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Cher Abonné,
Notre Auteur a survécu à son effort. Après avoir dormi pendant au moins 36 heures pour récupérer de cet effort (il fallait bien ça après cette magnifique envolée de passés simples !) le voici à nouveau devant son clavier... Il a l'air plus serein. Lors de sa dernière prestation ses traits étaient tendus, son regard inquiet, ses gestes incertains, son cendrier plein... Il semblait hésiter à chaque paragraphe, chaque phrase, presque chaque mot. Il lui arrivait même, contrairement à ses habitudes, de tendre la main vers le dictionnaire, voire de l'ouvrir et de le consulter... C'est dire quelle était l'ampleur de son appréhension...
Aujourd'hui, il semble calme et détendu. Ses doigts courent régulièrement sur le clavier. S'il cesse de frapper, c'est pour une courte pose de quelques minutes, le temps de se décontracter, tirer quelques bouffées de tabac, boire un verre d'eau (si, je vous assure!).
Bref, nous devrions nous retrouver en possession d'un magnifique 10ème épisode de notre grand feuilleton pseudo-historico-vikingnato-groenlandais:
"La véritable Saga d'Erick le Rouge "
ou
"Le fond de l'air effraie moins que les frais sous ces latitudes "
Ce jeune homme se nomme Leif Erickisson.
(Comme vous n'êtes pas complètement crétin, vous avez compris depuis longtemps que les patronymes Vikings se construisent exactement comme ceux des Russes et des Arabes et que ce jeune homme s'il eu été russkof se fût appelé Leif ErickOvich et Leif Ben Erick s'il était né bien plus au sud....
Cette façon de composer les appellations était d'ailleurs assez universelle. Ainsi dans nos contrées disait-on il y a encore peu de temps :
- Qui c'est ce con ?
- Comment ? Tu ne le connais pas ? C'est le Maurice du Jeannot !
- Ah oui ! Remarque, j'aurais dû m'en douter, il a l'air aussi con que son père!
Fin de la parenthèse Culturelle)
Leif rêve d'aventures depuis son plus jeune âge. Le récit qu'il vient d'entendre ravive en lui les plus beaux de ses rêves d'enfant, quand il s'imaginait conquérant de riches contrées, revenant en héros parmi les siens, ses navires remplis d'or et d'argent...
Il se lève. Il a pris sa décision. Ces terres, celles que Bjarni Herjölfsson et ses hommes n'ont fait qu'apercevoir, il les trouvera, les explorera, les conquerra... Il rejoint ses camarades qui sont en train de vider corne sur corne. Bjarni est parmi eux, racontant encore et encore à qui veut l'entendre les détails de son équipée...
Leif s'approche comme il peut jusqu'à lui. A coup de coudes, il se fraie un chemin... enfin le voici côte à côte avec le marchand. Quand celui-ci s'interrompt, Leif pose une question, puis une deuxième, le monologue devient dialogue. Leif veut tout savoir... Bjarni a-t-il dressé une carte ? A-t-il noté ses relevés... Peut-il les lui communiquer ? Bjarni est enchanté de l'intérêt du jeune homme, il répond bien volontiers à cette pluie de questions, il conte, raconte... Au lever du soleil, la maison commune résonne de ronflements. Dans un coin, Leif et Bjarni dialoguent encore de ces contrées lointaines, au milieu des corps endormis.
Leif a conclu un accord avec Bjarni Herjölfsson. Il lui rachète son navire... Le seul problème est que Leif ne possède pas la somme que lui demande le négociant… Qu'à cela ne tienne, il va demander à son père... Erick hésite... Mais son fils est jeune, fort, vaillant, il a soif d'aventures et la description qu'a faite Bjarni de ces terres inconnues laisse présager de telles richesses que le jeu en vaut bien la chandelle... Il cède... A la condition que Leif s'entoure de marins confirmés et non pas de jeunes blancs-becs... Leif donne son accord, il laisse même à son père le choix de ses compagnons... Une seule chose lui importe... Trouver ces terres, y aborder, les conquérir...
Leif est impatient de partir. Mais Erick ne l'entend pas de cette oreille. On attendra les beaux jours. En attendant, on remettra le navire à neuf. Il faut une nouvelle voile et une de rechange, refaire le calfatage, préparer des avirons en nombre puis on entraînera les hommes à leur maniement, chaque navire ayant ses particularités.
