis à quoi bon… Je suis dans l'ombre désormais.
- Et si je redonnais cette lumière ?
- Comment ça ?
- Si je vous redonnais votre grandeur perdue, votre aura, votre popularité.
- Et vous feriez cela comment ?
- En écrivant un livre sur vous.
- Drôle d'idée…mais il vous manque la fin.
- A vous de l'écrire.
- Ecoutez Léo, je ne suis pas un homme bien. Je pense même que je suis un homme perdu et mauvais. J'ai fait énormément de conneries, et je dois payer, non ? Et puis sans doute est-ce mieux ainsi… D'ailleurs qui vous dit que je ne préfère pas cette vie ? J'ai de l'argent, des filles comme je veux, ma maison est pleine de potes quasiment tous les soirs, je ne manque de rien. Si c'est pas le bonheur, ça y ressemble en tout cas.
- Et le sens ?
- Le sens ?
- Oui, le sens... Le sens de votre vie. Le but ?
- A quoi bon ?
Ellias termina son Bourbon, prit ses sacs, salua Léo et s'apprêtant à partir dit le visage serré.
- Et ne vous avisez plus jamais de m'adresser la parole. Bonsoir Léo.
- Bonsoir Ellias.
Ellias sortit du club sans se retourner. Léo griffonna quelques notes sur son calepin et commanda un une bière.
- Excusez moi de vous poser cette question monsieur, fit le barman.
- Oui ?
- J'ai malencontreusement entendu votre conversation avec l'autre monsieur, et j'ai entendu que vous l'aviez appelé Ellias. Cela me trouble, s'agissait-il d'Ellias Difenthal ?
- Vous croyez ?
- Je sais pas… il y a un air de ressemblance. Mais Ellias Difenthal était plus grand, j'ai l'impression.
- C'est exactement ça… il était plus grand…
Ellias frappa à la porte puis réajusta son nœud de cravate. La porte s'ouvrit sur la femme, elle ne pu retenir un sourire moqueur.
- Alors ? Vous avez changé d'avis ?
- Non justement.
Elle s'écarta légèrement. Ellias entra dans l'appartement sobre et luxueux.
La porte se referma.

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