In Libro Veritas

Eli's coming

Par boogieplayer

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Table des matières
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Chapitre 2

Léo ouvrit le dossier sur sa table de travail, l'archiviste venait de lui apporter tout ce qui concernait Ellias Difenthal : coupure de presse, vidéo, interview radio, lien web, archives officielles… et le CV rédigé par le spécialiste du Sportif. Il commença évidemment par celui-ci.
- Voyons voir. Ellias Difenthal, 31 ans. Né d'une mère infirmière et d'un père cheminot, morts tous les deux dans un accidents de voiture quand Ellias avait 10 ans. C'est ça tante, ou plutôt la fédération de tennis qui devient sa famille. Il quitte l'école à 15 ans pour ne faire que du tennis. Il devient champion du monde junior. Gagne rapidement des places chez les pros, devient numéro un mondial à 21 ans après sa deuxième victoire dans un grand Chelem. Puis vint la fameuse année, à 23 ans il gagne la même année le Grand Chelem, le tournois des Jeux Olympique et la coupe Davis, et surtout gagne une nouvelle fois le grand Chelem l'année suivante et les masters. Après ces deux années de folie, il épouse à 25 ans le manequin Jeanne Linmulder. Son fils Alex naît, avant mariage, de leur union. Sans suivent deux années moyennes pour lui, ne gagne pas de tournoi du grand Chelem, semblant vouloir reprendre son souffle. Mais il reste numéro un mondial. Et adulé sur la planète entière. Populaire, apprécié, aimé, courtisé par les plus gros équipementiers et autres utilisateurs d'images. Tout baigne dans le meilleur des mondes. Il a à peine 28 ans. Fin de la belle histoire.

Il termina sa tasse de café et tourna la page. Il prit son bloc note et écrivit "les fées se détournèrent du plus grand". Il raya la phrase, pour en noter une autre "Ellias, d'un revers de main, chassa ses fées, et s'assit à la table de Méphisto" Il tourna la page du CV.
- Alors… ah oui, la fameuse histoire du juge de chaise Folconi. Ce juge qui avait écrit dans un livre que Ellias avait essayé de corrompre un juge de chaise, afin de passer un tour à coup sûr, et sans fatigue, dans un tournoi de préparation à Roland Garros. Et l'étrange démenti qu'il fit alors à la presse ne rassura personne. Sa popularité s'effondra, il fit la une de tous les journaux comme tricheur. Puis vint l'alcool et son procès pour conduite en état d'ivresse. Les fortes rumeurs de dopage. Le flagrant délit d'adultère avec une jeune fille de 16 ans. La drogue… Les dettes… Le procès… le divorce. En effet il est vraiment dans la merde.

Léo s'étira en arrière sur son siège. Restait à trouver le moyen d'aborder cet homme… Comment le persuader de se laisser interviewer dans le but d'avoir le avant et après d'une année promise aux plus grandes vicissitudes, en fait la pire de toute. Il regarda le jour disparaître derrière les buildings, songeur.

Il ne neigeait plus dehors. Le ciel s'était couvert de nuages épais et noirs, retenant la chaleur sur la ville. Pas encore assez pour faire fondre la neige, mais il ne gelait plus. La ville se déshabillait peu à peu des ses atours festifs de la semaine de Noël, recouvrant son visage de besogne.
La cigarette s'éteignit en touchant le sol humide. Ellias la regarda, les yeux dans le vague. Le parc se vidait de ses promeneurs à mesure que la nuit s'étalait. Las, il se leva du banc et fit quelque pas, réajusta le col de son long manteau, inspira profondément une bouffée d'air frais puis prit la direction de la sortie.

Il quitta le parc solitaire et remonta la grande avenue, sans s'avoir où aller. Il marcha ainsi de longues minutes, toutes ses pensées tournées vers le visage de son fils. Vers ce passé enchanté.
Vers ces temps immémoriaux où il était heureux.
Ses yeux s'embuèrent.
Une larme roula jusqu'à ses lèvres.
Salée.
Sa gorge se noua.
Il releva la tête, espérant faire retomber ses larmes dans son corps. Devant lui se dressait, haute et éternelle, l'humble église du quartier. Il n'y avait pas une étoile dans le ciel. Il monta les quelques marches, passa la lourde porte en bois et entra.

L'ambiance chaude et feutrée du recueillement et des cierges brûlants l'accueillit. Il n'y avait qu'une demi douzaine de personne assises en silence sur les bancs. Pas un mot, pas un bruit, qu'une intense émotion. Il s'avança dans l'allée centrale, s'avançant vers l'homme sur la croix qui le regardait. Il s'arrêta au pied de la sculpture. Jésus le fixait des yeux de miséricorde.
- Puissiez vous jamais me pardonner.
Il s'assit à la première rangée de banc. Sur sa droite des enfants de chœurs chantaient doucement. C'est à peine s'il les entendait. Une lourde torpeur l'enveloppa alors, comme un chaud manteau de mélancolie. Car de toute sa vie, ne lui restait plus que ce manteau.
Il n'avait plus rien.
Il avait tout perdu.
Paix sur la terre aux hommes et aux femmes de bonne volonté, disait l'ange qui chantait. Il n'avait plus la moindre volonté. Seul restait cet indéfectible sentiment d'horreur et de fuite.
Il quitta l'église.

