Pierre de Marivaux - Arlequin poli par l'amour - texte intégral

In Libro Veritas

Arlequin poli par l'amour

Par Pierre de Marivaux

Oeuvre du domaine public.

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Table des matières
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Scène dernière

SILVIA conduite par TRIVELIN, LES DANSEURS, LES CHANTEURS et LES ESPRITS

ARLEQUIN, courant au-devant de Silvia, et lui montrant la baguette.

Ma chère amie, voilà la machine ; je suis sorcier à cette heure ; tenez, prenez, prenez ; il faut que vous soyez sorcière aussi.

Il lui donne la baguette.

SILVIA prend la baguette en sautant d’aise et dit.

Oh ! mon amant, nous n’aurons plus d’envieux.

À peine Silvia a-t-elle dit ces mots, que quelques esprits s’avancent, et l’un d’eux dit :

Vous êtes notre maîtresse, que voulez-vous de nous ?

SILVIA, surprise de leur approche, se retire et a peur, et dit.

Voilà encore ces vilains hommes qui me font peur.

ARLEQUIN, fâché.

Jarni, je vous apprendrai à vivre. (À Silvia.) Donnez-moi ce bâton, afin que je les rosse.

Il prend la baguette, et ensuite bat les esprits avec son épée ; il bat après les danseurs, les chanteurs, et jusqu’à Trivelin même.

SILVIA, lui dit, en l’arrêtant.

En voilà assez, mon ami.

Arlequin menace toujours tout le monde, et va à la Fée qui est sur le banc, et la menace aussi.

SILVIA, alors, s’approche à son tour de la Fée et lui dit en la saluant.

Bonjour, Madame, comment vous portez-vous ? Vous n’êtes donc plus si méchante ?

La Fée retourne la tête en jetant des regards de fureur sur eux.

SILVIA

Oh ! Qu’elle est en colère.

ARLEQUIN, alors à la Fée.

Tout doux, je suis le maître ; allons, qu’on nous regarde tout à l’heure agréablement.

SILVIA

Laissons-la, mon ami, soyons généreux : la compassion est une belle chose.

ARLEQUIN

Je lui pardonne, mais je veux qu’on chante, qu’on danse, et puis après nous irons nous faire roi quelque part.