In Libro Veritas

Formalow, Tome III, Les forges de Nabachton

Par Guy Richart

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    Le Roi des Sorciers Morts–Vivants se débattait contre son escorte d’Ankous. Ce dernier était un peu plus teigneux que ses sujets, ramenés de l’enfer des Maudits, depuis plusieurs mois, mais, finalement, il ne pouvait rien faire contre les chasseurs d’âmes perdues, si ce n’est, les bousculer légèrement.

    Quand le spectre et ses gardiens arrivèrent dans la forteresse des Dolmens Infernaux, ils devinrent soudainement calmes, malgré la haine qui poussait le premier contre les autres, car, la colère silencieuse du Seigneur du lieu faisait gronder toute la bâtisse colossale, jusqu’aux fondations secrètes de ce château.

    Le Roi fantomatique, fut amené et agenouillé devant le trône du Seigneur des Ankous. Il fut libéré du sort d’entrave que lui avaient jeté les gardiens des Dolmens Infernaux et put ainsi se redresser fièrement en proférant des insultes obscènes à l’adresse de ses geôliers. Mais il fut rapidement ramené à la réalité de son état.

    Une force terrible le fit ployer, jusqu’à ce que son visage touche le sol. Un coup formidable ébranla ses côtes squelettiques, puis, une voix de tonnerre l’assourdit :

    – Tu vas donc te taire infâme déchet de la damnation. Tu as perdu les batailles de jadis. Tu t’es laissé détruire par de faibles mortels ignorants et tu viens nous donner des leçons, mais veux–tu que je te torture comme je le fais maintenant, chaque jour, chaque heure, chaque seconde de l’éternité qui te reste à subir ta peine de maudit ?

    Le fantôme sentit qu’on lui déchirait de l’intérieur, le corps en décomposition que lui avait rendu les Ankous. Il hurla effroyablement. Mais que lui voulait donc ce monstre ? Jadis, il avait donné sa vie pour l’Empereur de Formalow mais il considérait le lieutenant du Grand Maître des ténèbres comme un subalterne ignare et ambitieux. Pour le sorcier revenant, le seigneur de la Forteresse des Allées Couvertes Maudites était un traître sans envergure, qui n’avait pu occuper le trône de son supérieur que par la ruse, à la suite d’un abandon de son suzerain d’une rare ignominie. Il n’avait fallu qu’un très court instant de faiblesse du Roi Ténébreux de Formalow pour que les médiocres puissent l’emporter sur ce dernier. Une toute petite faute d’inattention avait suffi, puis, les hésitations plus ou moins volontaires des subordonnés avaient facilité la chute du couperet sur le destin de la plus puissante créature maléfique sur cette Terre.

    Qu’on rende son pouvoir d’autrefois au maître des sorciers et, ce goret furibard de lieutenant verrait ce qu’était la magie ! Une simple étincelle de vie, rallumée l’espace d’une seconde dans l’âme du Mage mort et le pantin maudit qui le maltraitait en profitant de sa faiblesse, payerait cher son impudence. Cependant, plus sa fureur croissait, plus il rêvait de vengeance, plus il souffrait et se désarticulait sous la douleur. Au bout de quelques temps qui lui parurent une éternité la lacération cessa et il entendit de nouveau la voix du chef des chasseurs d’âmes.

    – Te plieras–tu donc à ma volonté, dit ce dernier avec véhémence. Ou bien faudra–t–il que je te renvoie à demi vivant dans le néant des Maudits ?

    La menace était réellement terrifiante. Rares étaient ceux qui avaient franchi les Dolmens Infernaux pour entrer vivants en Enfer. Des fous à la recherche de la puissance ténébreuse absolue, avaient tenté cette expérience épouvantable, bien avant l’apparition de l’Empereur. Si revenir dans les cercles du monde sous forme de spectre était affreusement pénible, si chaque parcelle de votre âme et du corps qui vous est restitué au cours de ce retour, génèrent en vous des souffrances infinies, atteindre vivant les halls du néant épouvantaient tous les défunts maudits qui assistaient au calvaire éternel des malheureux ayant eu cet abominable privilège. Ceux–là tournoyaient à jamais, crucifiés sur des pentacles, depuis les froids abîmes situés aux confins de l’Univers jusqu’aux chaleurs démoniaques des soleils explosifs du cosmos. Plus rien ne pouvait les tuer. Ils supportaient ainsi toutes les destructions. Ils en ressentaient les effets dans leur chair, mais, ils ne parvenaient, en aucun cas, à faire cesser cette punition sempiternelle. Même mort–vivant, comme l’était le Roi des Sorciers actuellement, il ne faisait pas bon se faire piéger dans cette situation catastrophique.

    Alors, l’épouvantable fantôme accepta d’écouter ce que lui proposait le Seigneur des Ankous.



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