Ellias s'arrêta au bout de la jetée, après de longues heures de marche, et s'approcha du balustre de pierre, devant lui s'étendait à perte de vue l'amer océan. Devant lui l'antre du soleil. C'était si simple… de nager jusqu'à l'épuisement, de nager jusqu'à la rejoindre.
Il regarda autour de lui, personne, puis il monta sur le balustre de pierre. Le vent soufflait dans son dos.
Il ouvrit les bras.
Ferma les yeux.
Le regard de la sculpture de bois. Le visage de son fils, sa femme… ses parents… sa vie.
Un dernier geste… l'ultime mouvement.
- Bonsoir.
Ellias ouvrit subitement les yeux.
Il regarda tout autour de lui. Rien que le halo blafard des lampadaires. Rien que l'homme qui, surgissant de la nuit, s'approcha d'Ellias.
- Bonsoir, répéta l'homme.
Ellias ne répondit rien, l'homme alla jusqu'à la rambarde devant lui et s'y accouda. Ellias descendit du balustre, ferma son manteau et noua sa ceinture.
- Bonne soirée, fit Ellias en s'éloignant la tête baissée.
- Ah oui… bonne soirée.
Ellias le regarda un instant. C'était un homme d'un certain age au regard jovial. Portant un costume trois pièces passé de mode et un chapeau en feutre noir. Mais il y avait cette étrange lueur dans ses yeux qui captiva Ellias.
- Je… fit Ellias en montrant du doigt qu'il devait partir.
- Salut, répondit l'homme en levant la main dans un grand sourire.
Ellias esquissa une moue polie et tourna les talons. La grande ville aux tours anthracite devant lui. Il se renfrogna et se mit en marche.
Il fit quelque pas quand.
- Excusez moi ! Monsieur… Attendez.
- Oui ? Répondit Ellias en se retournant.
- C'est à vous ça ? demanda-t-il en lui montrant quelque chose.
Ellias soupirant s'approcha de l'homme.
- J'ai trouvé ça par terre, c'est à vous ?
Ellias tiqua en voyant qu'il lui montrait une balle de tennis. Une balle de tennis toute jaune à la feutrine à peine usée, marquée d'un sigle étrange : un triangle inscrit dans un cercle.
- Heu, non ce n'est pas à moi, fit Ellias. Voilà, excusez moi, je dois y aller.
- Oh oui, pardon. Pas de problème… Vous avez sans doute mieux à faire, que de parler avec moi.
- C'n'est pas ce que je voulais dire.
- Je sais, ne vous inquiétez pas. Je vous taquine… Mais c'est marrant de trouver une balle de tennis ici. On s'attendrait à trouver tout ici, des vielles boites de conserves, des amants sur un banc, des bouts de trucs, même des inconnus… mais pas une balle de tennis.
- Oui, c'est sûr c'est pas banal.
- Ouep… Vous jouez au tennis vous ?
Ellias sentit son visage se détendre, il sourit sans vraiment sans rendre compte. L'homme ne l'avait manifestement pas reconnu.
- Oui ça m'est arrivé d'y jouer, répondit Ellias.
- C'est plutôt sympa comme sport. Vous y jouez toujours ?
- Non, fit Ellias en se refermant.
- Bah, c'est pas grave hein, c'est qu'un jeu...
L'homme marqua un temps, Ellias chercha un mot qui ne vint jamais.
- Tenez alors, je vous la donne. Parce que moi le tennis, c'était y'a bien longtemps, je me suis donc mis aux échecs. L'homme mit la balle dans la main d'Ellias. Pour la première fois depuis plus de deux ans Ellias sentit à nouveau le contact de la feutrine sur sa paume. Instantanément des milliers de souvenirs rejaillirent, les coupes, les cris de la foule, la sueur. Il fixa la sphère jaune dans le creux de sa main. Une balle marqué d’un simple sigle en forme de triangle. Son cœur s'accéléra, son souffle se fit plus court, il enfouit la balle dans sa poche.
- Il faut vraiment que j'y aille maintenant.
- Ah oui c'est vrai. Votre rendez vous… Bon et bien, ravi d'avoir parlé avec vous.
- De même.
- Je me présente, John Crawford. Mais tout le monde m'appelle Joe, fit il en tendant la main.
- Enchanté Joe, moi c'est Ellias Difenthal.
- Enchanté également…Je vous souhaite un bonne soirée Ellias.
Ils se serrèrent la main. John le salua d'un petit geste et Ellias retourna dans la nuit.
Au bord de la mer calme et éternelle.

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