On préparera l'équipement nécessaire, provisions, armes, outils, vêtements... C'est qu'on ne s’embarque pas vers l'inconnu comme on va au supermarché...
Enfin, le grand jour arrive... On s'étreint, on s'embrasse, les mères et les épouses pleurent, les guerriers chantent et plaisantent grassement pour masquer leur émotion, les enfants rient, pleurent, jouent ou s'intéressent à tout autre chose... La voile est hissée, les avirons battent la surface des flots... Les mains s'agitent pour un dernier au revoir… Le navire s'éloigne. Ils sont partis.
(Si nous étions au cinéma, à cet instant précis, nous pourrions entendre en fond sonore la musique si connue d'Exodus, le film mythique d'Otto Preminger.. .Mais nous ne sommes pas au cinéma...)
Que dire de cette traversée ?
(J'avais déjà rencontré ce problème lors de l'écriture de "Nous descendons tous de nos ancêtres"... - ouvrage en vente dans les meilleures librairies -... Je ne vais donc pas vous refaire le coup... Mais le fait est qu'il n'y a pas grand chose à raconter... La mer, encore la mer, toujours la mer... Même Mac-Mahon, s'il a trouvé une évocation forte - quoique lapidaire - n'a pu s'étendre très longuement sur le sujet.)
Après avoir navigué des jours et des jours dans les brumes et le froid, (on a beau être en été, le climat du secteur ne ressemble en rien à celui de la côte d'Azur)
ils arrivent en vue d'une terre balayée par les vents... Pas un arbre à l'horizon... Des plages caillouteuses... Des montagnes couvertes de glace et de neige... Pour tout dire le paysage qui s'étale sous leurs yeux ressemble furieusement à celui qu'il ont quitté...
"C'était bien la peine !" Murmure Leif dans sa barbe.
Dire qu'ils sont déçus est bien en dessous de la réalité...
(Ici, j'ouvre une petite parenthèse culturelle. Leif Ericksonn et ses hommes venaient vraisemblablement... Sûrement même, dirais-je, de découvrir la Terre de Baffin et question climat, je peux vous dire que ce n'est pas terrible. Je viens de faire une recherche sur Internet et en ce moment , nous sommes le 26 mars à 16 h, il fait -21°C en bordure de la côte est de ce charmant pays... Pas étonnant qu'ils soient déçus nos Viking !)
Rien à voir avec le paysage et le climat que leur a si longuement et si minutieusement décrit Bjarni Trucmachinsson (C'est Herjölfsson son nom à cet empaffé... J'arrive jamais à m'en souvenir... Ils portent tous des noms à coucher dehors avec un billet de logement ces connards de Vikings... peuvent pas s’appeler Dupont comme tout le monde !)
Inutile de dire qu'ils ne s'attardent pas dans le secteur. Le temps de récupérer un peu, de refaire une provision d'eau potable, de viande de phoque et d'ours et les voilà repartis...
" Rame, rame, rameurs, ramez... On n’avance à rien sur ce drakkar... Là-haut... Odin t'mène en bateau... Mais on va la trouver cette terre... Tais-toi et rame... Rame, rame, ramez..."
Ce chant rythme les mouvements des avirons (vous l'aviez sans doute deviné, futé comme vous l'êtes... mais ce que vous n'aviez sans doute pas remarqué c'est qu'il ressemble furieusement à cette chanson d'Alain Souchon dont le titre est..."Rame"...)
Et ils rament nos Vikings. Ils rament des jours et des jours... Y'en a même des qui disent qu'ils en ont marre de ramer, que si ils avaient su, ils auraient pas venu... Bref, y'a comme un vent de révolte et Leif Erickson regarde désespérément à l'ouest en espérant apercevoir la terre avant que ses compagnons pètent un plomb...
Fin du 10ème épisode
Qu'est-ce qu'il va se passer ? Souchon a-t-il plagié les Vikings ? C'est quand qu'on arrive où ? Vous n'en avez pas marre, vous, des voyages en bateau ? Et votre mal de mer, il en est où ? C'est ce que nous apprendrons sans doute ou peut-être pas dans le 11ème et prochain épisode de notre grand feuilleton :
"La véritable Saga d'Erick le Rouge "
ou
"Le fond de l'air effraie, à l'ouest de l'ouest de ces latitudes "