In Libro Veritas

Eli's coming

Par boogieplayer

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Table des matières
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Chapitre 1

Dans la grande suite de l'hôtel Jeanne faisait les cent pas autour de la table. Une très grande nervosité l'animait et l'agitait.
- Allons Jeanne, calme toi, fit Howard Newt.
- Comment veux tu que je sois calme.
- Tout va bien se passer. Je suis ton ami, je t'assure que tout bien se dérouler. Il va venir, passer la journée avec lui, le ramener. Et après tout sera fini, tu n'auras plus jamais à faire à lui.
Elle se tourna vers Howard en secouant la tête. Il regarda sa montre.
- Il ne devrait plus tarder maintenant. Il est presque neuf heures.
Une petite voix se fit alors entendre.
- Papa est arrivé ?
- Non Alex, répondit doucement Jeanne. Pas encore.
- Alors on l'attend.
- Oui on l'attend mon chéri.
Alex s'installa dans le grand canapé avec son sac de jouets, son manteau et son bonnet sur les genoux, en souriant.
- Je suis pressé de le voir, fit-il. Et lui ?

Ellias, portant deux grands sacs, entra dans le hall de l'hôtel et se dirigea vers les ascenseurs. Il appuya sur le bouton la main tremblante, les portes s'ouvrirent. Il entra dans la cabine et appela l'étage.
Il sortit de l'ascenseur et entra dans le couloir, l'estomac tordu de peur. La suite était toute au bout du couloir, à des milliers de kilomètres. La gorge sèche, les paumes humides, les yeux arides, il avançait pas à pas, comme on s'enfonce dans la mer. A chaque pas plus froide et plus noire.
Il s'arrêta devant la porte, posa ses deux sacs à terre et attendit.
Il attendit de trouver le courage.
Le courage d'appuyer sur la sonnette, le courage d'affronter le regard de sa femme, le courage de revoir son fils, le courage d'être avec lui, de lui parler, de l'étreindre, de lui sourire… le courage de le ramener dans quelques heures… lui dire au-revoir… pour toujours.
Sa main droite tremblait de plus en plus.
Après ce qu'il avait fait, il ne comprenait pas en quoi il avait le droit à cette journée.
Pourquoi était-ce si dur ? pourquoi si loin ?
Il appuya sur la sonnette.
Le couloir sembla se tordre et se déformer. Le temps s'enfuyait au son des pas derrière la porte… qui s'ouvrit.
Il respira soudainement.
Sa main trembla encore plus.
Le regard.
- Bonjour Jeanne.
Elle le dévisagea, l'observa. Son visage se durcit jusqu'à devenir pierre.
- Ellias… tu as bu !?
Le fouet claqua. La gifle.
- Jeanne, mais qu'est-ce que tu racontes.
- Nom de dieu Ellias, il est neuf heures du matin et tu as déjà bu.
- Mais, je…
- C'est pas possible… c'est pas possible.
- Allons Jeanne. S'il te plaît, pas aujourd'hui.
- Justement si ! Aujourd'hui.
- Que se passe-t-il ? Demanda Howard en arrivant.
- Toi ta gueule, lâcha Ellias. C'est entre ma femme et moi.
- Ca suffit, il est hors de question que tu aies Alex aujourd'hui.
- Non !! Non !... Jeanne tu n'as pas le droit !! Tu n'as pas le droit de me faire ça ! C'est mon fils ça fait un an que j'attends ce moment. Il essaya de poser sa voix, de se calmer. S'il te plait… ne m'empêche pas de le voir.
Ellias sentit tout son corps trembler, sa tête bourdonner. Il se sentait s'échapper de la réalité.
- Il est hors de question que sois avec Alex dans cet état. Je ne veux pas qu'il revive ça encore !
- Jeanne, s'il te plait.
- Non ! Vas t'en. Vas t'en vite. Où j'appelle les flics.
- Allez Ellias, renchéri Howard, ne rends pas les choses plus difficiles…
Ellias emporté dans une bouffée incontrôlée attrapa Howard par le col et tenta de lui décocher un coup de poing. Howard l'esquiva et le repoussa au dehors d'un geste puissant. Ellias tomba à la renverse, sur la moquette épaisse et riche.
- Pauvre con, t'es complètement bourré.
Alex passa entre sa mère et Howard et se précipita vers Ellias.
- Papa !
- Alex… fit Ellias en tendant la main. Jeanne rattrapa son fils par le bras gauche. Alex tendit la main droite vers son père, ils ne firent que s'effleurer.
- Retourne dans ta chambre tout de suite Alex. Howard, va avec lui… Quant à toi Ellias, je ne veux plus jamais que tu t'approche d'Alex… ni de moi… JAMAIS !!!
La porte claqua.
Le verrou se verrouilla.
Ellias se releva en s'appuyant sur le mur. Il sortit une cigarette de son paquet et l'alluma sous le panneau "interdit de fumer".
- Voilà, fit il. Maintenant tout est terminé…
Le couloir ne lui sembla plus être si grand et si loin. Au contraire, tout lui sembla clair, limpide. Il ne tremblait plus et respirait calmement, il était calme et serein.
Il marcha d'un pas mal assuré.
La neige lui envahit le visage. La rue et la foule s'agitaient autour de lui, il était maintenant hors du temps. Hors de la réalité.
Il leva la tête.
La neige tombait de ce grand ciel blanc et pur. Il n'avait pas froid. Le vent emportait les bruits et les odeurs de la ville. Il s'envola avec lui. Dans les nuages de coton, dans la douceur ouaté, dans le silence d'argent.
Le soleil était cet étrange halo presque blanc. Il volait parmi les oiseaux, s'approchant du grand halo.
Il n'avait plus peur.
Il ne sentait plus rien.
Il était bien.
Doucement il posa sa main sur le soleil. Froid et humide.
Il ouvrit les yeux et regarda sa main.
Le verre de vodka était vide. Il se posa sur la branche de l'arbre, laissant les nuages. Il fit un signe. Le barman lui rempli une nouvelle fois.
- On ferme dans une demie heure, fit le barman. Mais ce verre là il est offert par la maison.
Ellias le vida d'une traite et le reposa sur le reflet de la lune dans la flaque.
Devant lui se déroulait l'épais tapis d'ébène et infini percé de lumières lointaines. Il n'y avait plus de nuages, plus de soleil, plus de douceurs, que le froid glacial et humide qui perce les os et la chair. Le froid obscur et noir du gouffre de la nuit.
Et les monstres n'allaient pas tarder à attaquer. Il le savait. Les monstres aux larges mâchoires, les chiens et les loups de l'hydre, l'entouraient déjà.
Il se laissa tomber dans le gouffre.
Se laissant happer par les abysses terrifiantes de son âme…

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