- XI -
Les monceaux de Korrigans massacrés s’accumulaient dans les entrées secrètes du refuge de la route de Nabachton.
Dehors, la tempête perdait en puissance tandis que dans la chaleur de la grotte, la colère s’enflait comme une tornade furieuse. Malgré les fouets et leur force, les gardes–chiourme d’Arthang ne contrôlaient plus leurs esclaves. Dans les profondeurs de la montagne, les démons se battaient entre eux.
Beaucoup fuyaient le combat contre la terrible compagnie de Niphilus, avec une épouvante supérieure à celle que leur inspiraient les lanières de cuir ornées de dents d’acier de leurs cruels officiers. Après avoir été lacérés par les lames silériennes ou bien transpercés par les flèches des intraitables archers de Myrion et du Golfe de Salermnos, les Korrigans survivants rebroussaient chemin avec une telle vigueur, qu’ils écrasaient mortellement tous ceux s’opposant à leur retraite désordonnée. Les petits chefs des forces du mal, comme les grands, étaient victimes, sans distinction, de la déroute de leur phalange.
Là–haut, près des portes, les compagnons de l’aciériste tuaient froidement les ennemis qui essayaient encore de se frayer un chemin hors des tunnels. Pratiquement, les tireurs à l’arc avaient récupéré tous leurs traits qui étaient plantés dans les cadavres des monstres, utilisés désormais par leurs congénères afin de se protéger au cours de l’assaut. Mais, toutes les tentatives des démons étaient vouées à l’échec. Quand les armes de jets ne suffisaient plus, les glaives et les haches, taillaient et tranchaient infatigablement !
Suggur, le grand Elfe et le Duc Le Goua’ch se tenaient au–dessus de nombreux ennemis terrassés et, minute par minute, le nombre de leurs adversaires vaincus s’élevait vertigineusement. Le Seigneur forestier estima que le sang immonde des légions d’Arthang, avait suffisamment souillé sa glorieuse armure. Il lança à Mélinos qui achevait deux formidables Korrigans des montagnes, d’un seul coup de taille de sa fière épée :
– Mon valeureux Maître Druide, ne connaissez–vous pas un sort qui fermerait les accès secrets à cette salle en les faisant s’écrouler sur ces hordes stupidement entêtées et suicidaires ?
Le vieux Druide prit un air songeur tout en fichant pensivement la pointe de son glaive dans le thorax d’un attaquant que Niphilus avait habilement amputé d’un bras armé. Tout à coup, le sage réagit :
– Retenez ces déments encore quelques instants, mes amis, je m’éloigne pour leur préparer une surprise, annonça–t–il.
Il quitta le champ de bataille tandis que ses compagnons redoublaient d’entrain à la besogne pour mieux couvrir la surprise préparée par le Druide. Ce dernier fila vers la paroi de la sortie et s’empara de plusieurs gemmes de puissance qui éclairaient la grotte. Il les posa devant lui, sur une table de roche, puis, il prononça une puissante incantation en allongeant ses longues mains au–dessus des pierres :
– Arkam charima, saktoum !
– Qu’a–t–il dit ? Questionna le Duc de Salermnos en se tournant vers Niphilus qui décapitait un ennemi de plus.
– Je vous avoue que je n’ai pas bien compris. Ces maudits démons contrefaits hurlent comme des holaongs égorgés lorsqu’ils se battent, s’excusa le Silérien.
Le vieux sage s’avança vers ses amis, une gemme à la main, en demandant :
– Niphilus, Princesse Saurane, faites votre possible pour me dégager l’accès que vous tenez, des Korrigans vivants l’encombrant encore !
Les Silériens se ruèrent contre les malheureux monstres prostrés, fous de terreur, qui se cachaient dans l’entrée des tunnels, sans oser les quitter, tant l’acharnement de leurs adversaires les effrayait. La masse noirâtre des ennemis de la compagnie retourna alors dans le souterrain d’où elle venait. Tout au fond de la montagne, les rumeurs de désaccord entre les chefs et la piétaille devint un mugissement de combat. Sur des centaines et des centaines de pas, l’accès libéré par la charge des aciéristes ne fut plus occupé que par les Korrigans morts. Mélinos rappela alors ses compagnons et, dès que ces derniers furent sortis de l’ombre, mais aussi suffisamment éloignés de la porte secrète, à l’abri contre les parois latérales de la caverne, il lança à l’intérieur du couloir, avec toutes ses forces, la gemme qu’il tenait dans sa main. Une formidable lumière jaillit de l’accès visé par le jet du Druide. Un grondement sourd couvrit les gémissements hallucinés des Korrigans, puis, un souffle chaud balaya le refuge, tandis que le granit constituant la voûte du premier tunnel fondait pour ruisseler comme une pâte. La roche en fusion scella l’accès à la caverne, mais également, elle libéra des centaines d’autres pierres de puissance.
Le vieux Sage distribua des gemmes enchantées par ses soins à ses camarades. Ceux–ci les jetèrent aussitôt dans les trois dernières entrées que les monstres avaient désertées après la première déflagration. Les résultats des explosions qui suivirent, furent encore plus spectaculaires. La paroi, percée en trois endroits par les forces du mal, fut de nouveau fermée. Les cadavres des Korrigans abattus pendant la bataille, avaient été évaporés au contact de la roche liquéfiée. Désormais, à la place des bouches des tunnels, de larges filons de pierres de pouvoir semblaient coulés du mur bien qu’ils soient figés, comme des cascades. De nombreuses gemmes, libérées de leur strate, s’étaient répandues ainsi. Elles couvraient le sol du refuge et paraissaient être à la disposition de la compagnie.
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